L’INDE BERCEAU DE LA RACE – Partie 10
Des sphères inconnues sous nos pieds, des sphères encore plus inconnues et plus inexplorées encore au-dessus de nous, entre les deux, une poignée de taupes aveugles à la grande lumière Divine et sourdes aux murmures du monde invisible, mais se vantant de guider l’humanité. Où ? En avant à ce qu’elles prétendent mais nous avons le droit d’en douter. Le plus grand de nos physiologistes, si on le place à côté d’un fakir hindou, qui ne sait ni lire ni écrire, sera forcé d’admettre qu’il est aussi ignorant qu’un écolier qui a négligé d’apprendre sa leçon. Ce n’est pas en vivisectant des animaux vivants, qu’un physiologiste s’assurera de l’existence de l’âme humaine et ce n’est pas à la pointe du scalpel qu’il la retirera du corps humain. « Comment l’homme sain d’esprit, demande M. Sergeant Cox, Président de la Société psychologique de Londres, ne connaissant rien du magnétisme ou de la physiologie, n’ayant jamais assisté à une expérience ou étudié ses principes, voudrait-il passer pour un imbécile, en niant les faits et en condamnant la théorie ? » La réponse sincère à cette question devrait être : « Les deux tiers de nos savants modernes sont dans ce cas ». L’impertinence, si la vérité est jamais impertinente, doit être laissée à la responsabilité de celui qui l’a énoncée, un savant du petit nombre de ceux qui ont assez de courage et d’honnêteté pour dire de salutaires vérités quelque désagréables qu’elles puissent être. Et il n’y a pas à se méprendre sur la portée réelle de l’imputation, car immédiatement après l’irrévérencieuse question, le savant conférencier remarque avec la même pertinence : « Le chimiste prend à l’électricien son électricité, le physiologiste se tourne du côté du géologue pour ce qui a trait à la géologie, et chacun d’eux considérerait comme une impertinence si l’autre prononçait un jugement dans la branche de connaissances qui n’est pas la sienne. Il est donc étrange, mais aussi vrai qu’étrange, que l’on mette entièrement de côté cette règle rationnelle de conduite, lorsqu’il s’agit de la psychologie. Les savants physiciens se croient compétents pour prononcer un jugement dogmatique sur la psychologie et tout ce qui la concerne sans avoir vu un seul de ses phénomènes, et dans l’ignorance complète de ses principes et de sa pratique (605b).
Nous avons le sincère espoir que les deux éminents biologistes, M. Mendeleyeff de Saint-Pétersbourg, et M. Ray Lankester de Londres, se comporteront sous ce coup aussi bravement que leurs victimes vivantes, lorsqu’elles palpitent sous leurs scalpels qui les dissèquent.
Pour qu’une croyance soit devenue universelle, il faut qu’elle ait été fondée sur une immense accumulation de faits, tendant à la confirmer et à la fortifier, d’une génération à l’autre. En tête de ces sortes de croyances, figure la magie, ou si on le préfère, la psychologie occulte. Quel est celui parmi ceux qui reconnaissent son incroyable puissance même si on en juge par ses effets faibles et à moitié paralysés dans nos pays civilisés, qui refusera de croire aux assertions de Porphyre et de Proclus, que même des objets inanimés tels que des statues de dieux, peuvent être amenées à se mouvoir et à manifester pendant quelques instants des symptômes d’une vie factice ? Qui se fait fort de le démentir ? Sont-ce ceux qui journellement attestent par leur signature qu’ils ont vu des tables et des sièges se mouvoir et marcher, des crayons écrire, sans contact ? Diogene Laerce nous parle d’un certain philosophe, Stilpo, qui fut exilé d’Athènes par l’Aréopage, pour avoir osé nier publiquement que la Minerve de Phidias était autre chose qu’un bloc de marbre (606). Mais notre siècle actuel, après avoir mimé les anciens dans toutes choses et jusque dans leurs dénominations, telles que « Sénats », « préfets » et « consuls », etc. ; après avoir admis que Napoleon le Grand a conquis les trois quarts de l’Europe en appliquant les principes de l’art de la guerre enseignés par les Césars(Jules Cesar) et les Alexandre(), ce siècle, disons-nous, se croit tellement supérieur à ses précepteurs pour ce qui a trait à la psychologie, qu’il serait capable d’envoyer à Charenton tous ceux qui croient aux « tables animées ».
Quoi qu’il en soit, la religion des anciens est la religion de l’avenir. Encore quelques siècles, et il n’y aura plus de croyances sectaires dans aucune des grandes religions de l’humanité. Le Brahmanisme et le Bouddhisme, le Christianisme et le Mahométisme disparaîtront tous devant la puissante poussée des faits. « Je répandrai mon esprit sur toute chair », écrit le prophète Joel. « En vérité, je vous le dis, vous accomplirez de plus grandes choses que celles-ci », promet Jésus. Mais cela ne pourra avoir lieu que lorsque le monde reviendra à la grande religion du passé ; la connaissance de ces majestueux systèmes qui ont précédé de beaucoup le Brahmanisme, et même le monothéisme primitif des anciens Chaldéens. En attendant rappelons-nous les effets directs du mystère révélé. Les seuls moyens à l’aide desquels les savants prêtres de l’antiquité parvenaient à inculquer dans l’esprit obtus des masses l’idée de Toute-puissance de la volonté créatrice ou CAUSE PREMIÈRE, étaient l’animation divine de la matière inerte ; l’âme infusée en elle par la puissante volonté de l’homme image microscopique du grand Architecte, et le transport d’objets lourds à travers l’espace et les obstacles matériels.
Pourquoi par exemple le pieux catholique romain se détournerait-il avec répugnance des pratiques « païennes » des Tamils hindous ? Nous avons vu le miracle de saint Janvier dans la bonne ville de Naples, et nous avons vu la même chose à Nargercoil dans l’Inde. Où est la différence ? Le sang coagulé du saint catholique est amené à bouillir et fumer dans son flacon de cristal pour la plus grande satisfaction des lazzaroni ; et de sa châsse précieuse, l’idole du martyr prodigue ses gracieux sourires et ses bénédictions sur la congrégation chrétienne. D’un autre côté, une boule de terre glaise remplie d’eau est pressée dans la poitrine ouverte du dieu Surân ; et tandis que le pâdre secoue sa fiole et produit son « miracle » du sang, le prêtre hindou plonge une flèche dans la poitrine du dieu et produit son « miracle » ; car le sang coule à flots et l’eau est changée en sang. Les chrétiens et les hindous s’extasient, l’un comme l’autre, à la vue d’un pareil miracle. Jusqu’ici nous ne voyons pas grande différence entre les deux. Mais alors, est-ce le païen qui a appris le truc de saint Janvier ?
« Sache ô Asclepius, dit Hermès, que comme le Très-Haut est le père des dieux célestes, de même l’homme est l’artisan des dieux qui résident dans les temples, et qui se plaisent dans la société des mortels. Fidèle à son origine et sa nature, l’humanité persévère dans cette imitation de la puissance divine ; et si le Père Créateur a fait à son image les dieux éternels, le genre humain, à son tour, façonne ses dieux à sa propre image ! » « Et parles-tu des statues des dieux, ô Trismégiste ? » « Véritablement, oui, Asclepius et quelque grande que soit ta méfiance, ne perçois-tu pas que ces statues sont douées de raison, qu’elles sont animées par une âme, et qu’elles peuvent opérer les plus grands prodiges ? Comment pouvons-nous repousser l’évidence, lorsque nous voyons ces dieux posséder le don de prédire l’avenir, qu’ils sont obligés de révéler, lorsqu’on les y force par des charmes magiques, comme ils le font par l’organe de leurs prêtres et par les visions ?… C’est la merveille des merveilles que l’homme puisse avoir inventé et créé des dieux… En vérité, la foi de nos ancêtres s’est trompée, et, dans leur orgueil, ils sont tombés dans l’erreur sur l’essence précise dans ces dieux… Mais ils ont néanmoins découvert cet art par eux-mêmes. Impuissants à créer l’âme et l’esprit, ils évoquent les âmes des anges et des démons, pour les introduire dans les statues consacrées ; et ils les font présider de la sorte à leurs mystères en communiquant à des idoles leur propre faculté de faire le bien de même que le mal (607b) ».
Ce n’est pas seulement l’antiquité qui est remplie de preuves que les statues et les idoles des dieux manifestaient de l’intelligence et le pouvoir de la locomotion. En plein XIXème siècle, nous voyons des journaux qui racontent les escapades de la statue de Notre-Dame de Lourdes. Cette gracieuse dame, la Notre-Dame Française, s’enfuit souvent dans les bois qui entourent sa résidence habituelle, l’église paroissiale. Le sacristain a été obligé plus d’une fois de courir après la fugitive, et de la ramener à son domicile (608). Après cela, commence une série de « miracles », guérisons, prophéties, lettres tombées du ciel, que sais-je ? Ces « miracles » sont implicitement admis par des millions et des millions de catholiques, et bon nombre de ceux-ci appartiennent aux classes les plus intelligentes et les plus instruites. Pourquoi alors refuserions nous d’ajouter foi aux témoignages de même nature, qui ont rapport à des phénomènes contemporains de même genre racontés par les historiens les plus accrédités et les plus estimés, par Tite Live, par exemple ? « Junon, vous plairait-il d’abandonner les murs de Veiès, et de changer ce séjour pour celui de Rome ? » demanda à la déesse un soldat Romain, après la conquête de cette ville. Junon consent et secouant la tête en signe d’acquiescement, sa statue répond : « Oui, je le veux bien ». De plus, lorsqu’on se met en devoir de transporter son image, elle paraît instantanément « avoir perdu son grand poids », ajoute l’historien, et la statue semble plutôt suivre ses porteurs qu’être portée par eux (609).
Avec une naïveté et une foi qui touche au sublime, des Mousseaux se lance à corps perdu dans de dangereux parallèles et fournit une quantité d’exemples de miracles de ce genre, chrétiens aussi bien que « païens ». Il donne une liste de ces statues ambulantes de saints ou de madones qui perdent leurs poids et qui se meuvent comme autant d’êtres vivants, hommes ou femmes ; il offre des preuves irréfutables de ces faits, tirées des auteurs classiques qui ont décrit leurs miracles (610b). Il n’a qu’une pensée, qu’un désir violent qui domine tout, c’est de prouver à ses lecteurs que la magie existe, et que le christianisme en triomphe complètement ; non pas que les miracles de ce dernier soient plus nombreux ou plus extraordinaires, plus concluants que ceux des païens ; nullement, car c’est un historien honnête, quant aux faits et aux preuves. Mais ce sont ses arguments et ses réflexions qui sont impayables ; ainsi, un genre de miracles est produit par Dieu, et l’autre par le diable ; il rabaisse la divinité pour la placer face à face avec Satan, et il met ainsi l’ennemi à même de battre le Créateur avec avantage. Il n’a pas un mot de preuves solides et concluantes, pour démontrer la différence substantielle entre les deux genres de prodiges.
Si nous lui demandons la raison pour laquelle il reconnaît dans les uns la main de Dieu, et dans les autres les cornes et la griffe du diable…, écoutons sa réponse : « La Sainte Eglise catholique apostolique et romaine déclare que les miracles opérés par ses fidèles enfants le sont par la volonté de Dieu ; et que tous les autres sont l’œuvre des esprits infernaux ». Très bien, mais sur quoi se base-t-on ? On nous exhibe alors une liste qui n’en finit pas, d’auteurs sacrés ; de saints, qui toute leur vie ont lutté contre les démons ; et de pères dont la parole et l’autorité sont acceptées comme la « parole de Dieu », par cette même église. « Vos idoles, vos statues consacrées sont la demeure des démons, s’écrie saint Cyprien. Oui, ce sont ces esprits qui inspirent vos prêtres, qui animent les entrailles de vos victimes, qui règlent le vol de vos oiseaux, et qui, mêlant sans cesse le mensonge avec la vérité, rendent des oracles, et… opèrent des prodiges ; leur but étant de vous amener invinciblement à leur culte (611) ».
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