Des volumes entiers ont été écrits sur le sujet de la sexualité. L’intelligence des plus grands intellectuels de tous les âges passés s’est tournée vers ce sujet. L’esprit de chaque être humain normal se débat toujours avec cette question. Celle-ci demeure pourtant un mystère pour le non-initié et elle devra le demeurer tant que la passion restera séparée de l’amour-compassion. La passion est l’ombre de la compassion, et lorsque l’ombre s’envole, la pure lumière blanche de la compassion brille tel un soleil. Comme toutes les ombres sont trompeuses, celle de la passion n’échappe pas à la règle. Elle a voilé les yeux des anges et des hommes, et continuera de le faire jusqu’à ce que sa nature soit reconnue et que le voile soit levé.
L’ignorance de l’homme sur la division septuple de la matière, de la force et de la conscience, et sur la nature de ces divisions, crée le voile.
Les sens physiques, comme nous les appelons couramment, ne fonctionnent pas en premier lieu sur le plan de la matière grossière, bien que leurs organes d’excitation soient purement physiques. Les cinq ou sept sens de l’être humain ne sont qu’un seul sens au sein d’une division plus intérieure, ou plan.
De même que les sens du goût et de l’odorat sont intimement liés, le sens du toucher – la sensation – et le sens sexuel ont une relation similaire. La stimulation d’un sens déclenche l’activité des autres et, par conséquent, si les sens psychiques d’un individu ont été éveillés, la conscience peut facilement se tourner intérieurement vers ce plan du sens unique. La vision et l’audition psychiques pourront alors répondre au sens du toucher fonctionnant sur le plan physique. C’est ici que réside le danger pour l’homme non éclairé spirituellement. Car, à moins d’être conscient de la sensualité trompeuse des images et des sons de ce plan intérieur, matérialisés au moyen de l’énergie libérée par l’excitation sur le plan physique, la beauté et le plaisir de ces perceptions le duperont et lui feront croire qu’il a contacté des plans de l’être plus élevés dans lesquels la vie semble réelle ; mais ces plans ne pourront s’ouvrir à l’homme que lorsque ses sens seront tous sous contrôle et que l’organe aujourd’hui atrophié – et par lequel le sens unique peut agir – sera à nouveau développé ; ou bien les images horribles, licencieuses et mauvaises ainsi que les sons grossiers qu’il pourra voir ou entendre le duperont encore et lui feront croire qu’il est entré dans un véritable Hadès. Car, lorsqu’une énergie physique ou mentale non dirigée est libérée par l’homme, elle peut projeter la substance de ce premier plan intérieur dans l’une ou l’autre de ces différentes classes d’images.
Le dernier phénomène mentionné plus haut se produit lorsque l’équilibre mental a été perturbé par la maladie ou lorsqu’un excès de plaisir des sens a conduit à la satiété.
Le grand objectif et l’ambition de l’homme éclairé est la Maîtrise, et ce mot lui-même devrait indiquer le processus et le résultat. Un homme éclairé n’a pas pour objectif la simple maîtrise des conditions matérielles. Cette maîtrise s’obtient plus facilement que celle des forces subtiles de la nature ou que le contrôle absolu du soi inférieur. Tant que l’homme peut être dominé par ses sens, il lui est tout à fait impossible d’éveiller à une nouvelle activité ce centre du cerveau aujourd’hui atrophié et qui est essentiel au contrôle des forces créatrices supérieures.
Si une unité de la race humaine se contente de suivre son évolution avec les autres unités de cette race, pour autant que les fonctions sexuelles soient concernées, elle sera seulement sujette au karma sexuel de cette race. Si elle pervertit ces fonctions d’une manière anormale, elle augmentera infiniment sa part de karma à partager.
Si un humain, délibérément et volontairement, avec une pleine conscience des difficultés de la route, entreprend le cheminement pour se libérer puis retombe dans la sensualité, il bloque nécessairement son parcours pour une très longue période. Parce que, en agissant ainsi, il aura voilé de nouveau son intuition et ne sera plus capable de distinguer le vrai du faux. Il aura préparé la voie pour les élémentaux trompeurs de la « huitième sphère » qui aveugleront le caractère des expériences traversées, jusqu’à ce temps où la satiété ouvrira partiellement ses yeux et où il prendra conscience de l’asservissement dans lequel il s’est lui-même plongé.
La satiété suit toujours de près l’excès, et cela devrait suffire à enseigner à l’homme la matérialité de tout plaisir sensuel, parce que la véritable expérience spirituelle ne rassasie jamais. L’extase des sens et l’extase de l’âme sont les possibles réalisations des deux pôles du grand mystère – l’Amour. L’extase des sens est l’accomplissement de la passion ; l’extase de l’âme est le fruit de la compassion. L’une doit disparaître en face de l’autre, parce que les deux ne peuvent jamais se rencontrer. L’une est « séparation », l’autre est « complétude ».
Ceux qui osent dégrader l’idéal de l’Amour divin en le prostituant à la satisfaction inférieure des sens ne sont pas loin de commettre le péché impardonnable, et ceux qui enseignent l’ignorant en lui disant que la véritable illumination peut découler de semblables méthodes sont en train de se créer un lourd karma.
Il est étrange que tout étudiant de la vie, ayant reçu les bienfaits que l’étude de La doctrine secrète ou d’autres philosophies similaires peuvent apporter – ces enseignements qui contiennent l’ensemble des données disponibles concernant les causes premières de l’échec et de la destruction d’autres civilisations –, ne puisse pas percevoir que c’est uniquement par un retour à la pureté que l’homme pourra reconquérir l’état qu’il a perdu. Cet étudiant doit savoir que l’abus sexuel, ou quelque aspect de licence, a construit le pont par lequel les anges de lumière sont entrés dans la demeure des démons – le plan physique grossier. L’humanité de l’ère actuelle et cette multitude d’anges sont une seule et même chose. Elle doit maintenant réorienter les forces créatrices dans une direction opposée si elle veut faire avancer le développement de la race humaine et ainsi regagner sa suprématie spirituelle.
Lorsque l’humanité atteindra le point de développement où la fonction sexuelle sera employée en premier lieu pour la procréation, et pas uniquement pour le plaisir sensuel, et que les âmes qui recherchent depuis longtemps l’incarnation pourront recevoir des corps sans mettre en danger la vie des femmes qui les porteront – et qui par conséquent pourront bannir la peur et l’anxiété qui marquent maintenant d’innombrables corps du signe de la dégénérescence et de la décadence –, la race humaine aura fait un grand bond en avant.
HILARION - Temple 2 - Leçon 173


