Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre III – L’AVEUGLE CONDUISANT L’AVEUGLE
Les miracles rapportés dans la Bible sont devenus des faits acceptés par les Chrétiens. En douter est regardé comme un manque de foi ; mais les récits, les merveilles et prodiges rapportés dans l’Atharva-Veda (177) tantôt provoquent le mépris, tantôt sont tenus pour des preuves de diabolisme. Et cependant, sous plus d’un rapport – et malgré la répugnance de certains érudits sanscritistes – nous pouvons prouver leur identité. En outre, comme les savants ont établi la grande antériorité des Védas sur la Bible juive, il est facile d’inférer que, si l’un des deux livres a fait des emprunts à l’autre, ce n’est pas les livres Sacrés Hindous qui peuvent être accusés de plagiat.
En premier lieu, leur cosmogonie prouve à quel point est erronée l’opinion qui prévaut chez les nations civilisées que Brahma fût jamais considéré par les Hindous comme leur Dieu Suprême ou principal. Brahma est une divinité secondaire et, comme Jéhovah, « un être qui meut les eaux« . Il est le dieu créateur, et dans ses représentations allégoriques, il possède quatre têtes, correspondant aux quatre points cardinaux. C’est le démiurge, l’architecte du monde. « Dans l’état primordial de la création, dit Polier, dans sa Mythologie des Indous, l’univers rudimentaire, submergé par l’eau, reposait dans le sein de l’Éternel. Jailli de ce chaos et de ces ténèbres, Brahma, l’architecte du monde, reposait sur une feuille de lotus et flottait (se mouvait ?) sur les eaux, incapable de rien discerner si ce n’est l’eau et les ténèbres ». Avec la cosmogonie Égyptienne, l’identité est absolue. Elle nous montre, dès ses premiers versets, Athtor (178) ou la Nuit Mère (qui représente les ténèbres sans limites) comme l’élément primordial recouvrant l’abîme infini, animé par l’eau et par l’esprit universel de l’Éternel qui demeurait seul dans le chaos. Comme dans les Écritures Juives, l’histoire de la création commence avec l’esprit de Dieu et son émanation créatrice qui constitue une autre Divinité (179). En percevant un état de choses aussi lugubre, Brahma, consterné, monologue ainsi : « Qui suis-je ? D’où suis-je venu ? » Il entend alors une voix qui lui répond : « Adresse ta prière à Blagavat – l’Éternel, connu, aussi, comme Parabrahma. » Brahma, cessant de nager, s’assied sur le lotus dans une attitude de contemplation et médite sur l’Éternel qui, satisfait de cette preuve de pitié, disperse les ténèbres primordiales et ouvre son entendement. « Après cela, Brahma sort de l’œuf universel (le chaos infini) sous forme de lumière, car son entendement est maintenant ouvert, et il se met à l’œuvre. Il se meut sur les eaux éternelles, l’esprit de Dieu étant en lui ; il est Narayana, en sa qualité d’être qui meut les eaux.«
Le lotus, fleur sacrée des Égyptiens, comme elle est celle des Hindous, est le symbole d’Horus comme de Brahma. On trouve le lotus dans tous les temples du Tibet ou du Népal et la signification de ce symbole est fort suggestive. La branche de lys que l’archange offre à la Vierge Marie dans les tableaux de « l’Annonciation », a, dans son symbolisme ésotérique, précisément la même signification. Nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage de Sir William Jones (180). Chez les Hindous, le lotus est l’emblème de la puissance productive de la nature, par l’action du feu et de l’eau (l’esprit et la matière). « Éternel, dit un des versets de la Bhagavad Gita, Je vois Brahma, le créateur intronisé en toi sur le lotus ! »Et Sir W. Jones montre que les graines de lotus contiennent, même avant de germer, des feuilles parfaitement formées, miniatures des formes de la plante qu’elles deviendront un jour. Ou, comme le dit l’auteur de The Heathen Religion : « la nature nous donne ainsi un spécimen de la préformation de ses productions ». Plus loin, il ajoute : « la semence de toutes les plantes phanérogames qui portent de véritables fleurs contient un embryon de plante déjà formé (181) ».
Chez les Bouddhistes, le lotus a la même signification. La naissance de son fils fut annoncée à Maha-Maya, ou Maha-Deva, la mère de Gautama Bouddha, par le Bhôdisât (l’esprit de Bouddha) qui apparut au pied de sa couche tenant un lotus à la main. C’est ainsi qu’Osiris et Horus sont également représentés toujours avec la fleur du lotus comme attribut.
Ces faits tendent à prouver, tous, que cette idée possède une origine identique dans les trois systèmes religieux Hindou, Égyptien et Judaïco-Chrétien. Partout où le nénuphar mystique (le lotus) est représenté, il signifie l’émanation de l’objectif hors du caché ou subjectif – la pensée éternelle de la Divinité toujours invisible, passant de la forme abstraite dans la forme concrète ou visible. Car, aussitôt que les ténèbres furent dissipées et que « la lumière fut », l’entendement de Brahma fut ouvert et il vit dans le monde idéal (jusqu’alors éternellement caché dans la pensée Divine) les formes archétypes de toutes les choses futures et infinies qui seraient appelées à l’existence et, ainsi, rendues visibles. À ce premier stade de l’action, Brahma n’est pas encore l’architecte, le constructeur de l’univers. Car il va lui falloir, comme un architecte, prendre d’abord connaissance du plan et comprendre les formes idéales qui reposaient dans le sein de l’Éternel, comme les feuilles futures du lotus cachées dans la graine. C’est à cette idée que nous devons recourir pour trouver l’origine et l’explication du verset de la cosmogonie juive dans lequel on lit : « Et Dieu dit, que la terre produise l’arbre à fruit donnant son fruit selon son espèce, dont la semence est en elle-même. » Dans toutes les religions primitives, le « Fils du Père » est le Dieu Créateur. C’est-à-dire qu’il est Sa pensée rendue visible. Avant l’ère chrétienne, depuis la Trimourti des Hindous, jusqu’aux trois têtes cabalistiques des Écritures Juives expliquées, le triple dieu de chaque nation a été complètement défini et substantialisé dans les allégories usitées par chacune. Dans la religion chrétienne, nous voyons seulement la greffe artificielle d’une nouvelle branche sur l’ancien tronc. Le lys que tient l’archange, au moment de l’annonciation, symbole adopté par les Églises grecque et romaine, établit l’identité de l’interprétation métaphysique.
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