L’AVEUGLE CONDUISANT L’AVEUGLE – partie 7

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre III L’AVEUGLE CONDUISANT L’AVEUGLE

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La Psychologie n’a point de pires ennemis que les tenants de l’école médicale connus sous le nom d’allopathes. On perd son temps à leur rappeler que, de toutes les sciences prétendues exactes, la médecine reconnaît être celle qui mérite le moins ce qualificatif. Plus que n’importe quelle branche des sciences médicales, la psychologie devrait attirer l’attention des médecins puisque, sans elle, leurs pratiques dégénèrent en conjectures, en intuitions fortuites. Cependant ils la négligent presque entièrement. Le moindre dissentiment portant sur les doctrines qu’ils ont promulguées est envisagé comme une hérésie et c’est en vain qu’une méthode impopulaire et non reconnue sauve des milliers d’individus ; en bloc les médecins sont prêts à repousser toute innovation et tout innovateur. Ils s’en tiennent à leurs hypothèses admises et à leurs ordonnances tant que l’innovation n’aura pas reçu régulièrement droit de cité. En attendant, des milliers d’infortunés malades peuvent périr : c’est d’importance secondaire. L’essentiel c’est que soit sauf l’honneur professionnel.

Théoriquement, la médecine est la plus bienfaisante des sciences : en fait il n’en est point où soient si nombreux les exemples de parti pris mesquin, de matérialisme, d’athéisme et d’obstination malveillante. Les prédilections et le patronage des pontifes de la médecine se mesurent rarement à l’utilité d’une découverte. La saignée (sangsues, ventouse, lancette) a connu une vogue épidémique pour tomber enfin dans une disgrâce bien méritée. Il fut un temps où l’eau, qu’on administre aujourd’hui librement aux fiévreux, leur était refusée. Les bains chauds ont été supplantés par l’eau froide et on a connu la manie de l’hydrothérapie. Le quinquina, qu’un partisan moderne de l’autorité biblique s’efforce sérieusement d’assimiler à « l’arbre de vie » du paradis (174), le quinquina, apporté en Espagne en 1632, a été longtemps négligé. Pour une fois, l’Eglise a montré plus de sagacité que la Science. À la requête du Cardinal de Lugo, Innocent X lui donna son puissant patronage.

Dans un livre ancien, intitulé Demonologia, l’auteur cite bien des cas où des remèdes importants, négligés d’abord, ont été ensuite mis en lumière par des circonstances fortuites. Il montre encore que, pour la plupart, les découvertes de la médecine ne sont, en définitive, que « la résurrection et la réadoption de pratiques très anciennes ». Au XVIIIème siècle, la racine de fougère mâle était vendue et vantée comme remède souverain contre le ver solitaire, par une dame Nouffleur, charlatan en jupons. Le secret fut livré à Louis XV, moyennant une somme élevée, après quoi, les médecins découvrirent que Galien recommandait et administrait ce remède pour cette maladie. La fameuse poudre antigoutteuse du duc de Portland était le diacentaureon de Goelius Aurelianus. Plus tard, on établit que les plus anciens écrivains sur la médecine s’en servaient et qu’eux-mêmes l’avaient trouvé dans les ouvrages des philosophes grecs de l’antiquité. Il en est de même pour l’eau médicinale qui porte le nom du Dr Husson. Ce fameux remède contre la goutte fut reconnu, sous son nouveau masque, comme le Colchicum autumnale (safran des prairies), identifié à une plante appelée Hermodactylus dont les mérites, comme sûr antidote de la goutte, furent reconnus et défendus par Oribase, grand médecin du IV° siècle, aussi bien que par Ætius Amidenus, autre éminent médecin d’Alexandrie au V° siècle. Postérieurement, ce remède avait été abandonné : il lui suffisait d’être trop vieux pour que les membres des facultés médicales qui florissaient vers la fin du siècle dernier le rejettent !

Le grand Magendie lui-même, le sage physiologiste, n’était pas au-dessus de ce travers qui consiste à découvrir ce qui avait déjà été découvert et trouvé bon par les plus anciens médecins. Le remède proposé par lui contre la phtisie, c’est-à-dire l’usage de l’acide prussique, se trouve dans les ouvrages de Lumæus, amenitates Academicoe, volume IV. Il y montre que l’eau distillée de laurier était employée avec grand avantage dans le cas de phtisie pulmonaire. Pline aussi nous assure que l’extrait d’amandes et de noyaux de cerises guérit les toux les plus opiniâtres. Selon la juste remarque de l’auteur de Demonologia, on peut, sans crainte aucune, affirmer que « les diverses préparations d’opium, prônées comme des découvertes modernes, se trouvent toutes dans les ouvrages des auteurs anciens » si discrédités, de nos jours.

Tout le monde admet, que de temps immémorial, le lointain Orient a été la terre du savoir. Pas même en Égypte, la botanique et la minéralogie n’ont été si profondément étudiées que par les savants de l’Asie Centrale archaïque. Sprengel, si injuste et si plein de parti pris qu’il se montre pour tout le reste, en convient dans son Histoire de la médecine. Et pourtant, toutes les fois que l’on discute de Magie, celle de l’Inde se présente rarement à l’esprit ; c’est que sa pratique générale, dans ce pays, est moins connue que celle de tous les autres peuples de l’antiquité. Chez les hindous, elle était et elle est encore plus ésotérique, si possible, qu’elle ne l’avait été même parmi les prêtres Égyptiens. On la tenait pour si sacrée que son existence n’était qu’à moitié admise et on n’y recourait publiquement qu’à l’occasion de grandes circonstances. C’était plus qu’une affaire religieuse, car on la tenait pour divine. Les hiérophantes Égyptiens, malgré leur moralité sévère et pure, ne pouvaient être comparés aux ascètes gymnosophes, ni pour la sainteté de leur vie, ni pour les pouvoirs qu’ils développaient en eux par leur renoncement surnaturel à toutes les choses de la terre. Tous ceux qui les connaissaient bien les tenaient en plus grande vénération que les Mages de la Chaldée. Se refusant les satisfactions du plus simple bien-être, ils vivaient dans les bois et y menaient la vie des ermites absolument retirés du monde (175) : leurs frères d’Egypte formaient, du moins, des communautés. En dépit du blâme que l’histoire fait peser sur tous ceux qui ont pratiqué la magie ou la divination, elle reconnaît que les secrets les plus importants de la médecine étaient en leur possession et que leur habilité pratique était sans égale. Nombreux sont les ouvrages conservés dans les monastères Hindous où sont consignées les preuves de leur savoir. Savoir si les gymnosophes ont fondé réellement la magie dans l’Inde ou s’ils ont seulement mis à profit l’héritage des plus anciens Rishis (176), les sept sages primitifs, serait considéré par les érudits, amoureux de précision, comme une vaine spéculation. Voici ce qu’en dit un auteur moderne : « Le soin qu’ils prenaient d’instruire la jeunesse, de la familiariser avec les sentiments généreux et vertueux, leur fit le plus grand honneur. Leurs maximes et leurs discours, rapportés par les historiens, prouvent qu’ils étaient passés maîtres en tout ce qui concerne la philosophie, la métaphysique, l’astronomie, la morale et la religion ». Ils ne perdaient pas leur dignité sous la loi des princes les plus puissants, qu’ils n’auraient pas condescendu à visiter, qu’ils n’auraient pas dérangés pour obtenir la plus mince faveur. Si ces puissants désiraient l’avis ou les prières de ces hommes saints, ils étaient obligés d’aller eux-mêmes les trouver ou de leur envoyer des messagers. Les vertus des plantes et des minéraux n’avaient plus de secrets pour ces hommes. Ils avaient sondé la nature jusque dans ses profondeurs, la psychologie et la physiologie étaient pour eux livres ouverts et ils avaient de la sorte conquis cette science ou machagiotia que l’on nomme aujourd’hui, si dédaigneusement, la Magie.

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