L’histoire intéressante publiée sous le titre « L’Idylle du Lotus Blanc » suscite un considérable intérêt. Elle est instructive à plus d’un titre. Elle dépeint exactement la foi et la prêtrise égyptiennes, alors qu’en Égypte la religion avait déjà commencé à perdre sa pureté et à dégénérer en un système d’adoration tantrique contaminé et souillé par la magie noire et utilisé sans scrupule pour des fins égoïstes et immorales. C’est probablement aussi une histoire vraie. Sensa est représenté comme étant le dernier grand hiérophante d’Égypte. Exactement comme un arbre laisse, en périssant, tomber une semence qui deviendra un arbre analogue même s’il doit entièrement périr, de même toute grande religion semble devoir léguer sa vie et son énergie à un ou plusieurs grands adeptes destinés à préserver sa sagesse et à revivifier sa croissance dans un temps futur alors que le cycle évolutif tendra, dans le cours de sa révolution, à produire le résultat désiré. L’antique et grande religion de Chemi est destinée à réapparaître sur cette planète dans une forme plus élevée et plus noble, lorsque les temps en seront venus ; et il n’est pas contraire à la raison de supposer que le Sensa de notre histoire est probablement aujourd’hui un très grand adepte qui attend le moment propice pour diffuser les instructions de la Dame du Lotus Blanc. Cependant, ces considérations mises à part, l’histoire en question enseigne une très noble leçon. Elle décrit, à sa façon allégorique, les épreuves et les difficultés d’un néophyte. Il n’est pas aisé pourtant, pour le lecteur ordinaire, d’ôter le voile de l’allégorie et de comprendre clairement ses enseignements. C’est dans le but d’aider de pareils lecteurs que je poursuis en donnant l’explication suivante des personnages qui apparaissent dans l’histoire dont il s’agit et les événements qui y sont relatés.
(1). – Sensa, le héros de l’histoire, représente l’âme humaine.
C’est le Kutastha Chaitanyam, ou le germe de Prajna, dans lequel l’individualité de l’être humain est conservée. Il correspond au plus haut élément permanent du 5e principe de l’homme. C’est l’égo ou le soi de l’existence incarnée.
(2). – Seboua, le jardinier, est l’intuition.
« Ils ne peuvent pas faire de moi un fantôme », déclare Seboua ; ce disant, ce rustre simple mais honnête, révèle véritablement son propre mystère.
(3). – Agmahd, Kamen-Baka et les neuf autres grands prêtres du Temple, qui sont les serviteurs zélés de la sombre déesse qu’ils adorent, représentent respectivement les entités suivantes :
- Kâma Le Désir
- Krodha La Colère
- Lobha La Cupidité
- Moha L’Ignorance
- Mada L’Arrogance
- Mâtsarya La Jalousie
7, 8, 9, 10 et 11 Les 5 sens et leurs plaisirs
Les personnages féminins qui figurent dans l’histoire sont les suivants :
- – La sombre et mystérieuse déesse adorée par les prêtres.
- – La fillette qui jouait avec Sensa.
- – La jeune fille rencontrée par lui dans la ville.
- – Enfin, la Dame au Lotus Blanc.
On doit ici noter que la 2e et la 3e sont identiques. Parlant de la belle femme de la ville qu’il rencontrait apparemment pour la première fois, Sensa dit qu’en regardant ses tendres yeux il lui semblait qu’il la connaissait bien et que ses charmes lui étaient familiers. Il est donc clair que cette dame n’est autre que la fillette qui courait avec lui dans le temple.
Prakriti, disent les philosophes hindous, possède trois qualités : Satva, Rajas et Tamas. La dernière de ces qualités se rapporte aux passions et plaisirs grossiers éprouvés dans le Sthûlasharîra. Rajoguna est la cause de l’incessante activité du mental ; tandis que Satvaguna est intimement lié à l’intelligence spirituelle de l’homme et à ses plus hautes et plus nobles aspirations. Mayâ apparaît donc dans cette histoire sous trois formes distinctes. C’est Vidyâ, une intelligence spirituelle, qui est représentée par la Dame au Lotus Blanc. C’est la Kwan-vin et la Prâjna des écrivains bouddhistes. Elle représente la lumière ou l’aura du Logos, qui est Sagesse et elle est la source du courant de vie consciente ou Chaitanyam. La fillette ci-dessus mentionnée est le Mental de l’homme et c’est par elle que Sensa se trouve peu à peu conduit en présence de la sombre déesse, installée dans le Saint des Saints, adorée par les prêtres dont nous avons fait plus haut la description.
La sombre déesse elle-même n’est autre qu’Avidyâ. C’est le côté sombre de la nature humaine. Elle prend sa vie et son énergie dans les passions et les désirs de l’âme humaine. Le rayon de vie et de sagesse qui a originellement émané du Logos et qui a acquis une individualité distincte qui lui est propre lors du processus de différenciation, peut se transformer plus ou moins entièrement en cette véritable Kâli, si la lumière du Logos est complètement éliminée par le mauvais Karma de l’être humain, si la voix de l’intuition n’est pas entendue et si on ne lui prête pas attention, et si l’homme ne vit que dans le but de satisfaire ses passions et ses désirs.
Si on se rappelle ces remarques, la signification de l’histoire deviendra claire. Je n’ai pas l’intention maintenant d’écrire un commentaire exhaustif. Je signalerai seulement quelques-uns des événements importants et leur signification.
Considérez Sensa comme un être humain, qui, après avoir poursuivi son chemin pendant plusieurs incarnations, et s’être soumis à un entraînement spirituel considérable, s’est réincarné ici-bas avec ses pouvoirs de perception grandement développés et préparé à devenir un néophyte dès les premières années de sa vie. Aussitôt qu’il entre dans le corps physique, il est placé sous l’influence des cinq sens et des six émotions énumérés plus haut qui ont leur domicile dans ce corps.
L’âme humaine est tout d’abord placée sous la direction de sa propre intuition, le simple et honnête jardinier du temple, pour qui les Grands Prêtres ne semblent avoir ni respect ni affection. Et alors qu’elle n’a pas encore perdu sa pureté originelle, elle obtient un aperçu de son intelligence spirituelle : la Dame au Lotus Blanc. Les prêtres, cependant, sont décidés à ne laisser à l’intuition aucune opportunité de s’exercer. Ils soustraient donc l’enfant à sa direction et l’introduisent auprès de la sombre déesse, la déesse des passions humaines.
Tout d’abord, la vue de cette divinité inspire à l’âme humaine un sentiment de répulsion. Le transfert proposé de la conscience humaine et de l’attachement humain du plan spirituel au plan physique est trop brutal et trop prématuré pour réussir. Les prêtres ont échoué dans leur première tentative et font de nouveaux projets pour un second effort vers le même but.
Avant d’aller plus loin je tiens à attirer l’attention du lecteur sur la véritable signification de l’étang aux Lotus, dans le jardin. On parle souvent du Chakram Sahasrâra dans le cerveau comme d’un étang au Lotus, dans les livres mystiques hindous. L’« eau douce résonnante » de cet étang est décrite comme étant l’Amritam ou nectar. Reportez-vous à la page 349 du deuxième volume d’« Isis Dévoilée »{1}, pour d’autres suggestions au sujet de cette eau magique. Padma, le Lotus Blanc, a, est-il dit, mille pétales ; autant que le mystérieux Sahasrâram des Yoguis. C’est un bouton non éclos dans le mortel ordinaire. Et exactement comme le Lotus ouvre ses pétales et s’épanouit dans toute sa splendeur lorsque le soleil s’élève sur l’horizon et répand ses rayons sur la fleur, de même le Sahasrâram du néophyte s’ouvre et s’épanouit quand le Logos commence à répandre sa lumière dans son centre. Lorsqu’il est complètement éclos, il devient le siège glorieux de la Dame au Lotus Blanc, le 6e principe de l’homme. Et, assise sur cette fleur, la grande déesse déverse les eaux de la vie et de la grâce pour le bénéfice et la régénération de l’âme humaine.
Les Hatha Yoguis disent que l’âme humaine en Samâdhi monte à cette fleur aux mille pétales par la voie de Sushumnâ (la dath des Kabbalistes) et obtient ainsi un aperçu de la splendeur du soleil spirituel.
À cette époque de la vie de Sensa, surgit un événement qui mérite l’attention. Un élémental apparaissant sous la forme d’un néophyte du temple, essaie de le tirer hors de son corps physique. C’est là un danger auquel tout homme est exposé avant qu’il n’ait acquis une capacité suffisante comme adepte, pour se préserver de tout danger de cette sorte, surtout quand sa perception interne s’est développée jusqu’à un certain point. L’ange gardien de Sensa le protège contre ce danger eu égard à son innocence et à sa pureté.
Quand son activité mentale commence et absorbe son attention, l’enfant s’éloigne de plus en plus de la Lumière du Logos. Son intuition ne sera plus en mesure de s’exercer sans entraves. Ses suggestions parviennent à l’enfant mêlées à d’autres états de conscience qui sont le résultat de la sensation et de l’intellection. Dans l’impossibilité de voir Sensa et de lui parler personnellement, Seboua lui envoie sa fleur de lotus bien-aimée en cachette, par un des néophytes du temple.
L’activité mentale débute par la sensation. Les émotions apparaissent ensuite. Le mental naissant de l’enfant est justement comparé à une petite fille qui joue avec Sensa. Dès que le mental commence à fonctionner, les plaisirs de la sensation ne tardent pas à frayer le chemin pour les fortes et violentes émotions de l’âme humaine. Sensa est descendu d’un degré du plan spirituel au moment où il perd de vue la sublime fleur de lotus et sa glorieuse déesse et quand il commence à être amusé par l’espiègle petite fille. « Tu es appelé à vivre au milieu des fleurs nourries par la Terre », lui dit cette petite fille, révélant le changement qui a déjà eu lieu. C’est la beauté de la nature qui attire tout d’abord l’attention de Sensa. Mais son mental ne tarde pas à le conduire à la sombre déesse du sanctuaire. Avidyâ a son véritable siège dans le mental, et il est impossible de résister à son influence tant que le mental de l’homme n’est pas contrôlé dans son action. Dès que l’âme subit l’influence de cette sombre déesse, les grands prêtres du temple commencent à utiliser ses pouvoirs pour leur propre profit et bénéfice. La déesse a besoin, pour servir sa cause, de douze prêtres en tout, y compris Sensa. À moins que les six émotions et les cinq sensations ci-dessus énumérées ne se soient alliées, elle ne peut exercer complètement sa domination. Ils se soutiennent et se renforcent les uns les autres comme le démontre clairement l’expérience de tout homme. Isolés, ils sont faibles et peuvent être facilement vaincus ; mais lorsqu’ils sont associés, la combinaison de leurs pouvoirs est assez forte pour garder l’âme sous leur contrôle. La chute de Sensa devient maintenant complète, mais non sans avoir auparavant reçu un reproche bien mérité de la part du jardinier et un mot d’avertissement de la part de la Dame au Lotus.
On fait dire à Seboua, à l’adresse de Sensa, les mots suivants : « Tu vins ici pour travailler, tu devais travailler avec moi ; maintenant tout est changé. Tu n’es plus bon qu’à t’amuser, non à travailler, et je dois te traiter comme un petit prince. Eh bien ! je me demande s’ils t’ont déjà corrompu, mon petit ». Ces paroles sont significatives, et leur sens deviendra clair à la lumière des remarques suivantes. On doit noter que la dernière fois qu’il alla dans le jardin, Sensa fut conduit non au bassin du Lotus mais à un autre bassin recevant ses eaux du précédent.
En raison du changement qui s’est opéré en lui, Sensa est incapable de voir la Lumière du Logos par perception directe, mais ne peut la reconnaître que par l’intermédiaire de son cinquième principe. C’est dans le fluide astral qu’il flotte et non dans l’eau magique du bassin au Lotus. Cependant, il voit la Dame au Lotus, qui dit pathétiquement : – « Tu m’abandonneras bientôt ; et comment pourrai-je t’aider si tu m’oublies tout à fait ? » –
Après cela, Sensa devient complètement un homme du monde, vivant pour les plaisirs de la vie physique. Son mental développé devient son compagnon et les prêtres du temple bénéficient de ce changement. Avant d’aller plus loin, je tiens à attirer l’attention du lecteur sur la possibilité d’obtenir d’un enfant tout renseignement que l’on désire en invoquant certains élémentals et d’autres pouvoirs au moyen de rites et cérémonies magiques. Après que l’âme a été complètement placée sous l’influence d’Avidyâ, elle peut soit succomber entièrement à cette influence et être absorbée, pour ainsi dire, dans le Tamoguna de Prakriti, soit dissiper sa propre ignorance à la lumière de la sagesse spirituelle et se débarrasser de cette funeste influence. Dans l’histoire de Sensa survient un moment critique quand son existence même se fond provisoirement dans la sombre déesse de la passion humaine, le jour de la fête en bateau. Une telle absorption, quelque courte qu’elle soit, est le premier pas vers l’extinction finale. Il doit, à ce moment critique, ou être sauvé ou périr. La Dame au Lotus Blanc, son ange gardien, fait une dernière tentative pour le sauver et y réussit. Dans le Saint des Saints même, elle dévoile la sombre déesse ; et Sensa, se rendant compte de sa folie, prie pour être débarrassé du joug maudit des prêtres détestés. Sa prière est exaucée, et, comptant sur l’aide de l’éclatante déesse, il se révolte contre l’autorité des prêtres et dirige l’attention du peuple sur les iniquités des autorités du temple.
Il est nécessaire de dire quelques mots à ce propos en ce qui concerne la réelle nature de la mort de l’âme et le destin ultime d’un magicien noir afin de graver dans l’esprit du lecteur les enseignements de ce livre. L’âme, comme nous l’avons déjà expliqué, est une goutte isolée dans l’océan de la vie cosmique. Ce courant de vie cosmique n’est que la lumière et l’aura du Logos. Outre le Logos, il existe d’innombrables autres existences, spirituelles et astrales, participant à cette vie et y vivant. Ces êtres ont des affinités spéciales avec certaines émotions de l’âme humaine et certaines caractéristiques du mental humain. Ils ont naturellement une existence individuelle définie qui leur est propre, qui dure jusqu’à la fin du Manvantara. Il y a trois façons dont une âme peut cesser de conserver son individualité particulière. Séparée du Logos qui est, pour ainsi dire, sa source, elle peut ne pas acquérir une individualité forte et caractérisée, et peut, dans le cours du temps, être réabsorbée dans le courant de la Vie Universelle. C’est la vraie mort de l’âme. Elle peut aussi se mettre en rapport avec une existence spirituelle ou élémentale en l’évoquant et en concentrant sur elle son attention à des fins de magie noire et de culte tantrique. Dans un tel cas, elle transfère son individualité à une telle existence et elle est absorbée en elle, pour ainsi dire. Dans un tel cas, le magicien noir vit dans un être semblable et, comme cet être, continue à vivre jusqu’à la fin du Manvantara.
Le sort de Banasena en est une illustration. On dit qu’après sa mort il a vécu comme Mahâkâla, l’un des plus puissants esprits de Pramadagana. À certains égards, cela revient à acquérir l’immortalité dans le mal. Mais cette immortalité, contrairement à celle du Logos, ne va pas au-delà des limites du Manvantara. Lisez à ce sujet le huitième chapitre de la Bhagavad Gîtâ, et ce que je dis deviendra clair à la lumière de l’enseignement de Krishna. L’événement qui survient dans le bateau d’Isis raconté dans cet ouvrage, donne une idée de la nature de cette absorption et du maintien subséquent de l’individualité du magicien.
Quand le centre d’absorption est le Logos et non tout autre pouvoir ou élémental, l’homme atteint Mukti ou Nirvâna et devient un avec l’éternel Logos, sans aucune nécessité de renaissance.
La dernière partie du livre décrit la lutte ultime de l’âme contre ses ennemis acharnés, son initiation et sa délivrance finale de la tyrannie de Prakriti.
L’assurance et le conseil donnés à Sensa par la Dame au Lotus Blanc, dans le Saint des Saints, marque le grand point tournant dans la vie du héros. Il a perçu la lumière de la Sagesse Divine, et s’est placé dans le champ de son influence. Cette lumière du Logos, qui est représentée dans l’histoire par la belle déesse de la fleur sacrée d’Égypte, est le lien d’union et de fraternité qui maintient la chaîne de rapports spirituels et de sympathie reliant la longue succession des grands hiérophantes d’Égypte, chaîne unissant aussi tous les grands adeptes de ce monde qui obtiennent de la même source leur influx de vie spirituelle. C’est le Saint Esprit qui maintient la succession apostolique ou Gourouparamparâ, ainsi que l’appellent les Hindous. C’est cette lumière spirituelle qui est transmise de Gourou à disciple quand vient le temps de la véritable initiation. Ce qu’on appelle le « transfert de la vie » n’est pas autre chose que la transmission de cette lumière. En outre, le Saint Esprit qui est, pour ainsi dire, le voile ou le corps du Logos, et par conséquent sa chair et son sang, est la base de la sainte communion. Toute fraternité d’adeptes a ce lien d’union ; et ni le temps ni l’espace ne peuvent les séparer. Même quand il y a une rupture apparente de la succession, sur le plan physique, un néophyte qui obéit à la loi sacrée et aspire à une vie supérieure, ne sera jamais privé de direction et de conseils quand arrive le moment voulu, quoique le dernier Gourou puisse être mort plusieurs milliers d’années avant sa naissance. Chaque Buddha rencontre, lors de sa dernière initiation, tous les grands adeptes qui ont atteint l’état de Bouddha pendant les âges précédents ; et similairement toute classe d’adeptes a son propre lien de communion spirituelle qui les relie ensemble en une fraternité convenablement organisée. La seule façon possible et efficace d’entrer dans n’importe quelle fraternité semblable ou de participer à la sainte communion est de se placer sous l’influence de la lumière spirituelle qui rayonne de son propre Logos. Sans m’aventurer à entrer dans des détails, je puis en outre indiquer ici qu’une telle communion n’est possible qu’entre des personnes dont les âmes obtiennent leur vie et soutien du même rayon divin et que, comme sept rayons distincts irradient du « Soleil Central Spirituel », tous les adeptes et Dhyân Chohans sont répartis en sept classes dont chacune est guidée, contrôlée et adombrée par l’une des sept formes de manifestations de la sagesse divine.
Il est nécessaire, à ce propos, d’attirer l’attention du lecteur sur une autre loi générale qui régit la circulation de la vie et de l’énergie spirituelles dans plusieurs adeptes qui appartiennent à la même fraternité. Chaque adepte peut être considéré comme un centre où cette force spirituelle est générée et emmagasinée et par lequel elle est utilisée et distribuée. Cette énergie mystérieuse est une sorte de force électrique spirituelle, et sa transmission d’un centre à un autre présente certains des phénomènes que l’on note au sujet de l’induction électrique. Il y a, en conséquence, une tendance à l’égalisation des quantités d’énergie emmagasinées dans les différents centres. La quantité de fluide neutre, existant dans un centre particulier dépend du Karma de l’homme et de la sainteté ainsi que de la pureté de sa vie. Quand elle est éveillée à l’activité par le fait que cet homme est mis en communication avec son Gourou ou Initiateur, le fluide devient dynamique, et a une tendance à se transférer à des centres plus faibles. On dit, quelquefois, qu’au moment de l’initiation finale, soit le hiérophante, soit le « nouveau-né », le plus digne des deux, doit mourir (voir page 38, Theosophist, novembre 1882). Quelle que soit la vraie nature de cette mort mystérieuse, elle est due à l’action de cette loi. On verra, de plus, qu’un nouvel initié, s’il est faible en énergie spirituelle, est fortifié en participant à la sainte communion. Et, pour obtenir cet avantage, il doit rester sur terre et utiliser son pouvoir pour le bien de l’humanité jusqu’à ce qu’arrive le temps de la libération finale. C’est un arrangement qui s’harmonise avec la Loi du Karma. La faiblesse primitive du néophyte est due à ses défauts karmiques. Ces défauts nécessitent une plus longue période d’existence physique. Et il devra passer cette période en se dépensant pour la cause du progrès humain, en retour du profit plus haut mentionné. En outre, le bon Karma accumulé dans cette période a pour effet de fortifier son âme, et, quand il prend enfin sa place dans la Fraternité Sacrée, il apporte avec lui autant de capital spirituel que n’importe lequel des autres, pour poursuivre le travail de la dite fraternité.
Si l’on se rappelle ces quelques remarques, la vraie signification des événements relatés dans les cinq derniers chapitres se révélera rapidement. Lorsque Sensa obtient son pouvoir de perception spirituelle, par la grâce de son ange gardien, et quand il commence à l’exercer volontairement et en connaissance de cause, il n’a aucune occasion de s’en remettre à la vacillante lumière de l’intuition. « Tu dois maintenant rester seul », dit le jardinier, et il le met en possession de sa fleur bien-aimée, dont Sensa commence à comprendre la pleine signification. Ayant ainsi atteint le siège de la clairvoyance spirituelle, Sensa voit les hiérophantes qui l’ont précédé, et dans la fraternité desquels il est entré. Le Gourou est toujours prêt quand le disciple est prêt. L’initiation qui précède la lutte finale pour la libération des liens de la matière est très clairement décrite. Le Chohan le plus élevé lui révèle les secrets de la science occulte et un autre adepte de la Fraternité lui indique la base et la nature réelles de sa propre personnalité. Son prédécesseur immédiat vient alors à son aide et lui révèle le mystère de son propre Logos. « Le Voile d’Isis » est enlevé. La Lumière du Logos pénètre dans son âme et on le fait passer par le « baptême du Feu Divin ». Il entend les instructions finales données par sa Reine et prend conscience du devoir qui lui incombe.
Il est ordonné à son prédécesseur, dont l’âme est si « pure et sans tache », de lui donner une partie de sa force et de son énergie spirituelles. Les trois grandes vérités sur lesquelles repose toute religion, si défigurées et déformées qu’elles puissent être par l’ignorance, la superstition et les préjugés, lui sont alors enseignées pour qu’elles soient proclamées dans le monde entier. Il est inutile que j’explique ici ces vérités, car leur énonciation dans l’ouvrage est suffisamment claire. Ainsi fortifié et instruit, Sensa se prépare pour la lutte finale. Durant ces stades préparatoires, les passions de l’homme physique sont, pour ainsi dire, endormies, et Sensa est provisoirement laissé seul. Mais elles ne sont pas entièrement subjuguées. La bataille décisive doit encore être livrée et gagnée. Sensa commence à vivre d’une vie spirituelle supérieure comme prédicateur et guide spirituel des hommes, dirigé par la lumière de sagesse qui a pénétré dans son âme. Mais il ne peut poursuivre ce genre de vie longtemps avant d’avoir vaincu ses ennemis. L’instant de la lutte finale, de la dernière initiation arrive bientôt. La nature de cette dernière initiation est très peu comprise. On en parle quelquefois en termes vagues comme d’une terrible épreuve par laquelle l’initié doit passer avant de devenir un véritable adepte. On la qualifie également de « baptême par le Sang ». Ces déclarations d’ordre général n’indiquent pas le moins du monde la nature précise du résultat que le néophyte doit atteindre ou les difficultés qu’il doit affronter.
Il est nécessaire de rechercher la nature du changement ou de la transformation psychique que cette initiation a pour but d’opérer si l’on veut en comprendre le mystère. Selon la classification ordinaire du Védanta, il existe quatre états d’existence consciente : Vishva, Taijasa, Prâjna et Turîya. En langage ordinaire on pourrait les décrire comme les états de conscience objectif, clairvoyant, extatique et ultra-extatique. Les sièges ou upâdhis reliés à ces conditions sont : le corps physique, le corps astral, le Kârana-Sharîra (ou la Monade) et le Logos. L’âme est la Monade. Elle est, pour ainsi dire, le point neutre de la conscience. Elle est le germe de Prajnâ. Quand elle est complètement isolée elle n’est le siège d’aucune conscience. Sa condition psychique est de ce fait comparée par les Hindous à Sushupti – un état de sommeil sans rêve. Mais elle est sous l’influence du corps physique et du corps astral, d’un côté, et des sixième et septième principes de l’autre côté. Lorsque l’attraction des premiers l’emporte, le Jîva devient Baddha, et se trouve être la proie de toutes les passions de l’existence incarnée. Le pouvoir de ces passions s’affaiblit à mesure qu’on se rapproche du point neutre que nous avons mentionné. Mais aussi longtemps que la barrière neutre n’est pas franchie, leur attraction se fait sentir. Mais dès qu’elle est franchie, l’âme se trouve pour ainsi dire placée sous le contrôle et l’attirance de l’autre pôle : le Logos ; et l’homme est libéré des liens de la matière. En bref, il devient un adepte. La lutte pour la suprématie entre ces deux forces d’attraction a lieu en cette barrière neutre. Mais durant la lutte, la personne dans l’intérêt de qui le combat est mené se trouve dans un état passif, inconscient ; elle est presque dans l’impossibilité de venir en aide à ses amis ou de frapper rudement ses ennemis bien que le résultat de la bataille soit, pour elle, une question de vie ou de mort. C’est la condition dans laquelle se trouve Sensa lorsqu’il subit la dernière épreuve, et la description qu’on en fait dans l’ouvrage devient claire à la lumière des précédentes explications. Il est aisé de voir que le résultat de la bataille dépend de l’énergie latente de l’âme, de son entraînement antérieur, et de son karma passé. Mais notre héros subit l’épreuve avec succès ; ses ennemis sont complètement battus. Mais Sensa meurt dans la bataille.
Chose étrange, quand l’ennemi est défait, la Personnalité de Sensa est détruite sur le champ de bataille. C’est, de sa part, le dernier sacrifice, et sa mère, Prakriti – la mère de sa personnalité – pleure sa mort, mais se réjouit en pensant à la résurrection de son âme. La résurrection ne tarde pas ; son âme s’élève, pour ainsi dire, hors du tombeau, sous l’impulsion vivifiante de son intelligence spirituelle, pour répandre ses bénédictions sur l’humanité et travailler au développement spirituel de ses frères plus jeunes. Ici se termine ce qu’on appelle la tragédie de l’âme. Ce qui suit ne sert qu’à donner à l’histoire, dans son aspect quasi-historique, une conclusion convenable.


