LA QUESTION ÉTERNELLE

L’unique, l’éternelle question : « Comment Dieu peut-il être toutes choses, toutes bonnes, et comment toutes choses mauvaises peuvent-elles exister en même temps que Dieu ? » On dit que c’est une loi de physique que deux choses ne peuvent pas occuper le même espace au même moment, mais on nous demande de croire que même si Dieu est toutes choses et toute réalité, l’antithèse de Dieu, le Mal, est non seulement une réalité en soi, mais constitue également la cause de la guerre perpétuelle entre les créatures que Dieu a créées de sa propre substance.

Cela serait en effet le paradoxe des paradoxes si c’était vrai.

La dualité de toute vie manifestée est évidente et semble fort peu utile comme base de discussion. Le positif et le négatif, le jour et la nuit, le bien et le mal : la conscience de l’un implique la conscience de l’autre.

Un objet n’est pas lui-même l’image de cet objet. L’image est une illusion, une réflexion, saisie et fixée temporairement dans une substance d’une autre nature. C’est également une inversion de l’objet original. Placez-vous debout à côté d’un étang, et regardez votre image dans l’eau sous vos pieds. Cette image apparaîtra à l’envers. Vous verrez votre tête là où vous devriez voir vos pieds.

Cette illustration simple peut vous aider à comprendre les méthodes par lesquelles des étapes de la vie spirituelle deviennent des étapes de la vie astrale.

Pour se donner une vie extérieure, et ainsi se connaître, la Divinité, au début d’un Grand Âge – Maha Yuga1 – se reflète elle-même – ses qualités et ses attributs potentiels – dans ce que nous appelons l’espace, mais qui est en fait la substance éternelle. Cette substance, l’Akasha, est le principe fondamental de l’énergie électrique, dont la première manifestation est l’éther.

L’obscurité n’a pas d’existence réelle. Quand la lumière brille, l’obscurité disparaît. Il en est de même pour l’univers réfléchi. Quand la lumière de Dieu, la volonté de créer, est en action à cette fin, la réflexion vivante de Dieu possède une existence temporaire, dont la durée est établie par cette volonté.

La seule grande difficulté pour comprendre un tant soit peu cette réflexion de Dieu se trouve dans les limites que nous fixons à notre conception idéale et dans notre tendance à nous accrocher à la réflexion dans son ensemble, plutôt que de consacrer plus de temps et de pensées aux réflexions mineures, les parties constitutives de la grande réflexion. Le problème dépasse alors la capacité de notre esprit. Si nous pouvons comprendre que ce ne sont pas seulement toutes les formes et tous les niveaux de substance qui sont réfléchis, mais aussi toutes les formes possibles d’esprit, tous les attributs, toutes les qualités, toutes les caractéristiques possibles, toutes les formes et tous les degrés de force et d’énergie, et comprendre aussi que ce ne sont pas seulement des réflexions, mais que ce sont toutes aussi des inversions séparées et distinctes, qui sont par conséquent fausses en comparaison avec la réalité, alors le problème devient beaucoup plus simple. La seule forme de vie réelle et éternelle dans cet univers d’ombres est l’Ego, l’étincelle divine, la base de chaque personne individuelle. Comme l’Ego est, pour ainsi dire, capturé et lié dans un univers de réflexion, sa mission est de transmuter cette réflexion, de la retourner à Dieu, en ajoutant ce qu’il a gagné personnellement dans son expérience parmi les ombres.

Par exemple, supposez que vous ayez donné un esprit à l’image réfléchie de vous-même dans l’étang, que vous lui ayez donné le pouvoir de bouger et l’inspiration de rechercher et de trouver tout ce que l’étang contient et peut lui enseigner. Vous surveillez cette image depuis votre position au-dessus d’elle, et vous découvrez qu’elle a rempli sa mission et qu’elle a acquis toute l’expérience prévue. Comme vous savez que sa forme et sa substance ne sont pas réellement nécessaires à sa vie, vous pouvez simplement les désintégrer et libérer l’esprit, incorporé à une forme d’énergie pure qu’il a gagnée au moyen de cette expérience. Vous pouvez rappeler à vous, sur la surface de l’étang, cette forme plus fine qui est votre propre enfant, une partie de vous-même. Supposez ensuite que par la puissance de votre propre volonté, qui a réfléchi l’étang et l’image réfléchie de vous-même, vous retirez la lumière qui a permis la réflexion, laissant uniquement de l’obscurité et de la non-existence là où l’étang se trouvait.

Bien qu’il ne s’agisse pas là d’une illustration exacte de la manifestation et de l’involution de la matière, cet exemple peut servir à vous éclairer sur ce sujet.

La parabole des dix talents réfère à ces travaux de l’Ego. Le disciple sans valeur qui cache son talent – qui n’utilise pas le talent, qui le retourne au Maître – illustre l’action d’un Ego qui a égoïstement refusé d’utiliser sa vie spirituelle pour transmuter des formes inférieures d’énergie qui doivent être périodiquement retournées à l’Absolu pour y recevoir une impulsion plus forte. Le disciple qui a fait bon usage de son talent a reçu en récompense le talent que le disciple indigne avait retourné. En d’autres mots, cet affinement de la substance du véhicule durable de l’Ego était la récompense de son propre travail, comme l’était aussi la substance inutilisée qui avait été retournée au donneur.

1 N.D.É. Maha Yuga : Période équivalant à un millième de Manvantara, soit 4 320 000 années terrestres.

HILARION - Temple 1 - Leçon 69
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