L’AVEUGLE CONDUISANT L’AVEUGLE – partie 9

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre III L’AVEUGLE CONDUISANT L’AVEUGLE

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Le lotus est le produit du feu (chaleur) et de l’eau : double symbole de l’esprit et de la matière. Le Dieu Brahma est la seconde personne de la Trinité. Jéhovah (Adam-Kadmon) l’est aussi, comme Osiris, ou plutôt Pimandre, le pouvoir de la Pensée Divine, d’Hermès. Car c’est Pimandre qui représente la racine de tous les dieux Solaires Égyptiens. L’Éternel est l’Esprit de Feu qui réveille, fait fructifier et développe en forme concrète tout ce qui est né de l’eau ou de la terre primordiale, tout ce qui sortit de Brahma par évolution ; mais l’univers est lui-même Brahma et il est l’univers. C’est la philosophie de Spinoza, tirée par lui de celle de Pythagore : c’est la même pour laquelle Bruno mourut martyr. Cet événement qui fait date montre combien la théologie chrétienne s’est éloignée de son point de départ. Bruno a été exécuté pour l’exégèse d’un symbole adopté par les premiers chrétiens et interprété par les apôtres ! La branche de lotus du Bhôdisât et plus tard de Gabriel représente le feu et l’eau ou l’idée de la création et de la génération. On l’a mis en œuvre dans le plus ancien dogme du sacrement de baptême.

Les doctrines de Bruno et de Spinoza sont presque identiques. Cependant les expressions employées par le second sont plus voilées et choisies avec beaucoup plus de précaution que celles que nous rencontrons dans les théories de l’auteur de Causa Principio et Uno ou de Infinito Uniuerso e Mondi. Bruno qui reconnaît que Pythagore est la source de ses connaissances et Spinoza qui sans en convenir aussi franchement, laisse sa philosophie trahir le secret, envisagent la Cause Première du même point de vue. Pour eux, Dieu est une entité pleinement per se, un Esprit Infini et le seul Être tout à fait libre et indépendant des effets comme des causes autres que lui-même. C’est lui qui, par cette même Volonté qui engendra toutes choses et donna la première impulsion à toute loi cosmique, maintient perpétuellement l’existence et l’ordre pour toutes choses dans l’univers, comme les Swâbhâvikas Hindous, qu’on appelle bien à tort Athées, prétendent que toutes choses, les hommes aussi bien que les dieux et les esprits, sont nés de Swâbhâva ou de leur propre nature (182), de même, Spinoza et Bruno furent tous deux amenés à conclure qu’il faut chercher Dieu dans la nature et non pas en dehors. En effet, la création est proportionnée à la puissance du Créateur et, par conséquent, l’univers, aussi bien que son Créateur, doit être infini et éternel, c’est-à-dire une forme émanant de sa propre essence, créant une autre forme à son tour. Les commentateurs modernes affirment que Bruno « sans être soutenu par l’espoir d’un autre monde meilleur, abandonna plutôt la vie que ses opinions ». C’est laisser entendre que Giordano Bruno ne croyait pas à la continuation de l’existence humaine après la mort. Le professeur Draper déclare plus catégoriquement que Bruno ne croyait pas à l’immortalité de l’âme. Parlant des innombrables victimes que fit l’intolérance de l’Église Papiste, il remarque : « Le passage de cette vie à la vie qui suit, bien que l’épreuve fût dure, était pour les victimes le passage d’un trouble transitoire à l’éternelle félicité. En route à travers la sombre vallée, le martyr croyait qu’il serait conduit par une main invisible. Bruno n’eut pas un point d’appui de ce genre. Les opinions philosophiques auxquelles il sacrifia sa vie ne pouvaient lui procurer aucune consolation (183) ».

Mais il semble que le professeur Draper connaisse très superficiellement les véritables croyances des philosophes. Nous pouvons laisser hors de cause Spinoza ; qu’il reste même un athée, un matérialiste endurci pour les critiques. La prudence dont il fait preuve dans ses ouvrages nous permet très difficilement d’avoir une idée exacte de ce que furent ses sentiments réels, à moins de lire entre les lignes et d’être complètement au fait du sens caché de la métaphysique Pythagoricienne. Mais Giordano Bruno, s’il acceptait les doctrines de Pythagore, devait croire à une autre vie. Il ne pouvait donc être un athée que sa philosophie laissât sans « consolation » de ce genre. Son procès, puis sa confession, donnés par le professeur Domenico Berti, dans sa Vie de Bruno, établie d’après les documents originaux tout récemment publiés, prouve, sans aucun doute, ce que furent les véritables philosophies, croyances et doctrines de Bruno. D’accord avec les Platoniciens d’Alexandrie et les Cabalistes d’une époque plus récente, Bruno estimait que Jésus était un magicien dans le sens attribué à ce mot par Porphyre et Cicéron qui l’appelle divina sapientia (Sagesse divine) et par Philon le Juif qui décrivait les Mages comme de merveilleux investigateurs des mystères cachés de la nature. Il n’était pas question du sens avili que notre siècle donne au mot magie. Suivant sa noble conception, les Mages étaient de saints hommes qui, s’isolant de toute autre préoccupation terrestre, contemplaient les vertus divines, comprenaient plus clairement la divine nature des dieux et des esprits. C’est ainsi qu’ils initiaient les autres aux mêmes mystères qui ont pour but de conserver, sans interruption pendant la vie, des relations avec ces êtres invisibles. Mais nous montrerons mieux quelles furent les convictions philosophiques intimes de Bruno en citant quelques passages de l’acte d’accusation et de sa propre confession.

Les chefs d’accusation dans la dénonciation de Mocenigo, sont ainsi conçus : « Moi, Zuane Mocenigo, fils du très-illustre seigneur Marcantonio, je dénonce à votre très révérende paternité, pour obéir à ma conscience et sur l’ordre de mon confesseur, les propos tenus par Giordano Bruno. Je les ai entendus plusieurs fois quand il conversait avec moi dans ma maison. Il a dit que les catholiques blasphèment grandement quand ils affirment la transsubstantiation du pain en chair ; qu’il est opposé à la messe ; qu’aucune religion ne le satisfait ; que le Christ est un mécréant (un tristo) et que s’il accomplit des œuvres mauvaises afin de séduire le peuple, il pouvait bien prédire qu’il devrait être empalé ; qu’en Dieu il n’y a point de personnes distinctes, qu’autrement Dieu serait imparfait ; que le monde est éternel, qu’il y a des mondes infinis et que Dieu les fait continuellement parce que, dit-il, Il désire tout ce qu’Il peut ; que le Christ fit des miracles apparents, qu’il était un magicien, comme les apôtres, que lui, Bruno, avait l’intention de faire autant et plus qu’eux ; que le Christ répugnait à mourir, qu’il évita la mort tant qu’il put ; qu’il n’y a pas de châtiment du péché et que les âmes créées par l’opération de la nature passent d’un animal à l’autre, que les brutes animales sont nées de la corruption et qu’il en est de même pour les hommes quand ils renaissent après la dissolution de leur corps. »

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