LA RÉALISATION

« Quand je parlerais le langage des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne serai qu’un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit.

« Quand j’aurais le don de prophétie, et quand je connaîtrais tous les mystères et toute la science, si je n’ai pas la charité, je ne serai rien.

« Quand je distribuerais tous mes biens pour l’entretien des pauvres, quand je livrerais mon corps au feu, si je n’ai pas la charité, cela ne m’avancera à rien. »

Interprétées par un disciple qui a partagé son initiation, ces paroles de Paul1 indiquent par la négative les qualités nécessaires pour devenir chéla, et fournissent des indices pour expliquer l’échec de nombreux candidats. La charité ainsi interprétée signale l’atteinte du but – la réalisation – obtenue par l’obéissance absolue à la loi. Loi et Amour sont synonymes; obéir dans l’amour réalise donc toute loi.

S’il est vrai que, sans la charité, vous ou moi devenons comme « un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit » ; si, après avoir cultivé toutes les qualités qu’admirent Dieu ou les hommes, vous – moi – ne sommes rien, y a-t-il quelque chose que nous puissions faire avant que l’heure ne sonne qui nous laissera comme de simples instruments de sons mécaniques, symboles inutiles de bruit, dans un monde qui vit, qui respire et qui avance dans un tourbillon vers un destin grandiose ? Un monde dans lequel un seul mot, « UTILISER », sera le passe-partout qui ouvrira la porte de toutes les entreprises – un monde dans lequel le pouvoir – la substance – de la charité sera la clef de voûte de tous les arcs de l’habileté et du triomphe des hommes ?

De quelle utilité seront vos pressions aux portes de ce monde si vous tentez de vous frayer un passage avec des gourdins et des couteaux, ou avec des flatteries et des tentations ?

Mon cœur s’attriste pour ceux d’entre vous dont la critique et la condamnation immédiate de toute créature qui ne correspond pas à la place ronde ou carrée qu’ils ont créée pour elle dans leur esprit, les rend incapables d’un jugement charitable ; pour ceux dont l’opinion est le siège du jugement devant lequel vous voudriez que s’inclinent tous les hommes avant d’accéder au portail au-dessus duquel sont écrits, en lettres de feu, les mots « Juger dans la compassion » . Le fait que vous ayez oublié ou que vous ne teniez pas compte du principe sous-jacent à cette inscription ne vous servira en rien auprès de vos juges lorsque votre temps sera venu de franchir ce portail. Si vous étiez vous-même la pureté personnifiée, un monument de sagesse et de connaissance combinées, vous pourriez (je dis bien pourriez) alors être reçu par les administrateurs de la loi karmique et vous trouver parmi les juges de vos frères. Mais étant ce que vous êtes, faible, faillible, mortel, ne sentez-vous pas un frisson de terreur vous parcourir l’âme à la pensée du jugement à venir quand vous venez de briser une obligation sacrée par des mensonges qui brûlent encore votre langue, quand, avec un baiser de Judas encore tremblant sur vos lèvres, vous menez à la crucifixion le frère qui vous a fait confiance, le frère qui s’est livré sans défense entre vos mains ?

Ah ! Âmes aveugles ! Je vous ai entendu demander de l’aide, une promotion, de la protection, sur la base de quelques jours ou quelques années de service à la Loge, quelques pièces d’or ou d’argent, une poignée de bijoux sans valeur. Pourtant je vous le dis, ni un millier d’années au service de la Fraternité Blanche, ni tout l’or ou l’argent de l’Univers, ni toutes les pierres précieuses de la mer, du ciel et de la terre ne pourraient acheter un seul des regards d’appréciation qui apparaît sur le visage du Grand Maître lorsque le plus humble des chélas s’agenouille devant lui. Aucune de ces richesses terrestres ne pourrait déverrouiller une seule des soixante-dix-sept barrières qui bloquent le sentier menant au Dais du Hiérophante2, ni essuyer la tache d’une action perfide qui n’a pas été expiée, ni ramasser le sang versé par une seule victime non vengée.

Si vous ne pouvez pas rester fidèle aux serments que vous avez faits à votre Être Supérieur, quelle assurance pouvez-vous donner à la Loi que vous le resterez si la vie et le bien-être d’un des plus petits enfants de Dieu (un chéla de la Loge) sont placés sous votre protection ou si un des secrets de la Chambre des Trésors vous est confié ?

Si vous ne pouvez pas obéir aux lois que vous avez juré de faire respecter, comment pouvez-vous siéger parmi les législateurs et transmettre des jugements équitables aux exécuteurs de ces lois ?

Si les profondeurs de la bassesse et de la putrescence de votre nature inférieure vous amènent à chercher la bassesse et la putrescence dans les autres ; si vous savourez comme des bonbons toutes les calomnies que vous entendez et que vous répétez ; si les oreilles vous démangent d’écouter un compte rendu du crime commis par un de vos frères, de la perte de virginité d’une de vos sœurs, de la sortie des rangs des « gens respectables » d’une âme faible qui a cédé à la tentation, comment pouvez-vous recevoir et transmettre au monde souffrant les messages de miséricorde, de pardon, d’expiation et de résurrection reçus du Maître bien-aimé ? Comment pouvez-vous garder la tête haute et le regard ardent devant l’autel du Seigneur Sentinelle et revêtir la tunique blanche et le col doré conférés aux fils et aux filles du Troisième degré, en gage de victoire, de chasteté, de générosité et de souffrance pour les autres – en gage de vie et d’amour immortels ?

Vous avez négligé un grand nombre des innombrables responsabilités qu’on vous a confiées, des messages qu’on vous a transmis dans la douleur et l’espérance. Même si ce n’est que par souci d’autoconservation, je vous supplie d’écouter et de porter attention aux paroles que je vous adresse maintenant.

1 – N.D.É. Épîtres de Paul, 1 Corinthiens 13 1-3.

2 – N.D.É. Hiérophante : Titre donné au chef des Adeptes ou Initiés des anciens temples. Grand Instructeur.

HILARION - Temple 1 - Leçon 34
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