LA RÉALITÉ

L’utilisation faite par plusieurs auteurs de la littérature occulte du mot « illusion » pour décrire l’état dévachanique, sans le qualifier et le distinguer du même terme appliqué à l’univers manifesté, a mené à de nombreuses idées fausses au sujet de la vie dans cet état d’existence. Dans le même sens que la vie sur le plan physique est illusoire, de même la vie en dévachan l’est aussi. On pourrait dire qu’un vêtement est illusoire comparativement au corps que ce vêtement habille. Le vêtement n’est pas le corps, même s’il peut porter l’empreinte du corps. De même, l’Ego qui s’incarne n’est pas le corps, même s’il fonctionne temporairement dans ce corps. Les différents états de la substance dont l’Ego, l’âme et le corps – ou le vêtement – sont formés tirent leur origine de taux vibratoires différents. Chacune des trois formes mentionnées peut être illusoire pour les autres, mais parfaitement réelle sur son propre plan.

Souvent, l’une des difficultés qui surgit dans l’esprit d’un nouvel étudiant, lorsqu’il s’intéresse à la vie d’une personne en dévachan, provient de son sentiment profond de séparation, de son incapacité de prendre conscience que le Soi Réel ou l’Ego qui s’incarne ne quitte pas l’un des états ou plans de matière à quelque moment que ce soit. Il se manifeste sur tous les plans à la fois, tout le temps. Il réfléchit dans les formes – qu’il a construites à l’aide des différents taux vibratoire de la substance et de l’énergie – autant de Soi Réel qu’il peut le faire. Symboliquement, ces formes sont des vêtements dont il a revêtu son identité. Chacune de ces formes a une conscience propre qui lui permet de s’identifier avec toutes les autres formes ayant le même taux vibratoire. Lorsque l’une de ces formes se dissout après la mort, la conscience du Soi Réel n’est pas changée. Elle est tout aussi vivante et fonctionne tout aussi consciemment dans les autres formes, sur les plans intérieurs, qu’elle le faisait précédemment. En un sens, lors de la dissolution de l’une des formes, la conscience de soi des autres formes restantes n’est réduite d’aucune façon. Comme le siège de la mémoire se situe dans l’âme, le véhicule de l’Ego qui s’incarne, la véritable individualité, toutes les expériences de l’Ego dans ces formes réfléchies sont fixées dans cette mémoire de l’âme, qu’il s’agisse d’expériences de la présente incarnation ou de centaine de milliers d’autres.

Lorsque la conscience de soi de la forme astrale fonctionne dans l’un des lokas – ou sous-plans – du plan astral, comme cela arrive souvent immédiatement après la dissolution du corps physique ou dans le sommeil, elle est consciente de toutes les autres formes qui se trouvent sur le même sous-plan – et est en contact avec ces dernières –, dans la mesure où ces formes ont été attirées l’une vers l’autre par la loi d’affinité. Cette association se produit sous la protection des mêmes lois que celles gouvernant sur le plan physique les regroupements d’individus attirés ensemble par les mêmes intérêts ou par des relations familiales ou sociales.

Les exemples qui précèdent serviront à montrer l’existence de relations similaires entre les formes des plans présentant des taux vibratoires encore plus élevés, et cela pourra peut-être en faciliter la compréhension. Lorsque se dissolvent les diverses formes dans lesquelles l’Ego – ou l’Âme Divine – était réincarné, la conscience de l’Âme fonctionne alors uniquement en dévachan. Il ne subsiste que les skandhas, les résultats des actions ou les germes héréditaires, qui rencontreront à nouveau l’Ego au seuil d’une nouvelle incarnation. Les aspects négatifs – les échecs des diverses expériences de la vie qui vient de se terminer – sont tous enregistrés dans les skandhas et doivent être laissés derrière. Seuls les aspects positifs, les succès ou les souvenirs d’amour, de beauté, de vérité ou de toutes les qualités plus raffinées de la vie, pourront être rappelés par la personne qui se trouve en dévachan. Les qualités négatives et autres aspects négatifs des expériences de la vie passée possèdent un faible taux vibratoire. Aussi, lorsque l’âme se retire temporairement des états inférieurs de la matière, elle ne peut être consciente de ces derniers, et ce, jusqu’à ce qu’elle y revienne au seuil d’une nouvelle incarnation. Cependant, il y a une exception à cette règle pour les Maîtres de Sagesse, ceux qui ont atteint le Nirvana. Ces Seigneurs de compassion sont de Grandes Âmes qui ont foulé le dur sentier de la renonciation, et ils ont donc le pouvoir d’entrer et de quitter le plan dévachanique à volonté. Dans les vies de tout être humain, dans l’une de ses incarnations, il vient un temps où il choisit consciemment de se développer soit sur le sentier de la main gauche, soit sur le sentier de la main droite. Il choisit alors entre une vie d’efforts actifs et conscients, pour atteindre les hauteurs du développement, ou une vie de dérive passive entre les hauts et les bas des expériences de la vie. S’il choisit la première voie, il affrontera à découvert les tempêtes de l’existence et devra foncer à travers tous les obstacles, ses yeux fixés sur les hauteurs. Il devra développer chaque partie de sa nature. Il entrera en contact avec les Grandes Âmes sur tous les autres plans de la vie, il demandera humblement leurs conseils et obéira à leurs recommandations. Il examinera attentivement chaque voie pouvant le mener à la découverte des lois secrètes de la Nature et, finalement, il atteindra un point où il sera capable de maîtriser ses propres forces de vie. Il pourra alors choisir le temps et le lieu de ses prochaines incarnations et il pourra même quitter le plan dévachanique, et tous les autres plans manifestés de la vie, à volonté. « Il sera devenu un avec la Loi. » Il aura accompli ceci, d’abord et avant tout, en raison de sa reconnaissance de l’Unité de la vie et aussi à cause de sa perception de la vérité stipulant que « c’est dans la mesure où une personne se donne elle-même à tout ce qui vit qu’elle peut véritablement vivre ».

Ce sont les Grandes Âmes qui font du plan dévachanique un lieu de paix, de repos et de satisfaction pour les âmes moins développées dont la vie terrestre a été consacrée aux choses matérielles en raison de la pauvreté ou du sous-développement de leur mental. Par conséquent, les expériences dévachaniques seraient moins lumineuses et moins satisfaisantes si ce n’était de l’aide ainsi reçue.

Un athée bien connu a dit : « Chaque personne crée son propre Dieu. » En un sens, il s’agit d’une vérité, mais il est encore plus vrai de dire que chaque personne construit son propre dévachan. Les résultats de ses actes les plus empreints de bonté, de ses idéaux ou désirs les plus purs et les plus élevés, forment la base de ses réalisations dans l’interlude dévachanique. Plus ses idéaux et ses désirs étaient vastes et universels, plus grands seront la diversité et le caractère de son expérience dévachanique.

Sur le plan dévachanique, il est possible de communier avec les âmes d’autres personnes qui se trouvent avec nous sur ce plan, et cela est beau et apaisant, au-delà de toute expression.

Il faut se rappeler que chacun des plans ou états de conscience compte sept sous-plans et autant de lokas ou subdivisions de ces sous-plans. Par exemple, si la vie terrestre d’un individu a été largement consacrée à la musique et qu’il a montré peu d’intérêt véritable pour quoi que ce soit d’autre, son expérience dévachanique se passera sur l’un des sous-plans où la musique est la motivation dominante. Ses instruments musicaux favoris et les œuvres des grands musiciens seront tous à sa disposition. Il sera conscient d’autres musiciens. En fait, tous ses idéaux les plus élevés en termes de musique et de musiciens seront parfaitement réalisés. À la fin de cette période dévachanique, lorsqu’il reviendra à la vie terrestre, il sera mieux équipé pour la profession musicale. Il aura assimilé tout ce qui, jusque là, n’avait été qu’un idéal. En fait, il serait plus approprié de donner au plan dévachanique le nom de « plan de la réalisation et de l’assimilation ». En effet, sur ce plan, tout ce qu’un individu a rêvé dans sa vie matérielle, et qu’il n’est pas parvenu à rendre manifeste, sera atteint et assimilé.

Le génie musical que nous rencontrons parfois dans la vie physique est tel parce qu’il a ramené dans la vie matérielle les résultats de tout ce qu’il a assimilé en dévachan. Ce fait est également vrai des autres formes idéalisées d’expression comme dans les arts, la religion et la science, dans leur relation avec l’âme humaine. Un moine fervent, qui vouait une dévotion phénoménale aux saints, à la Vierge Marie, à l’Église, ainsi qu’à leur signification, retrouvera en dévachan un cadre similaire et la compagnie de ceux qui ont fait l’objet de sa dévotion. Cette personne revient à la vie terrestre bien mieux équipée pour comprendre et tirer profit des occasions susceptibles de mener à un plus grand développement sur ce plan.

Si ce qui précède semble contredire les affirmations du début concernant l’illusion, j’aimerais attirer de nouveau votre attention sur le fait que les formes astrales et super-astrales ne se déplacent pas d’un plan à l’autre. C’est la conscience qui se déplace d’un plan à l’autre. La personne en dévachan est aussi consciente de la compagnie intime des autres êtres présents sur ce plan que le sont, sur le plan physique, deux ou plusieurs personnes étrangement attirées l’une vers l’autre parce qu’elles s’intéressent aux mêmes sujets d’étude ou domaines de travail. D’ailleurs, le dévachan est bien plus encore, car les limitations de la matière grossière n’interviennent pas dans les états supérieurs de conscience.

Nous entendons parfois sur les lèvres d’étudiants relativement novices les mots suivants : « Je désire renoncer au dévachan, à sa simple vie de rêve, et revenir rapidement sur la Terre pour y travailler. » Ces étudiants ne savent pas grand chose de ce à quoi ils souhaitent renoncer. La période dévachanique est aussi nécessaire à l’âme que le sommeil et le repos le sont au corps, jusqu’au moment où la personne atteint l’état de maîtrise, laquelle donne libre accès à tous les plans.

De nombreux Maîtres passent beaucoup de temps dans l’état dévachanique, pour le bien de ceux qui sont incarnés sur Terre. Les rêves merveilleux, les belles visions ainsi que bien des expériences psychiques que les gens expérimentent sont en fait de pures expériences dévachaniques. Les Maîtres aident parfois une personne douée de la seconde vue à traverser de semblables expériences ou à les percevoir afin de l’enseigner ou encore l’encourager à réaliser quelque vérité importante. Ils le font pour aider quelque pauvre mortel qui lutte pour supporter la tension de la vie terrestre en instaurant ainsi, dans son mental, un changement vibratoire.

C’est simplement une question de corréler la conscience cérébrale avec la conscience de l’Âme Divine, afin qu’une personne dans la vie physique puisse contacter et faire l’expérience de n’importe quelle phase de la vie dévachanique. Mais le pont entre le manas inférieur et le Manas Supérieur reste bloqué dans la majorité des cas. En conséquence, la prise de conscience de la possibilité de cette corrélation n’existe pas, et l’homme, comme pour tout ce qui lui paraît vague, relègue ses beaux rêves et ses belles visions dans la catégorie des illusions.

Lorsqu’on considère la proportion des expériences de vie d’un individu qui sont plus ou moins identifiées aux différentes formes de matière brute, il n’est pas surprenant de constater l’aisance avec laquelle ce dernier s’attache aux formes de vies inférieures. Par exemple, les plantes et les animaux ne sont pas censés posséder d’âme individuelle et, par conséquent, ne pourraient trouver d’expression sur le plan dévachanique. Aussi, l’homme trouve difficile de croire qu’il pourrait être parfaitement heureux sans la présence de toutes les formes de vies inférieures, mais ces conclusions ne sont pas fondées sur les bonnes prémisses. Pour bien comprendre, il doit prendre en compte l’existence des âmes de groupe et de l’Âme Universelle. La conscience collective d’un essaim d’abeilles, d’une volée d’oiseaux, d’un banc de poissons et de d’autres groupements mineurs d’animaux, d’insectes ou de végétaux, est une âme de groupe qui porte dans sa mémoire l’expérience des vies qui évoluent avec ces groupes. Dans la mesure où l’âme d’une personne, durant sa vie terrestre, a été mise en relation ou en contact avec l’un de ces groupes ou encore avec une unité de l’un de ces groupes, il s’est alors créé une identification de conscience entre elle et l’âme de groupe à laquelle une ou plusieurs de ces unités appartenaient. Toutes les relations plaisantes entre les deux seront donc éveillées et vécues à nouveau, consciemment, lors de la période dévachanique. Même si nous disons souvent que « la mort n’existe pas », il n’est pas toujours facile de se rappeler la vérité littérale de cet énoncé, alors que nos yeux s’attardent sur la rapidité des changements qui s’opèrent dans la vie de la Nature et de l’homme.

Aussi, nous pouvons prendre conscience que des changements semblables doivent nécessairement prendre place dans l’univers – dont nous faisons partie également – et qu’il n’existe pas d’autre endroit où les différentes vies peuvent se retrouver lorsqu’elles quittent temporairement notre champ de vision. Dans ce cas, il ne sera pas si difficile de prendre conscience que les lois même d’attraction, de répulsion et de cohésion attirent ensemble et unissent les atomes de cet univers. Ces atomes appartiennent karmiquement à quelque figure géométrique ou division, et sont repoussés par ceux qui relèvent d’autres figures. Ils doivent inévitablement rassembler les formes de vie que le divin pouvoir de l’amour a créées et accordées à l’une des clefs de la vie, quelles que soient les formes temporaires qu’assument les Egos qui s’incarnent et qui, collectivement, forment une âme de groupe de quelque catégorie que ce soit.

Tout être humain possède un certain organe, une certaine qualité, un certain mouvement ou habitude caractéristique d’une plante, d’un minéral, d’un oiseau, d’un poisson, d’un animal ou de toute autre forme de vie, qui a été déterminant lors de la formation du corps maintenant animé par son Ego. Il n’y a aucune raison de croire que la loi divine, qui a préservé toutes les archives vivantes de l’évolution, va les abandonner lors de l’atteinte du stade humain. Pour cette raison, il viendra un moment, dans les millénaires à venir, où chaque Ego fera partie intégrante de la conscience d’une âme de groupe unique. Si ce fait s’avère vrai, il devra exister une étape ou un degré, où l’homme, avec sa volonté, pourra lui-même revendiquer et dérouler les pages de la mémoire de l’âme afin de rendre possible, pour cette dernière, la reconnaissance consciente de sa relation avec toutes les autres formes de vie inférieures. Si ces relations existent, les archives ne peuvent pas être totalement éliminées d’aucun plan de manifestation que ce soit. Par conséquent, comme il s’agit d’une image, tous les souvenirs agréables associés à quelque forme de vies inférieures que ce soit deviendront nécessairement partie de l’expérience dévachanique.

Même si certains des énoncés présentés ici semblent, en apparence, contredire les enseignements antérieurs des Maîtres concernant les plans du dévachan, en réalité il n’en est rien. Ces énoncés ne font qu’élaborer des points restés plutôt obscurs et souligner de façon plus définie le fait de l’actualité et de la nécessité de cette expérience.

L’idée du dévachan comme étant un simple état de rêve a mené à bien des malentendus dans l’esprit de ceux pour qui la nature et l’utilité des rêves est vague. Lorsque la conscience crée la forme, et par conséquent l’illusion, chaque phase de la forme devient réelle pour ce qui est créé. La réalité de toute forme ou de tout état de la matière est plus ou moins un fait, à mesure qu’elle s’approche ou s’éloigne du premier point de démarcation entre l’Esprit – la Conscience divine – et la Matière, ou à mesure que le mouvement de masse et la vibration de toute forme ou état de la matière s’accroissent ou diminuent. Si le plan mental est plus élevé que le plan dévachanique du point de vue de l’action intense, il lui est inférieur d’un autre point de vue. Le plan dévachanique s’approche plus intimement de l’état spirituel de l’équilibre, le point où cesse la manifestation, le point neutre entre les aspects positifs et négatifs de la vie, lequel est supérieur d’un point de vue spirituel.

L’objection de nombreux mystiques orientaux concernant l’emphase portée à l’état dévachanique est en grande partie fondée sur la confusion entre cet état et l’idée orthodoxe des cieux. Dans leur esprit, le ciel est localisé en un lieu précis et est formé de matériaux particuliers. C’est l’endroit où ceux qui ont mérité la rédemption dans un corps aussi grossier – lorsque qu’on le compare aux matériaux dont le ciel est construit – passent l’éternité à jouer de la harpe et à chanter des hymnes. Si une personne complètement familiarisée avec la nature humaine voulait être conséquente, elle devrait reconnaître le fait que si le ciel, ou le dévachan, est un lieu, il faudrait pour répondre à toutes les exigences du bonheur personnel qu’il y ait autant de cieux qu’il y a et qu’il y a eu d’individus sur la planète. En fait, l’occultiste qui croit en des états de conscience plutôt qu’en des lieux précis pour le repos des âmes, peut en vérité affirmer qu’il y a autant de dévachans que d’âmes. Il n’a besoin que d’un seul état primordial homogène de matière, ou plutôt un seul état d’énergie. Les différents degrés, taux de mouvement de masse et taux vibratoires de cette substance ou énergie manifestent toutes les formes. L’occultiste croit aussi qu’il n’y a qu’une vie, une conscience, une réalité – Dieu – dans laquelle, par laquelle et de laquelle toutes choses et toutes créatures procèdent, et en qui elles ont « la vie, le mouvement et l’être ». En conséquence, plus une personne s’identifie intimement à la conscience de ce Dieu et plus elle en est consciente, plus elle s’approche de son omnipotence et de la conscience spirituelle, laquelle est la conscience de toutes les choses vivantes et de tous les états ou plans de manifestation. Son objectif tout entier et toute son ambition sera d’atteindre à cette conscience.

HILARION - Temple 2 - Leçon 255
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