Comme le disait quelqu’un qui savait de quoi il parlait : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.1 »
Donner sa vie pour un ami, au sens où Jean utilise le mot « vie », ne consiste pas simplement à sacrifier le véhicule, le corps, et à l’abandonner aux éléments pendant que l’Ego passe à d’autres formes d’expression. Il s’agirait du sacrifice inutile d’un véhicule qui aurait pu être utilisé pour faire du bien aux autres se trouvant sur le même plan de vie, même si cet Ego n’avait plus besoin de ce dernier pour son expression individuelle. Celui qui donne véritablement sa vie pour son ami abandonne quelque chose d’infiniment plus puissant que ce qu’exprime le corps physique. Il abandonne son « amour », son attachement à la forme individuelle, pour que le pouvoir de cet « amour » connaisse un accroissement immense afin d’être utilisé dans les champs cosmiques de la vie. Il renonce à son pouvoir pour faire de son corps un tremplin pour un ami personnel, afin que cet ami puisse traverser en toute sécurité les gouffres qui séparent l’esprit et la matière, et il se peut bien que ces gouffres aient été nécessaires au développement de cet ami.
Mais son amour ! ah ! c’est autre chose ; il s’agit de sa vie véritable. Mort, il ne pourrait être d’aucune aide pour son ami sur le plan de l’illusion. Dans la science du Divin, cet amour opère de merveilleux changements chez son ami – comme en lui-même – et ne peut être utilisé de cette façon que dans un seul but.
Ce n’est pas l’abandon forcé de l’énergie vitale du corps de Jésus de Nazareth qui a donné espoir et courage aux innombrables myriades d’hommes depuis le jour où il fut emporté. C’était, et c’est toujours, l’Amour qui n’est jamais mort et qui ne peut jamais mourir, mais qui coule à travers la race humaine aujourd’hui comme il a toujours coulé depuis le jour de son initiation finale, la race humaine à laquelle ses amis appartenaient et appartiennent toujours. Il n’a pas sacrifié sa vie dans la forme.
Sa vie véritable était son Amour, et cet Amour était – et est toujours – omnipotent, éternel et tout inclusif, tout comme l’est « l’amour désintéressé » de chaque être humain, peu importe à quel degré cet amour a pu se développer en lui.
En comparaison, c’est une bien petite chose de sacrifier sa forme plus physique au service d’un autre alors qu’il est possible que cette forme soit devenue ou devienne le siège de la douleur, de la maladie ou d’une lente désintégration. C’est une grande chose pour l’homme d’abandonner son amour, de déposer cet amour aux pieds de son ami, même s’il risque d’être mal compris, méprisé ou ignoré, jusqu’à ce que cet ami ait acquis le pouvoir de percevoir ce qui l’a enveloppé, protégé et sauvé, jour après jour, année après année, pendant de longues périodes de temps.
La « vie » et « l’amour » sont des synonymes, du point de vue le plus élevé, mais c’est l’amour seul qui reste lorsque l’énergie que nous appelons la vie quitte le corps, et qui rend service, invisiblement et anonymement, jusqu’à la fin de toutes choses. La « vie » est le pouvoir moteur, « l’amour » est la substance mise en action dans les champs du sacrifice ; « l’amour » porte la robe de la renonciation.
1 – N.D.É. Évangile de Jean 15 13.
HILARION - Temple 3 - Leçon 356


