L’INGRATITUDE

Trois fois en un seul quart de siècle nous avons affirmé catégoriquement à trois organisations différentes placées sous notre direction – organisations associées au travail de H.P. Blavatsky – que l’ingratitude n’est pas l’un des péchés qui affligent les Initiés. Trois fois nous avons prié les unités de ces mêmes organisations pour qu’elles restent fermes dans leur allégeance aux disciples choisis pour diriger ces groupes. Non pas parce que les Initiés tirent un avantage de l’allégeance à ces organisations, mais bien en raison de la parfaite futilité de tout effort pour atteindre et diriger les étudiants vers des degrés encore plus élevés s’ils vacillent dans leur allégeance aux degrés et ordres inférieurs établis par nous, parce que toute communication entre eux et nous serait par le fait même interrompue. Ils ne peuvent pas plus que nous se laisser aller à l’ingratitude.

La facilité apparente avec laquelle certains de ces disciples confirmés jugent de la valeur ou de l’absence de valeur de l’un ou l’autre de nos intermédiaires ou agents est véritablement remarquable. Malgré nos milliers de siècles d’expérience, d’où nous pouvons puiser nos informations, nous-mêmes sommes incapables d’estimer cette valeur avec exactitude avant que ne soit terminée l’épreuve suprême de chacun de ces individus. Dans tous les cas, lorsque cette épreuve arrive, aucune question ne se pose, car la réponse est trop évidente.

L’égotisme colossal des faux dévots, qui croient pouvoir désigner la cause, le moment et l’étendue de l’échec d’un compagnon pèlerin dans une épreuve déterminée, est aussi indéfendable que la série d’offenses particulières sur lesquelles ils se basent pour critiquer effrontément ces compagnons en les accusant d’avoir perdu leur lien avec un Initié en particulier ou avec la Loge dans son ensemble, alors qu’en fait il n’y a qu’une seule offense qui soit irrémédiable, et c’est la traîtrise.

Vraiment, cela est peu encourageant pour ceux qui doivent soupeser et séparer l’ivraie du bon grain ou trier les pierres qui serviront à ériger un Temple parmi un groupe de disciples dont la majorité sont considérablement limités, comme je l’ai laissé à entendre. Si ce n’était des quelques exceptions trouvées ici et là parmi ces groupes – ceux dont la fidélité, l’humilité, l’obéissance et le courage, comme des joyaux sertis sur une couronne, brillent avec éclat en comparaison des qualités exprimées par ceux mentionnés plus haut –, nous serions, de tous les hommes, les plus désespérés lorsque le souvenir de l’immense tâche nous est rappelé, durant les périodes où nous sommes forcés de passer en revue les restes épars de notre troupeau, ces périodes que l’on appelle parfois « ères de sélection », lorsque les places vacantes doivent être remplies ou les lignes brisées reformées.

Il faut à la grande majorité de la race humaine beaucoup de temps pour apprécier le fait que seul un nombre limité de ses membres ont évolué jusqu’à un degré où il leur est possible de déterminer la vérité précise à l’égard de n’importe quelle phase de la nature ou de n’importe quel acte d’un homme.

Le dernier mot sur quelque sujet que ce soit est rarement dit. La cause fondamentale de toute action est rarement élucidée. On est censé détenir une preuve irréfutable lorsqu’un certain nombre de personnes sont en accord quant à ce qu’elles ont vu et entendu, à un moment précis, mais cette preuve ne saurait suffire pour justifier la condamnation d’un autre être par un Initié du sentier de la main droite. Cet Initié sait que toute une série de témoignages peut honnêtement être réfutée et que toutes les prémisses sur lesquelles ces témoignages sont fondés peuvent être rejetées sans risque par un autre observateur dont les yeux et les oreilles sont ouverts à des longueurs d’ondes lumineuses et sonores plus élevées ou plus basses, et qui, par conséquent, a pu saisir un mot ou tonalité, ou encore a pu percevoir une action intermédiaire plus discrète entre deux actes ou scènes plus faciles à observer, ce qui donne un tout autre sens à la preuve.

D’innombrables personnes parfaitement innocentes des crimes pour lesquels elles ont été condamnées ont connu l’emprisonnement ou la mort dans la disgrâce. En ce moment même, d’innombrables vies sont rendues indiciblement malheureuses en raison de procès tout aussi injustes. On tient rarement compte de ces possibilités, même en ces jours où la recherche scientifique a ouvertement révélé le fait que l’œil de l’homme moyen est aveugle aux vibrations de couleur au-delà du violet dans l’échelle des couleurs ou que l’oreille est sourde aux vibrations correspondantes de l’échelle des sons, et que, par conséquent, il est incapable de poser un jugement exact.

Un tout petit changement dans l’assemblage de l’œil et de l’oreille peut faire une différence immense, et des changements semblables se sont déjà produits dans les yeux et les oreilles de ceux qui ont dépassé le degré sur lequel fonctionnent la plupart du temps la moyenne des hommes d’aujourd’hui.

Si on admet que les énoncés précédents sont vrais, il est évident que rien ne justifie une opinion ou une décision arrêtées – et par conséquent inexactes – dans tous les cas qui dépendent uniquement du témoignage de la vue et de l’ouïe, lorsque la vie ou l’honneur d’autrui est en cause, et ce, jusqu’à ce que la vue et l’ouïe parfaites soient développées, ce qui dépendra de l’évolution de la glande pinéale et du corps pituitaire.

Gardez cependant à l’esprit que je ne veux pas vous voir précipiter à l’autre extrême ou que vous refusiez d’agir sur la base de vos conclusions dans les affaires ordinaires de la vie car, en général, dans les affaires ordinaires de la vie, les choses se situent dans les limites de la vue et de l’ouïe que possèdent actuellement l’être humain moyen.

Connaissant les faits en cause, il incombe à chaque étudiant de garder l’esprit ouvert sur tous les sujets et de reconnaître la nécessité d’obéir aux injonctions de ceux qui possèdent des organes évolués grâce auxquels il est possible de parvenir à un jugement juste et ce, afin qu’il puisse lui aussi prendre possession de ses droits de naissance que sont la clairvoyance et la clairaudience.

Les races actuelles sur la planète ne sont pas encore parfaitement humaines. Elles conservent encore bien des caractéristiques et qualités animales. Lorsque leur évolution sera complétée, les êtres humains devenus parfaits seront totalement différents de toute autre race d’êtres qui ait jamais habité cette planète, et les maux infects que produisent l’ingratitude et les jugements injustes disparaîtront de la face de la Terre.

Gardez l’œil ouvert et soyez à l’affût du monstre à plusieurs têtes, l’hydre de l’ingratitude. Rien d’autre ne saurait autant émousser votre intuition et votre perception de la vérité spirituelle. Aussi inférieur que soit l’individu qui ouvre votre œil intérieur à la perception de quelque réalité spirituelle, cultivez l’impulsion naturelle de la gratitude et exprimez cette dernière de façon perceptible. Vous verrez que chaque fois vous y gagnerez.

HILARION - Temple 2 - Leçon 281
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