Une espèce de crabe terrestre accomplit chaque année un pèlerinage au rivage pour se baigner et muer. De même, certaines femmes vont à intervalles réguliers se plonger dans l’océan de l’amour humain et y folâtrer, rejeter la croûte calleuse que l’inaction et les abus ont formée autour de leur cœur et revenir à leurs activités normales rafraîchies et revitalisées par cette expérience. Mais hélas, d’autres femmes, et elles sont la majorité, même si elles ont la capacité intellectuelle de voir venir la tempête qui les laissera désespérées, sont incapables de placer leur frêle embarcation à l’abri. Les yeux grand ouverts, mais sans pouvoir rien faire et parfois avec désespoir, ces femmes se laissent emporter vers les rochers sur lesquels elles voient pourtant des feux avertisseurs. Le cœur de ces femmes ne vieillit jamais. Le corps qui les habille se flétrit, la vue et l’ouïe baissent, la vie quotidienne se passe dans la pauvreté, la maladie et le malheur, mais le cœur, dans sa terrible et éternelle passion adolescente, ne cesse jamais de battre, et ne cesse de se consumer puis de ranimer ses braises jusque dans le monde astral. D’autres femmes sourient devant ce spectacle incongru de l’amour en un âge avancé, jusqu’à ce que leur tour arrive, et qu’elles comprennent enfin la tragédie perpétuelle de la vie des femmes.
Donne, donne, donne, crie l’autre pôle de la vie, le masculin incarné, et la femme donne jusqu’à ce que son énergie soit épuisée. Pour son incarnation suivante, elle choisit l’autre pôle de la vie, et se retrouve chez ceux qui demandent et reçoivent – le sexe masculin, – jusqu’à ce que la satiété la fasse retourner à l’autre pôle. La loi de compensation est exacte : nous devons récolter ce que nous avons semé. La meule des dieux tourne lentement, mais elle moud très finement.
Toutes ces difficultés, cette famine du cœur, ou ces abus, donnent naissance au bébé dans ses langes, placé dans une mangeoire – c’est-à-dire, l’amour spirituel pour le Christ, pour Dieu. La mangeoire est le plan physique de l’existence, dans laquelle le bébé naît, afin de pouvoir racheter la substance de ce plan et la ramener à l’état d’où elle est tombée. Il ne peut la racheter qu’atome par atome, parce que c’est ainsi qu’elle est tombée. Mais les cœurs douloureux et affligés peuvent trouver du réconfort dans la pensée que tout pincement supporté courageusement nous rapproche de la maison du Père, de la présence du Père. L’un après l’autre, les peuples et les races disparaissent, ne laissant que quelques vestiges ici et là pour prouver qu’ils ont existé. Les mêmes âmes, dans des corps nouveaux, racontent maintes et maintes fois, à leurs frères moins informés, au cours de cycles différents, la vieille, très vieille histoire du flux et du reflux. Le contact avec la matière éveille la même ambition, la même cupidité, la même avarice, et le message de l’âme continue, méconnu, inaperçu. L’une après l’autre, toutes les races souffrent des mêmes anciens problèmes et disparaissent dans le silence à cause de leur égoïsme inhérent. Dans toutes les races, quelques braves cœurs naissent qui sont prêts à donner leur vie et tout ce qu’ils possèdent pour enseigner à leurs frères l’ancienne mais toujours nouvelle leçon de la fraternité éternelle. Chacun, à son tour, est cloué sur la croix de l’égoïsme du monde. Lorsqu’ils sont jeunes, ces cœurs sont soutenus par l’enthousiasme éveillé par la touche divine qu’ils ont sentie. Mais à mesure qu’ils avancent en âge, leur véhicule devient moins apte à l’action. Lorsqu’ils atteignent l’âge et l’expérience qui peut faire d’eux des guides prudents pour les jeunes générations, ils ont perdu la beauté du visage et du corps qui attire l’œil sensuel et qui constitue un des plus puissants leviers pour faire bouger le monde, et ils sont incapables de donner à leurs paroles et à leurs actions la puissance nécessaire pour enthousiasmer les autres. Ils sont donc mis de côté ou simplement tolérés, de sorte que chaque nouvelle génération doit réapprendre la même leçon depuis le début.
HILARION - Temple 1 - Leçon 40


