On court de manière presque inévitable le risque d’être extrêmement mal compris ou de mettre quelqu’un en colère lorsqu’on dit la vérité toute simple à propos de n’importe quel sujet. Peut-être qu’une vérité exprimée ainsi semblerait pourtant parfaitement évidente à cette personne avec l’aide d’un peu de temps et d’une calme réflexion. Mais, comme c’est couramment le cas, la première impulsion de l’auditeur est de tendre à la refuser et, parce qu’un argument intensifie seulement l’attitude prise par les deux parties, la cause principale de l’argument – la vérité – est en général submergée dans un océan de mots avant que cet argument ne soit entendu.
Lorsque je dis que la démocratie est une erreur et qu’une forme démocratique de gouvernement n’est ni juste, ni sage, ni stable, je peux voir du refus ou de la perplexité jaillir de vos visages, et pourtant ces deux affirmations sont littéralement correctes du point de vue de la Loge Blanche. Il est possible que cela soit reçu de manière moins antagoniste si je dis que cette forme de gouvernement n’est ni juste, ni sage, ni stable durant certaines périodes d’un Manvantara. Cependant, du point de vue de l’unité, de l’évolution et de la réalité spirituelle, l’idée d’une démocratie est inadmissible.
Prenez cet argument uniquement du point de vue de l’évolution. Il est parfaitement évident pour celui qui étudie en profondeur les enseignements de la vie qu’il n’y a pas deux personnes exactement semblables dans le monde. L’idéal le plus élevé qu’une personne est capable de concevoir diffère grandement de celui d’une autre. Cependant, une démocratie satisfaisante nécessiterait une race d’êtres exactement semblables, une race ayant une ambition ou un désir communs, qui ne présenterait pas d’opposition de la part de ses membres au-delà d’une certaine moyenne établie. Dès qu’un homme évolue plus que ses voisins dans la démocratie ordinaire, l’admiration est suivie de jalousie, d’imitation et d’insatisfaction de la part de la majorité de ses collègues. C’est également fortement le cas pour l’autocratie ordinaire actuelle, mais la raison de cet état de choses dans une autocratie tient aux mauvaises actions de la classe supérieure – la classe au pouvoir. Cela n’existe pourtant pas dans la forme patriarcale idéale de gouvernement de la Grande Loge Blanche, un corps qui est pratiquement une autocratie.
Du point de vue de la loi divine, chaque création de la vie, qu’il s’agisse d’un homme ou d’un animal, d’une plante ou d’un minéral, est exactement à sa place à chaque instant. S’il pouvait quitter cette place de manière permanente par un moyen extérieur quelconque, la mort ou la dégénérescence en résulterait. Il existe une place définie, une position et un dessein pour chaque création individuelle. La loi du karma détermine cette juste place à chaque instant selon le caractère des désirs et des actes de l’acteur individuel, et aucune autre chose ou personne créée ne pourrait retirer à cet individu son positionnement dans l’échelle universelle de la vie – à moins que la loi du karma ne décrète ce changement – sans créer de fâcheux résultats.
Dans une forme patriarcale idéale de gouvernement ou une monarchie, le père ou le roi se trouve dans la position dirigeante parce que la loi karmique l’y a placé. Chaque fils et chaque fille qui en descendent directement, ou toute autre personne ayant reçu des lettres de noblesse, se trouve naturellement dans cette position pour la même raison. Si cela est vrai, comment dès lors une démocratie plaçant le pouvoir aux mains du peuple, dont la majorité n’est même pas assez évoluée pour percevoir son propre positionnement naturel dans l’échelle de la vie, peut avoir le droit d’extraire de sa masse quelque personne, dont elle est également incapable de comprendre la position, sans s’attendre à autre chose que de la division, du mécontentement et finalement de la rébellion ? La réponse à la première question est la même depuis les temps les plus anciens : « En raison de la dureté de leur cœur, Dieu les a supportés. » En d’autres termes, en raison de son ignorance, de son entêtement et de son manque de discernement, l’homme fait le choix d’orienter son effort vers le changement de la loi naturelle établie par la Divinité, et il lui est permis de le faire. Pour exprimer cela de manière quelque peu différente, à certaines périodes d’un grand Manvantara, sur l’arc inférieur de certains cycles, l’intelligence spirituelle de l’homme est à son niveau le plus bas. Les Dieux ne sont pas encore apparus afin de donner l’impulsion des nouvelles forces évolutives pour la remontée du cycle. Un esprit infatigable s’empare des masses ; le désir du changement et de tout ce qu’il peut apporter les pénètre profondément; et le résultat qui s’ensuit est le renversement de ce qui est ancien et l’établissement d’un ordre nouveau. Mais le nouvel ordre, se manifestant dans ce cas particulier sur l’arc inférieur du cycle, ne peut durer éternellement. Petit à petit, alors que la connaissance et le pouvoir s’accroissent, l’ancien ordre – l’ordre supérieur – est rétabli et dure jusqu’à ce que les forces évolutives du nouveau cycle décroissent en force, en volume et en but, et qu’un nouveau changement survienne.
Cependant, si cette vision vous est inacceptable au moment présent, gardez à l’esprit que la loi évolutive opère en spirale et non en cercle clos ; et chaque ronde de la spirale, dans chaque Manvantara, voit la race s’élever à un plus grand degré de sagesse et de pouvoir. Les positions dans l’échelle universelle de la vie – éternelles par nature – qui sont maintenant occupées par des rois et des nobles inacceptables, autocratiques et manquants de sagesse, seront un jour occupées par les Maîtres de Sagesse (qui seront peut-être vous-mêmes). De même, d’autres caractéristiques de la vie auront également changé dans des proportions équivalentes. En d’autres termes, les Dieux résideront une fois de plus parmi les hommes, comme ils l’ont déjà fait sur l’arc supérieur de cycles précédents, et la démocratie ne sera plus qu’un nom, un idéal oublié, pour une très longue période de temps.
Gardez en mémoire ce que je vous dis. La démocratie peut être le seul idéal acceptable aux masses de l’ère présente et être ainsi relativement juste et sage, mais elle n’est ni juste ni sage du point de vue du Soi Supérieur, et une démocratie ne pourrait s’instaurer parmi des hommes qui ont atteint le point de développement le plus élevé dans leurs cycles évolutifs individuels.
La guerre mondiale actuelle1 est le résultat des efforts de la Nature pour déraciner les anciennes conditions et, d’un certain point de vue, elle est absolument inévitable à cette époque. En tant qu’évènement matériel mondial, elle peut sembler juste et nécessaire à beaucoup de personnes bien que, aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’homme individuel qui incite à la guerre et encourage sa continuation fasse l’objet de critiques sévères.
Les mêmes conséquences auraient pu être obtenues par une série d’incendies et de déluges, de tremblements de terre et d’éruptions volcaniques, pour autant que la race soit concernée. C’est-à-dire qu’une grande partie de la race aurait pu être détruite par des moyens naturels, jusqu’à ce qu’une race nouvelle naisse des éléments restants. Mais l’homme dans son ignorance ne peut attendre cela. Il se convainc lui-même qu’il doit précipiter les événements et voit le sacrifice de la vie d’un autre angle afin de satisfaire la soif de sang de sa nature, en créant conséquemment le lourd karma qui retombera naturellement sur les races qui vivront à la fin de la prochaine période mondiale correspondante ainsi que sur de nombreuses autres durant le cycle présent. Si cette destruction avait pu être laissée aux causes naturelles, le karma n’aurait pas eu à retomber sur la nouvelle race.
Mais n’oubliez pas l’ascension en spirale de la vie. La guerre s’arrêtera un jour et un gouvernement sera établi en accord avec la loi divine ; un gouvernement qui durera, car un tour supérieur de la spirale sera atteint lorsque les forces évolutives de l’arc inférieur du cycle n’auront plus le pouvoir d’influencer l’homme et de le conduire à sa perte, et parce qu’il sera alors entré dans son droit de naissance divin.
1 N.D.É. Première Guerre mondiale
HILARION - Temple 2 - Leçon 156


