LA DROITURE

Lorsqu’un homme a atteint sa pleine maturité mentale et physique et qu’une quelconque impulsion intérieure le pousse à reconsidérer et à analyser toutes les caractéristiques, phases et conditions de vie qui ont été les instruments de promotion de ce que le monde nomme ses « succès » – ses plaisirs, son pouvoir sur des hommes plus faibles, son autosatisfaction au moyen de n’importe quelle forme désirée –, que lui réserve donc la vie en termes d’efforts incessants pour les jours et les années à venir ?

S’il en est venu à faire face à son âme dénudée pendant cette période d’introspection, il aura aperçu les haillons et les lambeaux qui gisent à ses pieds ou les recouvrent encore, c’est-à-dire les restes de son droit de naissance (lequel demeure l’unique résultat final de tous ses efforts passés), nommément l’assouvissement, la déception, le manque d’espoir, le mépris amer pour les choses, les méthodes, les moyens, les idéaux des créatures qui l’accompagnent – les hommes et les femmes avec lesquels il a été le plus étroitement associés dans les différentes expériences de ses affaires et de sa vie sociale. Il se peut alors que dans l’intervalle entre deux lignes d’action mentale, le mot « droiture » vienne à son oreille ou lui soit chuchoté par son Soi Divin afin de le forcer à revoir son expérience de vie avec plus de justesse et à distinguer plus équitablement les causes et les effets. Dans ce cas, l’avenir privé de but se resserre devant la vision de l’homme et le regret des opportunités ratées lui ferme temporairement la vue à toute autre chose.

C’est alors seulement qu’il commence à comprendre la beauté, l’attrait de la « droiture », la nécessité d’être à la hauteur de quelque règle provenant de lois psychomatérielles, morales et éthiques telles que celles inculquées par les dix commandements ou par n’importe quelle autre règle de loi religieuse transmise de père en fils depuis des temps immémoriaux.

Il apparaît à sa conscience qu’il a très mal interprété le but et le caractère de ces lois et que, bien loin d’être les demandes arbitraires, indésirables et paralysantes d’un ancien Dieu personnel au rebut ou de quelque dictateur d’un âge passé, elles sont simplement les règles de vie les plus bénéfiques, les plus utiles, les plus saines et les plus universelles qu’il soit possible à un être humain ou à un mental divin d’inventer.

Il perçoit maintenant que l’aspiration – la prière –, la compassion, l’honnêteté, la pureté, le sacrifice de soi et l’attention portée aux droits des autres auraient posé les fondations d’une structure éternelle de paix, d’utilité et d’unité s’ils avaient été suivis religieusement ; ils auraient habillé cette âme maintenant dénudée des plus exquises parures d’amour, d’espoir, de foi, de sagesse et de connaissance. Au lieu de cela, au plus profond de son dégoût et de son horreur, il crie : « Ô quel fou j’ai été ! J’ai véritablement vendu mon droit de naissance pour un plat de lentilles. »

Un homme ou une femme doit être tombé au niveau du porc pour demeurer sale dans son corps jour après jour, alors qu’il existe des possibilités de nettoyer ce dernier. Et pourtant, les hommes et les femmes propres de l’extérieur apprécient de demeurer dans un état de crasse intérieure morale, mentale et psychique, alors que le plus vil des animaux fuirait s’il était capable d’en avoir la vision.

En dernière analyse, le mot « droiture » signifie propreté – pureté d’âme et de corps –, et lorsqu’un individu considère que cette crasse morale, mentale et psychique crée, ainsi que je l’ai mentionné, des conditions de vie astrale analogues aux germes des maladies et de la mort qui se développent dans la saleté physique, il commence à comprendre et à réaliser combien est désirable cette « droiture » – ou propreté – de tous les points de vue envisageables. Alors, s’il n’est pas totalement perdu pour toute forme de décence intérieure et extérieure, il tournera la tête et, tel le fils prodigue, « se lèvera et ira vers son Père ». C’est-à-dire qu’il sortira de la boue et de la saleté de sa nature inférieure, regardera avec sincérité vers les hauteurs de son Soi Spirituel et reconnaîtra la décence, la propreté, la beauté et la vérité d’une vie dirigée par les lois divines. Il cherchera sincèrement à vivre selon ces lois, sans tenir compte de la pitié ou du mépris montré par ses amis de jadis et sans se soucier de la souffrance, de la solitude, de l’angoisse qui viendront inévitablement en leur temps, jusqu’à ce son âme et son corps aient été nettoyés et purifiés des conséquences du mauvais usage des plus grands bienfaits de la vie.

Ah ! véritablement, la « droiture » devrait être l’unique objectif et l’ambition première de l’âme humaine, parce que rien d’autre dans l’univers ne justifie l’octroie de l’immortalité à l’homme.

HILARION - Temple 2 - Leçon 160
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