Jésuitisme et Maçonnerie – Partie 8

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre VIII - Jésuitisme et Maçonnerie

Tandis que les Américains, y compris les Maçons, sont d’ores et déjà avertis d’avoir à se préparer à être incorporés dans la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, nous sommes heureux de constater que parmi les Maçons il y en a quelques-uns, loyaux et respectés, qui adoptent notre manière de voir. Un des plus notables parmi ceux-ci est notre vénérable ami, M. Léon Hyneman P.M. et membre de la Grande Loge de Pennsylvanie. Il fut, pendant huit ou neuf ans l’éditeur du Masonic Mirror and Keystone, et il est en même temps un auteur de marque. Il nous a affirmé que, personnellement, pendant plus de trente ans, il a combattu le projet d’ériger en un dogme Maçonnique, la croyance en un Dieu personnel. Dans son ouvrage, Ancient York and London Grand Lodges, il dit (p. 169) : « Au lieu de se développer professionnellement avec le progrès intellectuel des connaissances scientifiques, et l’intelligence générale, la Maçonnerie s’est écartée du but originel de la fraternité, et se rapproche, semble-t-il d’une société sectaire. Cela se voit clairement… dans la volonté persistante de ne pas écarter les innovations sectaires, interpolées dans le Rituel… Il semblerait que la fraternité Maçonnique de ce pays est aussi indifférente aux anciennes bornes et coutumes de la Maçonnerie, que l’étaient les Maçons du siècle dernier, sous la direction de la Grande Loge de Londres  » C’est cette conviction, qui lui fit refuser la Grande Maîtrise du Rite des Etats-Unis, et le 33ème degré honoraire du Rite ancien et accepté lorsqu’en 1856, Jacques-Etienne Marconis de Nègre, Grand Hiérophante du Rite de Memphis vint en Amérique pour les lui offrir.

Le Temple fut la dernière organisation secrète européenne, qui, en tant que corporation, possédait un reste des mystères de l’Orient. À vrai dire, il y avait au siècle dernier (et il y en a peut-être encore aujourd’hui) quelques « Frères » isolés, qui travaillaient fidèlement et secrètement sous la direction des confréries de l’Orient. Mais, lorsque ceux-là faisaient partie des sociétés européennes, ils y entraient invariablement dans un but qui ignorait la fraternité mais qui lui était profitable. C’est par leur entremise que les Maçons modernes ont appris tout ce qu’ils savent d’important ; et la ressemblance qu’on constate aujourd’hui entre les Rites spéculatifs de l’antiquité, les mystères des Esséniens, des Gnostiques, des Hindous et des degrés maçonniques les plus élevés et les plus anciens, en sont la preuve certaine. Si ces frères mystérieux devinrent possesseurs des secrets des sociétés, ils n’ont jamais pu rendre la pareille, bien que dans leurs mains, ces secrets étaient peut-être mieux gardés qu’en étant confiés aux Maçons européens. Lorsque, parmi ceux-ci, quelques-uns étaient reconnus dignes d’être affiliés aux sociétés orientales, on les instruisait et on les affiliait en secret, sans que les autres en aient jamais eu connaissance.

Nul n’a jamais pu mettre la main sur les Rose-croix, et malgré les prétendues découvertes de « chambres secrètes », de vellums appelés « T », et de chevaliers fossiles munis de lampes inextinguibles, cette ancienne institution, de même que son objet, demeurent encore à ce jour un mystère. On a parfois brûlé de prétendus Templiers et de faux Rose-croix, en même temps que quelques véritables cabalistes ; on a déniché et mis à la torture quelques malheureux théosophes et alchimistes ; on leur a même arraché de fausses confessions par les moyens les plus féroces, mais malgré cela, la véritable société demeure encore aujourd’hui, comme elle l’était par le passé, inconnue de tous, et surtout de son ennemie la plus acharnée, l’Eglise.

Pour ce qui est des plus modernes Chevaliers du Temple et des Loges Maçonniques qui, aujourd’hui, prétendent descendre en ligne directe des anciens Templiers, leur persécution par l’Eglise a été une comédie dès le commencement. Ils n’ont pas et n’ont jamais eu de secrets dangereux pour l’Eglise ; bien au contraire, car nous voyons que J.G. Findel dit que les degrés écossais, ou le système des Templiers ne date que de 1735-1740, et « poursuivant sa tendance catholique il établit sa résidence principale dans le Collège des Jésuites de Clermont, à Paris, et prit, de là, le nom de Système de Clermont ». Le système suédois actuel, a aussi quelque chose de l’élément des Templiers, mais affranchi des Jésuites et de l’intervention de la politique : néanmoins il affirme posséder l’original du testament de Molay, parce qu’un comte Beaujeu, neveu de Molay – inconnu ailleurs, dit Findel – transplanta l’ordre des Templiers dans la Franc-Maçonnerie, et donna, de cette manière un sépulcre mystérieux aux cendres de son oncle.

Il suffit pour prouver que tout cela n’est qu’une fable maçonnique de lire sur le monument la date du décès de Molay comme ayant eu lieu le 11 mars 1313, tandis que la date de sa mort était le 19 mars 1313. Cette production illégitime, qui n’est ni du véritable Ordre du Temple, ni de la Franc-Maçonnerie authentique, n’a jamais pris racine ferme en Allemagne. Mais il en fut autrement en France.

Traitant de ce sujet, écoutons ce que Wilcke a à dire de ces prétentions :

« Les actuels Templiers de Paris, prétendent être les descendants directs des anciens Chevaliers ; ils cherchent à le prouver au moyen de documents, de règlements intérieurs et de doctrines secrètes. Foraisse dit que la Fraternité des Franc-Maçons fut fondée en Egypte, Moise ayant transmis l’enseignement secret aux israélites, Jésus à ses apôtres, et que ce fut ainsi qu’il parvint aux Chevaliers du Temple. Ces inventions sont nécessaires… pour étayer l’assertion que les Templiers parisiens sont la progéniture de l’ancien ordre. Toutes ces affirmations, non confirmées par l’histoire, ont été fabriquées de toutes pièces au Grand Chapitre de Clermont (des Jésuites) et conservées par les Templiers parisiens comme un héritage de ces révolutionnaires politiques, les Stuarts et les Jésuites. » C’est la raison pour laquelle ils ont été soutenus par les évêques Grégoire (65d) et Munter (66d).

En rattachant les Templiers modernes aux anciens, on peut, tout au plus concéder qu’ils ont adopté certains rites et cérémonies d’un caractère purement ecclésiastique, après que ceux-ci eussent été adroitement introduits par le clergé dans ce grand et ancien Ordre. Mais à la suite de cette profanation, il perdit, peu à peu, son caractère simple et primitif et s’achemina à grands pas vers la ruine finale. Fondé en 1118 par les Chevaliers Hugues de Payens et Geoffroi de Saint-Omer, nominalement pour protéger les pèlerins, son véritable but était de restaurer le culte secret primitif. La véritable version de l’histoire de Jésus et du Christianisme primitif, fut communiquée à Hugues de Payens par le Grand Pontife de l’Ordre du Temple (de la secte des Nazaréens ou Johannites) un certain Theoclete, après quoi cette version fut connue, en Palestine, de quelques Chevaliers appartenant aux membres influents et plus intellectuels de la secte de saint Jean, initiés à ses mystères (67). Leur but secret était la liberté de pensée intellectuelle et la restauration d’une seule religion universelle. Ayant fait vœu d’obéissance, de pauvreté et de chasteté, ils furent dès l’abord les véritables Chevaliers de Saint-Jean-Baptiste, prêchant dans le désert et se nourrissant de miel sauvage et de sauterelles. Telle est la tradition et la véritable version cabalistique.

C’est une erreur de prétendre que ce ne fut que plus tard que l’Ordre devint anti-catholique. Il le fut dès le début, et la croix rouge sur le manteau blanc, uniforme de l’Ordre, avait la même signification pour les initiés de tous pays. Cette croix pointait vers les quatre points cardinaux et était l’emblème de l’univers (68). Lorsque, par la suite, la Fraternité fut transformée en Loge, les Templiers se virent contraints, afin d’éviter les persécutions, de pratiquer leurs propres cérémonies dans le secret le plus absolu, généralement dans la salle du chapitre, et plus souvent dans des souterrains ou dans des maisons isolées au milieu des bois, tandis que la forme ecclésiastique de leur culte se célébrait publiquement dans les chapelles de l’Ordre.

Bien que la plupart des accusations portées contre eux par Philippe IV aient été absolument fausses, les principales au point de vue de ce que l’Eglise considérait comme des hérésies, étaient certainement bien fondées. Les Templiers d’aujourd’hui, s’en tenant strictement à la lettre de la Bible, ne peuvent guère revendiquer leur origine chez ceux qui ne croyaient pas au Christ, en tant qu’homme-Dieu, ou que Sauveur du monde ; qui niaient aussi bien le miracle de sa naissance, que ceux qu’il avait accomplis lui-même ; qui ne croyaient ni à la transsubstantiation, ni aux saints, ni aux saintes reliques, ni au purgatoire, etc. Le Christ Jésus était, à leurs yeux, un faux prophète, mais l’homme Jésus était pour eux un Frère. Ils considéraient saint Jean-Baptiste comme leur patron, mais ils ne le reconnurent jamais sous le jour où il est présenté dans la Bible. Ils vénéraient les doctrines de l’alchimie, de l’astrologie, de la magie, des talismans cabalistiques et adhéraient aux enseignements secrets de leurs chefs en Orient. « Dans le siècle dernier », dit Findel, « lorsque la Franc-Maçonnerie s’imagina faussement descendre des Templiers, on s’efforça d’innocenter l’Ordre des Chevaliers Templiers… Dans ce but on inventa non seulement des légendes et des histoires, mais on prit grand soin de cacher la vérité. Les admirateurs maçonniques des Chevaliers Templiers achetèrent tous les documents du procès publiés par Moldenwaher, parce qu’ils établissaient la preuve de la culpabilité de l’Ordre (69) ».

Cette culpabilité était leur « hérésie » contre l’Eglise Catholique Romaine. Tandis que les véritables « Frères » subirent une mort ignominieuse, le faux Ordre, qui chercha à chausser leurs bottes, devint exclusivement une branche des Jésuites sous la tutelle de ceux-ci. Les véritables Maçons, loin de vouloir descendre de ceux-ci, devraient rejeter avec horreur tout lien avec eux.

« Les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, écrit le commandeur Gourdin (70d), appelés quelquefois Chevaliers Hospitaliers, et Chevaliers de Malte, n’étaient pas des Franc-Maçons. Bien au contraire, ils paraissent avoir été hostiles à la Franc-Maçonnerie, car, en 1740, le Grand Maître de l’Ordre de Malte fit publier, dans cette île, la Bulle du Pape Clément XII, et interdit les réunions maçonniques. À cette occasion, plusieurs Chevaliers et nombre de citoyens quittèrent l’île ; et en 1741, l’Inquisition persécuta les Franc-Maçons de Malte. Le Grand Maître interdit leurs réunions sous des peines sévères, et six Chevaliers furent exilés à perpétuité de l’île pour avoir assisté à une de leurs réunions. De fait, contrairement aux Templiers, ils ne pratiquaient même pas une forme secrète de réception. Reghellini dit qu’il ne put se procurer une copie du Rituel secret des Chevaliers de Malte. La raison est excellente – il n’y en avait pas !« 

Malgré cela l’Ordre des Templiers Américains comprend trois degrés : 1° Chevaliers de la Croix-Rouge ; 2° Chevaliers Templiers ; et 3° Chevaliers de Malte. Il fut introduit de France aux Etats-Unis en 1808 et le premier Grand Convent Général fut organisé le 20 juin 1816 avec le Gouverneur De Witt Clinton, de New-York, comme Grand Maître.

II n’y a pas lieu de se glorifier de cet héritage des Jésuites. Si les Chevaliers Templiers veulent justifier leurs prétentions ils auront à choisir entre la descendance des Templiers primitifs, « hérétiques », anti-chrétiens et cabalistiques, ou se rattacher aux Jésuites et tendre leurs dais directement sur l’autel de l’Ultra-Catholicisme ! Autrement leurs prétentions manquent totalement de base.

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