Plusieurs des plus grands esprits de tous les temps ont été menés au désespoir ou poussés vers les profondeurs de l’athéisme après avoir constaté combien il était absurde de se fier aux connaissances accumulées par les hommes des siècles précédents pour résoudre le mystère de la Divinité ou celui de l’Inconnaissable. Le fait qu’il soit absolument impossible de trouver une solution satisfaisante à ce mystère au moyen de l’intellect seul, alors même qu’une impulsion intérieure constante pousse l’homme à des efforts incessants pour le résoudre, est suffisant pour déséquilibrer le mental d’un individu. La seule façon d’échapper à cette fatalité consiste à apprécier le fait qu’il existe en l’homme des sens encore non développés qui, si la loi des correspondances s’avère exacte, lui offriront le moyen de satisfaire un jour ces impulsions et désirs inexplicables.
Rien n’ajoute plus à la révolte d’un homme de cette trempe que l’annonce de la venue ou l’arrivée d’un « adepte » autoproclamé, un « maître » qui promet à ses adhérents non seulement de les mener jusqu’au seuil de la connaissance spirituelle, mais même au-delà, jusqu’à « l’inconnaissable », et ce, sans aucun effort de leur part.
Depuis l’époque où pour la première fois des prophéties ont été révélées aux individus d’une race jusqu’à ce jour, chaque annonce de l’arrivée imminente de quelque extraordinaire force occulte, de la venue d’un Ange ou d’un Avatar afin d’élever le taux vibratoire de cette planète, a été suivie d’une avalanche d’imitateurs.
La race actuelle dans son ensemble a été informée que si ses membres veulent tirer un bénéfice individuel de la venue d’un Avatar, ils devront créer les conditions d’esprit et de corps nécessaires à la réception et à l’utilisation subséquente des forces qui seront dispensées par ce dernier. De plus, ils devront utiliser l’information déjà disponible pour aider au développement des principes, qualités ou sens qui seuls permettront de percevoir l’action de ces forces et de reconnaître celui dont la venue a été prophétisée.
L’histoire occulte et profane montre que toute prédiction sur l’avenir révélée par un véritable prophète est immédiatement suivie par l’émergence de toute une classe de pseudo-prophètes, de soi-disant adeptes ou maîtres affirmant être capables de guider leurs fidèles à travers les grands mystères de la vie jusqu’à l’identification complète avec Dieu en qui réside toute connaissance. Malheureusement, à ce qu’il semble, ils ont eu accès à d’anciennes archives ou systèmes de philosophie qui décrivaient certaines méthodes et procédures pour obtenir des pouvoirs surnaturels. L’utilisation de ces méthodes leur a fourni les moyens d’attirer les curieux et les âmes affamées, et de les retenir jusqu’à ce qu’ils apprennent, à leur grand désarroi, qu’ils n’étaient pas plus près du but promis qu’au stade initial de leur effort. Ces enseignants n’exigent jamais que soit fait le travail préliminaire sur lequel doit se fonder toute possibilité de succès sur le sentier de l’occultisme ; l’entraînement nécessaire pour atteindre le but demande beaucoup plus de sacrifices, de temps et d’efforts que ce que le pseudo-enseignant ou l’étudiant moyen sont prêts à consentir. Par conséquent, les étudiants se trouvent éventuellement dans une position similaire à celle d’une personne qui tente d’étudier les mathématiques supérieures sans aucune connaissance préalable des principes de base de l’arithmétique.
L’homme essaie toujours de monter jusqu’à Dieu par des moyens autres que ceux que Dieu a décrétés, et il refuse cette voie jusqu’à ce que le désappointement et le désespoir ne l’aient ramené à son point de départ. À partir de ce moment, s’il est intelligent, il soumettra les parties non occupées de son cerveau, dont les premiers occupants furent expulsés, à l’action d’une foi simple et à la dévotion, et il commencera à comprendre qu’il ne peut monter jusqu’à Dieu que dans la mesure où il devient Dieu.
Aucun Sauveur, aucun Maître ni Adepte, sur Terre ou dans les Cieux, ne peut conduire l’homme plus haut sur le sentier vers les dieux que ne le permet sa propre volonté. Tout ce qu’un Maître peut faire est de signaler les étapes, montrer au disciple comment il peut obtenir la nourriture spirituelle dont il aura besoin en chemin, et lui donner un bâton de connaissance pour qu’il ait les moyens de se protéger contre les forces antagonistes qu’il rencontrera inévitablement sur son chemin. Par la suite, le Maître doit se retirer et attendre les résultats. Tout le reste dépend de l’homme lui-même.
En général, le grimpeur sait intuitivement que ce qui a été dit précédemment est véridique, mais à la première annonce d’un nouvel engouement religieux, à la première vue de quelque feu follet, il va quitter la voie sûre et sécuritaire, et courir vers l’imposteur, sans jamais prendre conscience que ce désir lui-même est une épreuve pour vérifier sa capacité de rester sur un sentier sûr jusqu’à la fin et pour évaluer son mérite à recevoir le bâton de connaissance mentionné plus haut. Aucun homme qui, « ayant mis la main à la charrue », détourne les yeux pour regarder son voisin travailler son champ n’est digne des efforts que les Maîtres pourraient autrement faire pour lui.
Ceci ne signifie pas qu’il doive se refuser le privilège d’étudier ou de faire des recherches dans quelque champ d’expérience de la vie qu’il désire connaître, mais cela signifie que, s’il a la faculté de raisonnement d’un homme normal, il doit avoir compris l’impossibilité absolue de placer sa faible intelligence sur un pied d’égalité avec celle de la Divinité, et l’absurdité d’essayer de faire reconnaître sa prétention à posséder la conscience cosmique. Il évaluera ses propres limites et refusera d’être trompé par tout soi-disant adepte ou maître qui propose de l’enseigner sur la manière d’atteindre un état de sagesse infinie alors même qu’il est encore lié aux fers de la matière (c’est pratiquement la même chose que de dire que, dans l’état actuel de son évolution, il pourrait en fait connaître Dieu).
La prétention à cette connaissance et au pouvoir de l’accorder à d’autres a été le leurre utilisé de tout temps par les frères de l’Ombre pour attirer les pauvres âmes affamées de l’humanité ignorante. Le pouvoir de raisonnement de l’homme, s’il est pleinement éveillé et utilisé, doit lui montrer combien, à la fin, ses efforts pour atteindre son but s’avéreront futiles sous une conduite semblable. Mais, son égotisme et son aveuglement mental font de lui une victime de la duperie du tricheur.
Toutes les grandes religions ont leur légende de Lucifer – Satan –, l’ange déchu qui a été banni des cieux pour avoir tenté de prouver qu’il était l’égal de Dieu. La connaissance de Dieu suppose l’égalité avec Dieu, car ce n’est que sur un pied d’égalité avec un autre qu’on peut véritablement le connaître, que cet autre soit Dieu ou un humain.
Les pseudo-occultistes qui prétendent être capables de résoudre tous les mystères de l’univers sont trop prudents pour énoncer leurs prétentions dans un langage simple et facile à comprendre pour l’ignorant, car cela susciterait trop rapidement la répugnance, même dans l’esprit d’un sauvage. Ils présentent leurs prétentions sous les apparences de quelque formule mystique ou orientale, et ils utilisent de façon superficielle le terme « conscience cosmique » ou quelque autre terme vague et ambigu pour exprimer ce qu’ils offrent ; alors que, s’ils avaient la moindre idée de ce qu’est l’état qu’ils appellent « conscience cosmique », ils devraient aussi savoir que l’homme qui a véritablement atteint cet état ne saurait exister sur le plan physique, même une seule heure, car, une fois de plus, atteindre à la conscience cosmique signifie littéralement être devenu consciemment « un » avec Dieu et l’égal de Dieu.
Non content de grandir normalement et naturellement dans la réalisation ou la perception de la perfection absolue par la voie décrétée par Dieu – la voie de l’amour, la voie de la compassion, la voie du sacrifice –, l’homme qui n’a jamais su ce que le mot « amour » implique réellement le prend pour un simple sentiment ou quelque chose d’autre qui, prétend-il, doit être éliminé avant qu’une véritable conception de Dieu ne soit possible, et il rejette donc cette voie. Et là, précisément, se trouve le plus gros écueil sur le sentier du développement dans tous les cas de ce genre. Vous avez peut-être remarqué que cette répudiation de l’amour supérieur – la compassion – est la clef qu’utilise généralement le pseudo-occultiste. Soit il enseigne que ce type d’amour doit être totalement détruit, soit il élève la passion sur le trône de l’amour et amène ses fidèles à adorer la bête en l’homme. Il y a peu de différence entre les deux puisque le résultat final est le même dans les deux cas.
Lorsque le disciple est appelé à prendre une décision, alors qu’il se trouve devant un dilemme concernant son interrogation sur les prétentions d’un enseignant faisant l’objet d’une publicité exagérée ou encore face à un mystère du type indiqué précédemment, s’il s’appuyait alors sur le pilier que j’ai mentionné plus haut et s’il mesurait toutes les propositions qu’on lui présente à la lumière de ce principe absolu et irrévocable, il ne pourrait pas être détourné trop loin, car tôt ou tard tout véhicule de la force satanique révélera sa position par l’une ou l’autre des fausses prémisses déjà décrites.
L’homme qui prétend aimer Dieu, alors même que chacun de ses actes montre sa haine indiscutable à l’égard de son frère, doit être une curiosité pour les anges. L’homme se place dans la catégorie des mystificateurs s’il prétend posséder le pouvoir créatif supérieur, la Kriyashakti, alors que, dans sa vie, ses actes ne reflètent pas l’amour supérieur – l’amour universel. L’homme qui peut être influencé pour commettre un acte malhonnête ne pourra pas se cacher derrière le manteau de la vérité. L’homme qui n’est pas réellement humble, aimable à tout moment, juste et sage, ne pourra pas, en présence des Maîtres, garder la tête haute assez longtemps pour réclamer ses droits de disciple. L’homme qui n’est pas disposé et prêt à sacrifier sa vie et tout ce qu’il possède pour le bien de la race à laquelle il appartient ne sera jamais capable de faire avancer cette race de façon importante.
Il a fallu des millions d’années à l’évolution pour produire le véhicule par lequel la conscience de l’Ego peut fonctionner suffisamment pour lui permettre de devenir une entité dotée de la conscience de soi, c’est-à-dire une entité consciente qu’elle est un facteur d’évolution capable de réaliser son affranchissement. Alors, quelle raison acceptable pourrait-il y avoir de croire que quelques mois ou quelques années suffiront pour compléter ce processus, c’est-à-dire unifier la conscience de soi avec la conscience du cosmos ?
HILARION - Temple 2 - Leçon 231


