- Il est déclaré par le Vedanta que la (cause) matérielle de l’univers est en vérité l’ignorance, comme la terre l’est d’une jarre. Celle-ci (l’ignorance) détruite, où est l’univers ?
- Tout comme une personne pleine de confusion perçoit le serpent en laissant de côté la corde, de même l’ignorant voit l’univers sans connaître la vérité.
- La nature réelle de la corde étant connue, l’apparence du serpent ne demeure pas. Ainsi, le fondement étant connu, le monde phénoménal arrive à l’extinction.
- Le corps étant aussi du domaine de la phénoménalité, comment le prarabdha (karma acquis dans une naissance précédente) peut-il exister ? La Sruti parle seulement du prarabdha pour la compréhension des gens ignorants.
- Ce qui est à la fois le supérieur et l’inférieur étant réalisé, les actions sont détruites. L’utilisation d’un nombre plural par la sruti est clairement déclaré utilisé aussi pour la négation de ce (prarabdha).
- Si ceci est maintenu de force par l’ignorant, alors existe la place pour deux absurdités et aussi (pour) l’abandon de la conclusion védantique. (Aussi) doit-on accepter cette sruti de laquelle (arrive) la connaissance.
- Pour l’atteinte de (la connaissance) susdite, j’exposerai maintenant 15 étapes à l’aide de toutes lesquelles la méditation profonde doit être constamment pratiquée.
- La réalisation de l’Atman qui est Existence et Conscience n’arrive pas sans une pratique constante. Aussi le chercheur de connaissance doit-il méditer longuement sur Brahman pour le plus grand bien.
102-103. Les étapes, dans l’ordre, sont décrites : yama (observances), niyama (réfrènements), tyaga (renoncement), silence, lieu, temps et asana, mulabandha (contraction de la base) et équilibre du corps, stabilité de la vision de contrôle du prana, pratyahara (retrait en soi) aussi, concentration et méditation sur l’atman et samadhi.
- Le retrait des sens à l’aide d’une connaissance telle le « Tout est Brahman », ceci est justement appelé Yama, qui doit être pratiqué à plusieurs reprises.
- Le flot continue d’une seule pensée, le rejet de tout ce qui lui est étranger, est Niyama, qui est le suprême bonheur et qui est régulièrement pratiqué par le sage.
- Le renoncement à l’univers illusoire, réalisant qu’il est l’Atman-Conscience, est réellement Tyaga (renoncement), honoré par le grand, parce qu’il est de la nature de la libération immédiate.
- Le sage doit toujours être (un) avec ce silence atteignable par les yogis, d’où les mots avec le mental se détournent sans l’atteindre.
108-109. Qui peut décrire Cela d’où les mots se détournent ? Si on devait parler du monde phénoménal, même cela est au-delà des mots. Ceci ou ceci ? (Comment le définir ?). Cela est silence, appelé congénital parmi les sages. Le silence, par la restriction du discours, est prescrit pour les enfants par les instructeurs du Brahman.
- Cette solitude est connue comme Lieu, dans lequel (les gens) le monde n’existe(nt) ni au début, ni à la fin, ni au milieu, mais par lequel il est toujours pénétré.
- Le Non-deux, béatitude indivisible, est défini par le mot Temps, du fait de la production de tous les êtres en commençant par Brahma, en un clin d’œil.
- On doit connaître comme Asana celle où en vérité la méditation sur Brahman devient aisément sans cessation, et aucune autre détruisant le bonheur.
- Ce qui est bien connu comme l’origine de tous les êtres et le support de l’univers entier, immuable, dans lequel les siddhas sont totalement absorbés, cela seulement est connu comme Siddhasana.
- Ce qui est la base de toute existence, sur lequel est basé la restriction du citta (contenu mental), est Mulabhanda, qui doit toujours être adopté (car il est) adapté (yogya) pour les rajayogi.
- L’absorption dans le Brahman homogène doit être connue comme l’équilibre des membres. Autrement la droiture comme un arbre séché n’est pas réellement équilibre.
- Rendant la vision pleine de connaissance, on doit voir le monde comme étant Brahman. Cette vision est la plus noble, et non celle qui voit le bout du nez.
- Ou, la vision doit être dirigée là seulement où la cessation du voyant, de la vision et du vu arrive, et non en regardant le bout du nez.
- Le réfrènement de toutes les modifications (mentales) par l’attitude (de voir) tous les états mentaux tels le citta comme (étant) Brahman en vérité, cela est appelé Pranayama.
- La négation du monde phénoménal est connue comme le souffle Recaka (expiration). La pensée « Je suis uniquement Brahman » est appelée le souffle Puraka (inspiration).
- De là, la stabilité de cette pensée (est appelée) Kumbhaka (rétention). Aussi ceci est le Pranayama de l’illuminé, alors que l’ignorant se presse le bout du nez.
- L’absorption du mental dans la Conscience (suprême) en réalisant l’Atman dans tous les objets doit être connue comme Pratyahara, qui doit être pratiqué par les chercheurs de la libération.
- La fixation du mental par la réalisation de Brahman partout où va le mental, cela seulement est connu comme suprême Dharana (concentration).
- Demeurant indépendant de tout par une pensée inattaquable telle « Je suis uniquement Brahman », cela est bien connu par le mot Dyana (méditation), productrice de la suprême béatitude.
- L’oubli complet de toute vrtti (activité mentale) par la constance de la pensée puis son identification à Brahman est le Samadhi, connu comme Connaissance.
- On doit pratiquer parfaitement cette béatitude incréée aussi longtemps que, étant sous son propre contrôle (la contrôlant), elle s’élève spontanément en un instant lorsqu’elle est appelée.
- Alors le meilleur des yogis atteint la perfection, devient libre de toutes les pratiques. La nature réelle d’un tel être n’est pas objet du mental ni de la parole.
- Alors que le samadhi est pratiqué, des obstacles apparaissent inévitablement en vérité, tels que manque de recherche, paresse, désir de jouissance (des sens), sommeil, obscurité, distraction, sensation de joie, vide. Cette multiplicité d’obstacles doit être doucement évitée par le chercheur de Brahman.
- Vraiment par la pensée d’un objet vient l’identification avec l’objet; vraiment par la pensée du vide vient l’identification avec le vide; vraiment par la pensée de Brahman vient la perfection. Aussi doit-on pratiquer la perfection.
- Ceux qui renoncent à cette pensée suprêmement purifiante de Brahman, ces personnes vivent en vain, pareilles aux animaux.
- Les personnes vertueuses qui connaissent la pensée (de Brahman) et qui la développent, ces personnes sont vraiment bénies et sont respectées dans les trois mondes.
- Ceux dont la même pensée (de Brahman) est constamment développée et devient mûre, ceux-là seuls ont atteint l’état de Brahman toujours existant, et non les autres qui nagent dans les mots.
- Ceux qui, dépourvus de toute pensée (de Brahman) et très attachés (aux plaisirs du monde) parlent de Brahman habilement, viennent et vont (naissent et meurent) encore et encore de manière certaine du fait de leur ignorance.
- Les pénétrés de Brahman ne demeurent pas la moitié d’un instant sans la pensée, tout comme Brahma et les autres, Sanaka et les autres, Suka et les autres.
- La nature de la cause s’attache à l’effet, la nature de l’effet ne s’attache pas à la cause. C’est pourquoi en vérité par le raisonnement (il est prouvé que) la causalité disparaît en l’absence d’effet.
- Alors vraiment cette Réalité demeure pure et au-delà de l’étendue des mots. Cela peut être compris encore et encore en vérité à travers l’illustration de la terre et de la jarre.
- Une personne doit d’abord rechercher la cause par la méthode négative, puis encore comprendre celle-ci par la méthode positive, comme existant toujours dans l’effet.
- On doit voir en vérité la cause dans l’effet, ensuite rejeter l’effet. Alors la causalité disparaît et le sage devient ce qui reste.
- Une personne qui médite très assidûment avec une ferme conviction sur une chose devient rapidement cette chose en vérité. Ceci peut être compris à partir de la guêpe et de l’insecte.
- Le sage doit toujours penser avec grande attention à l’invisible, au substantiel, ainsi qu’à toute chose comme (étant) en vérité son propre atman, qui est conscience.
- Le sage, résorbant le visible en l’invisible, doit y penser comme (étant) Brahman. L’esprit plein de conscience et de joie, il peut demeurer en l’éternel bonheur.
- Avec ces étapes adaptées a été décrit le Raja yoga qui, pour ceux dont les désirs mondains sont partiellement consumés, peut être combiné avec le Hatha-Yoga.
- Pour ceux dont le mental est tout à fait mûr, celui-ci (le raja yoga) apporte siddhi (la perfection). (Cette pureté du mental) est aisée à acquérir rapidement pour ceux qui sont dévoués au guru et à Dieu.
Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction de Gaura Krishna


