Ce que je suis sur le point de vous communiquer peut sembler entrer en contradiction avec les affirmations antérieures des enseignants de la science occulte que vous révérez le plus, mais en réalité il n’en est rien, car je vais simplement suivre quelques fils qu’on a pour le moment laissés pendre librement dans la toile de la philosophie exposée par les Maîtres.
Vous avez été correctement informés que la chute des anges dans le monde de la génération fut la première chute de l’homme. Avec le développement des pouvoirs mentaux et physiques les plus élevés chez les humains maintenant classés parmi les peuples préhistoriques, il s’est produit une chute encore pire par laquelle l’homme, ayant atteint le pouvoir des dieux, est tombé sous le niveau des bêtes avec lesquelles il cohabitait. En conséquence de cette chute, une malédiction tomba sur lui (ou en lui) et qui l’afflige encore. Elle est suspendue au-dessus de son âme comme une meule à son cou, et le tire encore et toujours vers la sombre rivière de l’ignorance et de l’oubli – la malédiction de l’oubli, la condamnation à l’esclavage. Jamais depuis cette époque si reculée l’humanité dans son ensemble n’a été libre. Jamais depuis elle n’a été capable de se rappeler la béatitude de sa vie antérieure, ni sa cause. Jamais depuis aucune nation, aucun peuple, aucune race n’a vécu sans le sentiment de la faute commise ou celui de sa propre impuissance, et jamais non plus sans le désir de se concilier quelque divinité offensée, évoquant l’infini, quelque rudimentaire qu’ait pu être cette représentation. Et cette malédiction apparente résulte de la division des intérêts humains.
Aussi vaste que soit sa déclaration de principes, chaque forme de gouvernement a enfoui dans sa constitution la semence de sa propre décadence. Et, tout comme ce fut le cas dans le passé, il en est toujours ainsi, maintenant, dans le présent grand cycle.
Le mal accumulé de l’âge présent a atteint l’apogée de son pouvoir et un réajustement doit s’ensuivre. Nous avons encore une courte journée de grâce, un seul siècle. En effet, si avant la fin de ce siècle les peuples de la Terre ne se sont pas suffisamment éveillés pour voir le cancer dans le bourgeon de leurs soi-disant grandes civilisations, et pour détruire ce cancer, rien ne pourra les sauver de la désintégration et de l’annihilation. Le royaume de Satan (ou du mal) et le royaume de Dieu (ou du bien) ne peuvent exister simultanément en un même endroit ou une même époque. L’un des deux doit céder. Le royaume de Dieu, qui détient tout le pouvoir positif de l’infini, doit éventuellement écraser le royaume de Satan, ou pouvoir négatif.
Que l’esprit de l’homme se tende vers le grand univers, dans quelque direction que ce soit, là où les grandes forces d’évolution dominent, et il n’y verra aucune évidence de la séparation qui est la malédiction de la race humaine. Le soleil brille autant sur le bon que sur le mauvais, la rosée et la pluie tombent également sur le juste et l’injuste, et la Terre donne ses beaux et utiles trésors aux pauvres comme aux riches, n’impliquant qu’un seul principe, le travail. Les champs auxquels l’homme consacre le plus de pensées et de soins sont ceux qui produisent le plus. Cependant, la nature couvre d’une beauté luxuriante même les champs en friche. Tous nous dépendons de quelqu’un d’autre, et tous sont là pour tous. Même le minuscule brin d’herbe n’est pas esclave de la fleur, mais il pousse avec d’autant plus de luxuriance s’il en reçoit l’ombre.
Lorsque le roi ou le régent d’un peuple a pris possession du premier lopin de terre et l’a partagé entre ses favoris, lorsque la première pièce de monnaie a été donnée en échange d’un service humain, lorsque le premier être humain a été capturé et transformé en esclave, alors la triple malédiction est entrée dans le monde que nous habitons actuellement, le coin enfoncé a divisé le royaume de Dieu et établi le royaume du diable. Et ce n’est que lorsque les nations se lèveront comme un seul homme pour rejeter cette malédiction que la semence de la souffrance et de la peine pourra être éradiquée, détruite à jamais. Alors, les lieux de perdition s’ouvriront afin que la lumière de l’Infini puisse briller dans les âmes assombries par des ères d’ignorance, de superstition, d’idolâtrie et d’inhumanité.
Il n’y a jamais eu sur Terre aucun esclavage plus contraignant, plus mauvais dans ses effets que le système actuel d’esclavage par le salaire, à la seule exception de l’esclavage des femmes. Ces dernières sont, en un sens, leurs pires ennemies, car plusieurs d’entre elles ne reconnaissent pas leur condition – ne savent pas qu’elles sont des esclaves. Jamais la femme ne sera libre tant qu’elle ne sera pas maîtresse de son propre corps. Jamais non plus les enfants naîtront libres tant et aussi longtemps qu’ils viendront en ce monde comme seule conséquence de la passion, car sur chaque atome de leur petit corps est imprimé le sceau de leur esclavage.
La femme coquette, choyée, entretenue, idolâtrée, mais tout de même esclave, qui peut observer la dégradation du statut des femmes dans de nombreuses parties du monde, et rester tout de même en paix, ou qui peut mettre des bâtons dans les roues d’autres femmes travaillant à l’émancipation de son sexe, se prépare un karma dont elle n’a pas idée. Aucune femme dotée d’instincts vraiment féminins dans l’âme ne peut souhaiter, pour elle-même ou pour ses sœurs, en autant que je sache, ce qui diminuerait son charme aux yeux de ceux qu’elle aime. Seules les exigences de l’époque et l’impérieuse perception intuitive qu’elle est une partie de Dieu, et par conséquent de l’humanité, pourront lui donner le courage d’affronter les railleries de son propre sexe et les ridicules et absurdes manifestations de mépris du sexe opposé, dans son effort pour gagner la reconnaissance qui est son droit. L’homme pourrait tout aussi bien tenter d’inventer une dynamo dans laquelle la force électrique négative serait absente que de tenter de créer un gouvernement vertueux qui exclurait de ses plans la force féminine.
Les récifs de coraux de certaines îles des mers profondes fournissent un bon exemple de l’unité de toute vie. Les polypes qui érigent ces structures, suffisamment massives pour faire couler le plus grand des navires, constituent une nation primitive dans un monde qu’ils ont créé sur la base des tendances naturelles à l’abnégation et à la véritable fraternité. Il faut quatre classes de ces minuscules créatures pour parfaire un récif qui pourra un jour s’élever très haut au-dessus du niveau de la mer. La classe qui établit les fondations dans les profondeurs de la mer ne peut pas vivre au-dessus d’un certain niveau d’eau. Lorsque ce point est atteint, une autre classe des mêmes polypes prend la relève. Cette dernière travaille jusqu’à plusieurs mètres au-dessus du point atteint par les polypes de la classe précédente en y étalant leurs outils, c’est-à-dire leurs corps. Alors, une autre classe se manifeste pour compléter la structure. Finalement, c’est une autre classe encore qui arrive, remplit les espaces du récif laissés libres et le solidifie. Lorsque les polypes de la première classe travaillent sur la partie de l’ouvrage qui leur est assignée, le stress et l’effort d’avoir à dépasser les frontières de leur habitat naturel ont pour conséquence la naissance d’une classe de polypes naturellement capables de travailler à un niveau plus élevé. Chaque classe se sacrifie littéralement pour sa progéniture, et l’ensemble de l’œuvre, lorsque complétée, est un exemple parfait d’abnégation. Quel que soit son usage le plus élevé dans l’économie de l’univers, la durée de vie d’un simple récif dépasse par d’innombrables années celle de tout ouvrage érigé par l’homme sur le plan physique.
Il existe de nombreux autres exemples que fournit la Nature à l’étudiant qui désire apprendre la leçon de l’unité et du sacrifice, par opposition à la désunion et à l’amour-propre. Tant que nous ne travaillerons pas avec la Nature, en découvrant ses lois et en leur obéissant – les preuves de leur fonctionnement étant abondamment présentes dans notre environnement –, nous n’aurons jamais une nation, un état ou une organisation capable de survivre à l’impulsion qu’elle a reçue à sa naissance.
Des lèvres du Grand Maître Jésus est sorti un jour un témoignage rempli de force qui pourrait encore mettre en pièces la malédiction de Satan et l’écarter pour toujours : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et Mammon1 ». L’expression « la malédiction de Mammon » a un sens large et profond. Elle comprend tout esclavage, qu’il s’agisse de biens sous forme de terres, d’argent ou d’êtres humains. Elle est suffisamment complète pour inclure chaque petite molécule de matière qui ait jamais été achetée ou vendue par la race humaine.
On vous dira qu’un gouvernement dépourvu de tout moyen d’échange doit nécessairement être un échec. Je vous demande : « Comment le savez-vous ? Est-ce que, de mémoire d’homme, un système semblable a déjà été essayé ? » Et je vous réponds : « Non, pas chez les hommes avec leur organisation actuelle. C’est une chose qui n’a jamais été essayée dans le monde que vous habitez maintenant, depuis la chute de l’homme à laquelle j’ai fait allusion plus haut. Mais il existe des mondes – plusieurs mondes – là où la forme de gouvernement, depuis des âges et des âges, n’a jamais physiquement changée et où jamais une pensée de la malédiction qui a dégradé cette belle Terre n’a trouvé à se loger dans un cerveau mortel, là où la vie dans le monde physique est une vie de service joyeux, service qui n’est échangé que pour des joies plus grandes encore. Cette pauvre planète pourra devenir semblable à celle décrite plus haut lorsque ses habitants comprendront la cause de ce qu’ils appellent ‘‘le péché originel’’, la malédiction recouvrant d’un linceul l’âme de chaque être humain qui s’approche pour prendre possession de son héritage de malheur. Cette malédiction qui a fait se lever la main de chaque homme contre son frère, qui a rempli les prisons et les asiles d’aliénés, et qui a amené l’homme à nier le Dieu en lui-même, car la lumière n’a aucune parenté avec l’obscurité et Dieu est Lumière. »
N’avez-vous rien à faire dans ce travail de régénération, la tâche de vous préparer pour le royaume du Christ, le royaume de l’Unité, par opposition à celui de la séparation ? Oserez-vous vous tenir immobile tout au long du jour et laisser les ombres de la nuit descendre sur ce beau monde, sans faire aucun effort pour les éloigner ?
1 N.D.É. Évangile de Matthieu 6 24.
HILARION - Temple 2 - Leçon 246 - transmise en 1899


