L’insatiable désir du cœur de l’homme, d’abord suscité par l’âme qui s’éveille, d’obtenir une manifestation sous forme humaine qui puisse satisfaire ce besoin, a fait de l’homme la proie de ses frères humains au cours de longues ères.
L’humanité des âges précédents a davantage d’excuses pour son échec à reconnaître la vérité que n’en a l’humanité actuelle. Il y a donc davantage de raisons de regretter la facilité avec laquelle, de nos jours, des hommes et des femmes sans scrupules peuvent tromper les autres concernant leur véritable nature, leurs véritables possibilités et la nature de leur enseignement sur la constitution de l’homme et de son environnement.
La recherche scientifique, tout comme le regain de popularité de vérités philosophiques longtemps oubliées, a ramené à la lumière la nature de la matière dont l’homme physique tire son alimentation terrestre. Il est maintenant facile de prouver que la matière est évanescente, changeante et peu fiable. Tout ce qui est réel et immuable est l’étincelle de divinité dans l’homme. Aussi longtemps que l’homme sera lié à la matière, il demeurera plus ou moins étroitement esclave de la matière. Pourtant, il ne cesse de chercher le parfait dans l’imparfait, et lorsqu’il est déçu dans une direction, il se précipite aussitôt dans une autre, en rejetant, dans son effort insensé pour obtenir une satisfaction immédiate, les bases fondamentales qu’il a trouvées dans la première, avant de les avoir assimilées. Il est pourtant impossible d’obtenir cette satisfaction dans quelque domaine d’étude que ce soit, tant qu’on n’a pas appris parfaitement la première leçon. L’homme s’éviterait de longues années d’efforts futiles, et il éviterait de grandes souffrances à d’autres, si, lorsqu’il apprend quelque chose concernant la nature et la constitution de la matière, il pouvait comprendre que la cause de l’imperfection qu’il trouve dans une personne qu’il a mise sur un piédestal dans l’intention de l’imiter, et qu’il a immédiatement jetée par terre, ne se trouve pas dans l’homme ou la femme eux-mêmes. Cette imperfection est située dans la substance même du véhicule utilisé par cette réalité dans le corps physique, auquel l’âme (le véritable homme ou la véritable femme) est liée aussi solidement que l’est sa propre âme dans son propre corps. Aussi longtemps que la matière du plan physique conservera son taux vibratoire actuel, il sera impossible pour un homme parfait ou une femme parfaite de s’y incarner. Avant que le Soi véritable puisse être délivré de toutes ses imperfections, ce n’est pas seulement le corps individuel qui devra changer périodiquement, en suivant la hausse et la baisse des vibrations, mais toute la matière sur laquelle tous les corps subsistent dans la même sphère. Dans ce cas, quelle justification pouvons-nous avoir de condamner notre camarade ou notre ami, ou d’en être insatisfait parce qu’il n’a pas rempli nos attentes ou ne peut satisfaire un besoin qui ne pourrait être satisfait que dans le cadre d’une substance-matière d’une vibration plus élevée ?
Quelle bonne raison pourrions-nous avoir de croire qu’un être parfait qui appartient à un état ou plan de vie plus élevé que le nôtre, et qui est formé de la substance de ce plan, serait capable de vivre indéfiniment dans une forme inférieure de matière ? La nature tout entière ne nous enseigne-t-elle pas exactement le contraire ? Mais il y a une façon, et une seule, qui permet de relier les plans et les états de vie plus élevés et les plans inférieurs, et c’est de reconstruire le pont qui a été arraché lorsque l’esprit et la matière ont été séparés. L’homme lui-même doit construire ce pont, et il doit le construire avec la substance de son propre corps physique et de son esprit inférieur. Et ce corps – le pont dont j’ai parlé – même s’il est construit correctement, ne pourrait pas rester en position tant que son poids – sa pression – n’aurait pas été réduit au niveau le plus bas possible, car autrement il se briserait et tomberait dans l’abîme. En d’autres mots, l’homme doit déployer des efforts infatigables pour le construire bien et fort, avec les outils de l’abnégation et de l’aspiration, et il doit réduire le poids de chaque molécule constituante en conquérant son égoïsme et ses désirs inférieurs pendant qu’il construit ce pont.
Lorsque le pont sera construit, alors, un jour, il pourra traverser jusqu’à son milieu où il trouvera, à l’attendre, la personne qu’il rêvait de rencontrer et qu’il avait auparavant cherchée en vain parmi les humains. Il ne reverra peut-être pas cette personne de sa vie, mais cela ne sera pas nécessaire, parce qu’il l’aura vue, et il aura été satisfait, et il sera content de retourner sur l’autre rive du ruisseau cosmique, là d’où il vient, pour réconforter ses frères et leur enseigner à construire leur propre pont. Ceci ne signifie pas qu’il sera libéré des lois qui gouvernent la matière, parce que cela n’arrivera jamais, tant qu’il demeurera dans le domaine de la matière. Cela ne signifie pas qu’il est « réalisé ». Cela signifie qu’il a appris comment sortir de la matière. Il s’est enseigné à lui-même comment marcher sur le « sentier », et il a ouvert ses oreilles aux intonations d’une voix qu’il pourra ensuite entendre et reconnaître – la voix bien-aimée – en tout temps et en tout endroit. Il ne condamnera plus jamais un être humain parce qu’il ne peut pas lui voler ce qu’il n’a pas gagné. Il ne constituera pas lui-même un objet d’envie ou un obstacle pour ses frères, et évitera de leur faire sentir que maintenant qu’il a atteint un niveau plus élevé, il ne sent plus sa parenté avec eux ou ne dépend plus de leurs bons offices.
Nous sommes souvent étonné lorsque nous voyons une personne pour qui nous avions beaucoup d’estime montrer une caractéristique inattendue, ou commettre une action particulière. Cette personne fait une action, ou montre un trait de caractère qui nous aurait auparavant semblé totalement étranger à sa nature véritable. Nous sommes souvent incapable de comprendre pourquoi nous pouvons regarder un spectacle horrible sans frémir, ou supporter une douleur vive, alors que nous avions auparavant été pratiquement poussé au désespoir par une douleur fort légère. Nous nous demandons comment un homme dont le cœur est naturellement tendre peut devenir tellement furieux sur un champ de bataille qu’il est possédé du désir de tuer et qu’il frappe sans le moindre frémissement de conscience tous les soldats ennemis qu’il peut atteindre. Nous nous demandons aussi comment nous pouvons être témoin de la famine, de la pestilence et de toutes les formes de misère humaine sans ressentir la moindre sympathie.
Il y a un point dans l’esprit cosmique que l’Ego ne peut pas dépasser sans changer complètement la position des molécules d’un centre du cerveau du corps qu’il utilise – le point où les extrêmes se rencontrent, et où l’horreur et la douleur deviennent plaisir ou indifférence dans l’esprit, et vice-versa.
Ce changement est dû à l’action d’une loi miséricordieuse, parce que le cerveau de l’homme est ainsi constitué qu’il ne peut pas supporter de sensation particulière au-delà d’un certain niveau. Lorsque ce niveau est atteint, l’action est pour ainsi dire renversée, et c’est le pôle opposé à celui qui est actif qui commence à répondre à la demande faite auparavant. S’il n’en était pas ainsi, toutes les molécules du centre du cerveau en cause feraient éclater leurs bornes et disparaîtraient du plan physique. En effet, l’énergie dynamique qui était active dans la sensation, l’énergie de Fohat, l’énergie qui se trouve à la base de toute force explosive manifestée, est tout aussi active dans chaque cellule de la matière protoplasmique du plan physique dont le centre du cerveau a été formé. C’est l’action de la loi mentionnée ci-dessus qui produit les faits étonnants que j’ai mentionnés. Lorsqu’on comprend que l’homme physique et son esprit inférieur ne sont conscients de rien qui pourrait produire des changements soudains dans sa nature, il devient évident que l’homme physique n’est pas responsable de ces changements, et qu’il ne doit donc pas être jugé et condamné par d’autres personnes, qui sont sujettes à subir les mêmes changements.
HILARION - Temple 1 - Leçon 82


