LA DÉVOTION AUX IDÉAUX

Il y a deux façons dont un être humain peut défendre sa vie ou son honneur. La première, c’est en réduisant son adversaire à l’impuissance, la deuxième, c’est en se faisant un ami de cet adversaire. Mais il faut savoir quelle sorte d’homme est cet adversaire pour décider s’il vaut mieux être son ami ou son ennemi. L’inimitié d’une vipère traîtresse, sous forme humaine ou sous forme animale, est préférable à l’expression de son amitié, parce qu’il y a une défense possible contre un ennemi connu, mais il n’y a pas de défense contre la traîtrise de celui qu’on croit être un ami.

De tous les braves, loyaux et nobles hommes et femmes de cet ennuyeux âge de fer, aucun n’est plus digne d’admiration et de louange par l’humanité que celui ou celle qui peut conserver une amitié authentique et désintéressée pour une autre personne qui lui a pardonné une grande blessure personnelle. En effet, les démons de l’enfer le plus profond sont heureux de voir le travail qui les attend alors dans le cœur de celui qui a été pardonné. Ces démons sont engendrés par la perte d’estime de soi née de la jalousie et nourrie par une peur abjecte. Cette personne conserve constamment un soupçon torturant concernant l’authenticité du pardon. Quels mots peuvent raconter cette lutte longue et difficile – et ces échecs fréquents ?

Ceci constitue un long préambule à quelques faits sérieux.

Il se trouve parmi les membres du Temple, pour notre chagrin et notre regret éternels il faut le dire, quelques membres à qui on a pardonné les plus grandes fautes qu’un être humain puisse commettre à l’égard d’un autre – des fautes face auxquelles le meurtre serait une bagatelle. Des années ont passé depuis que certaines de ces fautes ont été commises, mais seulement quelques mois depuis que des éléments de ces mêmes fautes ont été répétés, et ont été pardonnés de nouveau. La bataille, s’il y a eu une bataille, a été perdue par les gens qui ont commis ces fautes. Ils ont été incapables de résister aux tentations des démons que j’ai mentionnés plus haut, et sont par conséquent tombés si profondément entre leurs mains qu’ils n’ont plus besoin d’aucun pardon pour renforcer leur esclavage.

Je ne mentionne pas ceci dans le but d’exciter de la sympathie ou du soutien pour qui que ce soit, mais à partir d’un désir intense de sauver les autres d’un sort de ce genre, et pour essayer de renforcer les faibles et d’encourager les forts.

Dans les débuts du travail du Temple, l’aura de chaque nouveau membre était ouverte à ceux qui avaient le droit de la voir. Ceci servait à mieux protéger la cellule en gestation du travail du Temple. Toute attaque vicieuse future contre ce travail se trouvait préfigurée dans une aura avant d’être faite. Mais si cette connaissance avait injustement et négativement affecté ceux contre qui ces attaques devaient être lancées, si elle les avait poussés à refuser aux futurs coupables l’admission à l’association ou à s’indigner ouvertement des sous-entendus sournois, des méchancetés ou des mensonges de ceux qui avaient demandé à devenir membres ou l’étaient devenus dans le seul but de se servir de l’organisme à des fins égoïstes, la réalisation d’une grande mission aurait été retardée pendant longtemps, et les responsables de cette mission n’auraient pas été autorisés à poursuivre le travail sous la direction de la Grande Loge Blanche, parce qu’ils auraient dégradé l’idéal cosmique du Temple, la fraternité de l’humanité.

Si vous pouviez vous rappeler constamment les grands idéaux que vous avez aimés et que vous souhaitiez matérialiser autrefois – les idéaux des chevaliers nobles, courageux et désintéressés du Saint Graal, les dames douces, féminines, tendres et fidèles, dignes de l’amour et du sacrifice de ces chevaliers, le dévouement généreux et constant, la charité, l’aide, la sagesse et la bienfaisance des prêtres et des prêtresses des grands temples de l’Antiquité, qui suivaient le sentier sans relâche, parfois même éprouvés par le feu et l’eau, au milieu du carnage et du sang, dans des années de martyre, pour atteindre finalement la marche la plus élevée du grand escalier de l’Initiation. Je le répète, si vous pouviez toujours vous rappeler ces idéaux – vous souvenir de ce qu’ils signifiaient pour vous lorsque vous avez fait votre premier effort conscient pour vous élever sur l’échelle du développement personnel, et ce que ces idéaux ont été pour vous chaque fois que vous avez franchi une nouvelle étape, à travers tous les chagrins brûlants ou les grandes joies, ne seriez-vous pas plus attentifs à la façon dont vous les rabaissez, à la façon dont vous les traînez dans la boue et la fange du labyrinthe traître, instable, vide d’amour de votre esprit ?

Si vous pouviez toujours vous souvenir que ces idéaux ont été les premières créations sans forme de vos êtres spirituels, parce qu’ils ont été créés à partir de votre propre substance spirituelle, et qu’ils constituent par conséquent des images vivantes fixées de façon indélébile dans votre aura. Pour vous perfectionner, vous n’avez qu’à remplir ces images, comme l’artiste remplit l’ébauche qu’il a dessinée, comme le musicien ajoute les trilles et les accords, ou comme il trouve les mots appropriés pour accompagner la mélodie qu’il a saisie spirituellement et qu’il a exprimée sur le plan physique, créant ainsi un bijou musical éternel ! Si vous aviez conservé le moindre souvenir de ces idéaux, pourriez-vous rejeter délibérément l’occasion de prendre les pinceaux, d’utiliser les trilles et les accords, pour la raison qu’un autre artiste pauvre et malheureux a choisi de couvrir ses propres ébauches avec de la boue, ou de peindre, au lieu de l’idéal, un démon grimaçant, ou parce qu’un autre musicien a utilisé la douce mélodie reçue du royaume de l’Esprit pour en faire une chanson obscène et dégradante ?

Vous savez maintenant ce que vous devez faire. Vous n’avez aucun doute à ce sujet. Vous pouvez savoir, si vous vous décidez à écouter, ce qui se produira inévitablement si vous négligez d’accomplir votre devoir à l’égard de vos condisciples et de préserver vos idéaux supérieurs. L’air même est rempli des signes des événements qui viennent, des tremblements avant-coureurs des grandes tempêtes qui arrivent.

Aussi sûrement que deux et deux font quatre, vous savez que trahir volontairement un serment fait à votre Être Supérieur place une barre infranchissable en travers de la porte qui conduit aux endroits secrets de la Grande Loge Blanche. Vous savez qu’un mensonge délibéré ou une parole malveillante, vraie ou fausse, prononcée volontairement concernant une autre âme humaine qui s’efforce courageusement de sortir de la boue des sens pour avoir accès à la lumière de l’esprit, vous détachera certainement de l’amour ardent du Grand Maître, jusqu’à ce que vous ayez retiré de la toile le moindre fil échappé ou imparfait que votre mensonge ou votre parole méchante peut y avoir tissé. Vous n’avez pas besoin qu’on vous rappelle ceci, si vous avez écouté la petite voix intérieure qui ne manque jamais de vous le dire lorsque vous avez frappé le Christ – que vous avez enfoncé un autre clou dans la croix des malheurs du monde.

Quelle importance cela peut-il avoir que vous essayiez d’apaiser votre conscience en disant : « Je croyais que ce frère ou cette sœur était méchant, menteur, ou trompait le monde à son propre profit ? » Qui a fait de vous, vous qui êtes incapable de voir dans le cœur ou l’âme de l’accusé, le juge de ses victoires ou de ses échecs, de sa croissance spirituelle ou de sa capacité d’aider les autres ? Vous qui avez commis des péchés exactement aussi graves que ceux que vous mentionnez dans votre accusation, car autrement vous n’auriez jamais été capable de faire cette accusation – vous n’y auriez jamais pensé même un seul moment. En effet, il existe une loi implacable, qui vous empêche de percevoir ce que vous n’avez pas expérimenté.

Il reste peu de temps, tellement peu de temps, mes enfants – le jour du jugement, les effets des causes précédentes approchent très rapidement. Vous pouvez vous mettre la tête dans le sable comme l’autruche si vous le désirez, et refuser de voir les signes de son arrivée. Vous pouvez vous boucher les oreilles aux cris de guerre des démons élémentaux, aux hurlements des victimes de l’inhumanité de l’homme, persécutées, rendues folles, réduites en esclavage. Rien de cela n’empêchera le jour du jugement – le jour de votre jugement – d’arriver.

La première loi de la nature, vous dit-on, est la préservation du soi. Cependant, dans la grande crise actuelle, la nature semble avoir échoué en ce qui concerne la majorité des êtres humains, parce qu’ils ont perdu même le désir, pour ne rien dire de la capacité, de se préserver eux-mêmes. S’ils pouvaient tous voir et comprendre, ils seraient à genoux aux pieds de ceux auxquels ils ont fait du tort, au lieu d’essayer de se justifier à leurs propres yeux ou aux yeux des autres.

Quelle raison aurais-je d’essayer d’étouffer votre sensibilité en ce qui concerne les questions les plus importantes de votre vie en vous donnant rapidement des enseignements sur de grands phénomènes cosmiques ? Pourquoi est-ce que je vous donnerais des indications plus précises pour vous permettre de développer vos sens psychiques et acquérir davantage de puissance spirituelle, comme on m’a souvent demandé de le faire, lorsque je suis forcé de voir que je ne ferais qu’ajouter à votre responsabilité et placer entre vos mains, au sens figuré évidemment, une dangereuse arme à deux tranchants que vous pourriez utiliser pour vous tuer et en tuer d’autres autour de vous ?

Je vous ai dit clairement et avec insistance que je possède le pouvoir de vous conduire aux sommets du développement auxquels vous aspirez. Je vous ai dit aussi que tant que vous n’aurez pas atteint une véritable fraternité à l’égard de vos condisciples et que vous n’aurez pas établi en vous-même la base que représentent les vertus d’humilité, d’obéissance et de chasteté, le fait pour vous d’atteindre le développement spirituel et psychique que vous désirez vous nuirait beaucoup. En effet, vous vous trouveriez plongé dans des ordres de vie différents de ceux auxquels vous êtes habitué, ce qui pourrait vous causer des dommages irrémédiables, si vous n’avez pas le pouvoir de les contrôler à votre avantage. Et ce pouvoir ne peut être acquis que par la pratique des vertus que j’ai mentionnées. Vous ne vous attendriez pas à manipuler du feu avec vos mains nues. Or, les forces que vous manipuleriez, si vous le pouviez, sont beaucoup plus puissantes, tout aussi impersonnelles et tout aussi irresponsables que le feu du plan physique. Souvenez-vous que vous ne vous retardez pas seulement vous-même si vous refusez d’obéir ou si vous négligez vos obligations, mais que vous retardez également ceux qui se trouvent dans les mêmes vibrations auriques que vous. Car il n’est pas plus possible pour vous d’atteindre seul le niveau de développement auquel vous aspirez que pour une ruche d’abeilles d’atteindre par elle-même la stature d’un homme. Vous faites partie d’une âme de groupe unique, tout comme les atomes de votre corps font partie de vous, et aussi longtemps que cette âme de groupe est retenue en arrière par la prédominance d’une ou de plusieurs forces négatives, toutes ses parties individuelles sont retenues précisément dans la mesure où elles ont été responsables de cette situation par « les choses qu’elles ont faites ou n’ont pas faites ». Donc, c’est précisément dans la mesure où vous avez participé aux mauvaises actions des autres, en vous joignant à eux, en approuvant leurs actions mauvaises ou en ignorant délibérément les effets de ces actions, que vous les retardez et que vous vous retardez vous-même.

Vous vous étonnerez un jour d’avoir négligé ces paroles d’un Grand Maître, et d’y avoir été indifférent : « L’homme ne vit pas seulement pour lui-même. » En effet, la signification spirituelle de ces paroles dépasse tellement leur signification matérielle, en importance et en vérité, que la comparaison est impossible. Peut-être atteindrez-vous le centre matériel du travail du Temple, et que vous y travaillerez avec vos camarades ; peut-être au contraire êtes-vous tellement isolé que vous ne rencontrerez jamais un autre membre du Temple dans cette incarnation présente. Dans l’un ou l’autre cas, vous êtes une des parties constituantes d’une âme de groupe, car autrement vous n’auriez jamais été poussé à vous unir avec le corps du Temple. En effet, vous avez été sous la direction de cette âme de groupe depuis qu’une de ses galaxies d’étoiles a protégé votre première apparition sur la Terre.

HILARION - Temple 1 - Leçon 67
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