L’AVEUGLE CONDUISANT L’AVEUGLE – partie 4

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre III L’AVEUGLE CONDUISANT L’AVEUGLE

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Les Positivistes d’Amérique ont uni leurs infatigables efforts pour renverser le Spiritisme. Cependant, pour montrer leur impartialité, ils posent des questions d’une nouveauté de ce genre : « … Quelle somme de raison trouve-t-on dans les dogmes de l’Immaculée Conception, de la Trinité, de la Transubstantiation, si nous les soumettons à l’analyse physiologique, mathématique et chimique ? » Ils se font forts « de dire que les divagations du Spiritisme ne surpassent pas en absurdité ces croyances éminemment respectables. » Fort bien, mais il n’y a pas d’absurdité théologique ni d’illusion spirite qui puisse rivaliser de dépravation et d’imbécillité avec la notion positiviste de la « fécondation artificielle ». Ils refusent de penser aux causes premières et finales mais ils appliquent leurs théories insensées à la construction d’une femme impossible promise au culte des générations futures. La vivante et immortelle compagne de l’homme, ils la veulent remplacer par la fétiche femelle des Indiens de l’Obéah, l’idole de bois bourrée, chaque jour, d’œufs de serpents que les rayons du soleil font éclore !

Et, maintenant, il nous sera bien permis de demander au nom du sens commun, pourquoi les mystiques chrétiens seraient taxés de crédulité, ou les spirites consignés à Charenton, alors qu’une religion qui renferme d’aussi révoltantes absurdités trouve des disciples jusque parmi les académiciens ? Alors que nous trouvons dans la bouche de Comte des rhapsodies insensées qu’admirent ses fidèles et dont voici un échantillon ? « Mes yeux sont éblouis, ils s’ouvrent chaque jour davantage à la coïncidence toujours plus parfaite de l’avènement social du mystère féminin avec la décadence spirituelle du sacrement eucharistique. La vierge a déjà détrôné Dieu dans le cœur des catholiques du Midi ! Le Positivisme réalise l’Utopie du moyen âge en représentant tous les membres de la Grande famille comme issus d’une vierge mère, sans époux. »… Après avoir indiqué le modus operandi, il dit encore : « Le développement du procédé nouveau causerait bientôt l’avènement d’une caste sans hérédité, mieux adaptée au recrutement des chefs spirituels, et même temporels, que les produits de la procréation vulgaire : leur autorité sera fondée sur une origine vraiment supérieure qui ne reculerait pas devant les enquêtes (163) ».

Nous pourrions, à bon droit, demander si l’on a jamais rencontré dans les « divagations du Spiritisme » ou même dans les mystères du Christianisme quelque chose de plus ridicule que cette « race future » idéale. Si la tendance du matérialisme n’est pas démentie par la conduite de quelques-uns de ses défenseurs, ceux qui prêchent ouvertement la polygamie, nous présumons que, issus ou non de cette race sacerdotale engendrée de la sorte, nous ne verrons point la fin de cette postérité – de ces rejetons de « mères sans époux. »

Combien il est naturel qu’une philosophie susceptible d’engendrer une telle caste d’incubes didactes fasse exprimer par la plume d’un de ses plus plaisants revuistes des sentiments de ce genre : « Ce siècle est une époque triste, très triste, pleine de croyances mortes ou mourantes, remplie de prières inutiles qui cherchent vainement les dieux envolés. Mais c’est aussi une époque glorieuse, pleine de la lumière dorée que répand le soleil levant de la Science. Que ferons-nous pour les naufragés de la foi, faillis de l’intelligence mais qui cherchent du réconfort dans le mirage du spiritisme ; les illusions du transcendantalisme ou les feux follets du mesmérisme (164)… ? »

Le feu follet, cette image si chère à maint micro-philosophe, a eu, lui aussi, à lutter pour être admis. Il n’y a pas si longtemps que ce phénomène, aujourd’hui familier, était énergiquement nié par un correspondant du Times de Londres. Ses assertions eurent un certain poids, jusqu’au jour où l’ouvrage du Dr Phipson appuyé sur les témoignages de Beccaria, de Humboldt et d’autres naturalistes trancha définitivement la question (165). Les Positivistes devraient choisir des expressions plus heureuses tout en suivant le progrès des découvertes scientifiques. Quant au Mesmérisme, il a été adopté dans plusieurs parties de l’Allemagne, et il est employé avec un succès incontestable dans plus d’un hôpital ; ses propriétés occultes se sont affirmées et sont reconnues par des médecins dont le talent, le savoir et la juste réputation ne sauraient être égalés par le prétentieux conférencier sur les médiums et la folie (166).

Nous ajouterons seulement quelques mots, avant de quitter ce sujet déplaisant. Nous avons rencontré des Positivistes très satisfaits de l’illusion qu’ils se sont faite d’après laquelle les plus grands savants d’Europe seraient des disciples de Comte. Nous ignorons jusqu’à quel point cette opinion est juste en ce qui concerne les autres savants, mais Huxley, considéré par l’Europe comme un des plus grands, et le Dr Maudsley de Londres, à sa suite, déclinent on ne peut plus délibérément cet honneur. Dans une conférence faite, à Édimbourg, en 1868, sur les Bases physiques de la Vie, le premier se montre très choqué de la liberté prise par l’archevêque d’York qui l’avait rangé parmi les philosophes Comtistes. « En ce qui me concerne, dit M. Huxley, le très révérend prélat pourrait, avec sa dialectique, mettre en pièces M. Auguste Comte, comme un Agag moderne, que je ne chercherais pas à le retenir. J’ai étudié les caractéristiques de la philosophie positive et je n’ai presque rien trouvé qui fût de valeur scientifique. Par contre, j’ai vu bien des choses aussi opposées à l’essence même de la science que celles du catholicisme ultramontain. En fait, la philosophie de Comte, pour la pratique, pourrait être brièvement décrite comme un catholicisme sans christianisme. » Plus loin, Huxley s’emporte même : il en vient à accuser les Ecossais d’ingratitude pour avoir laissé l’évêque prendre Auguste Comte pour le fondateur d’une philosophie qui, de droit, appartient à Hume ? « C’était assez, s’écrie le professeur, pour faire tressaillir Hume dans sa tombe. Comment, alors que sa maison se trouve à portée de voix, un auditoire intéressé a, sans un murmure, écouté celui qui attribuait ses plus caractéristiques doctrines à un écrivain français, postérieur de cinquante années, écrivain verbeux et insipide dans les pages duquel nous ne trouvons ni la vigueur de la pensée, ni la clarté du style (167) !… ».

Pauvre Comte ! Il semble que les représentants les plus qualifiés de sa philosophie soient maintenant réduits, en ce pays du moins, à trois personnes : « un physicien, un médecin qui s’est fait une spécialité des maladies nerveuses et un avocat. » Un critique très spirituel a surnommé ce trio réuni en désespoir de cause : « une triade anomalistique qui, au milieu de ses labeurs ardus, ne trouve pas le temps de se familiariser avec les principes et les lois de sa langue (168). »

Pour clore le débat, les Positivistes ne négligent aucun moyen dans l’espoir de démolir le Spiritisme au profit de leur religion. Leurs grands prêtres ont pour mission d’emboucher infatigablement leurs trompettes : bien que les murs d’aucune Jéricho moderne ne paraissent devoir tomber en poussière sous leurs vibrations, encore n’épargnent-ils rien pour atteindre le but visé. Leurs paradoxes sont uniques et leurs accusations contre les Spirites sont d’une logique irrésistible. C’est ainsi que, dans une de leurs récentes conférences, il est dit : « L’exercice exclusif de l’instinct religieux produit l’immoralité sexuelle. Les prêtres, les moines, les nonnes, les saints, les médiums, les extatiques et les dévots sont fameux pour leur impudicité (169). »

Alors que le Positivisme proclame bien haut qu’il est une religion, le Spiritisme, nous sommes heureux de le faire remarquer, n’a jamais prétendu être rien de plus qu’une science, une philosophie en voie de développement, ou plutôt une étude des forces cachées et encore inexpliquées de la nature. L’objectivité de ses divers phénomènes a été démontrée par plus d’un des vrais représentants de la science et niée, sans résultat, par ceux qui sont les « singes » de la Science.

Enfin, constatons-le, nos Positivistes qui traitent avec un tel sans façon tous les phénomènes psychologiques, ressemblent au rhétoricien de Samuel Butler : « … Il ne pouvait ouvrir la bouche sans qu’il en sortît un trope. »

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