Aujourd’hui, comme dans les anciens temps, il faut de la foi pour croire aux « miracles » bibliques ; mais pour les produire soi-même, il est nécessaire de connaître la signification ésotérique du « mot ». « Si le Christ », disent le Dr Farrar et le chanoine Westcott, « ne fit point de miracles, les évangiles ne sont alors pas dignes de foi. » Mais même en supposant qu’il en eût fait, cela prouverait-il que les évangiles, écrits par d’autres que par lui, méritent une plus grande confiance ? Et si non, à quoi bon ce raisonnement ?
En outre, un pareil raisonnement laisserait croire que les miracles produits par d’autres que des Chrétiens rendraient leurs écritures dignes de foi. Cela n’implique-t-il pas, pour le témoin, un pied d’égalité entre les Ecritures Chrétiennes et les livres sacrés des Bouddhistes ? Car ceux-ci, aussi, abondent en phénomènes les plus extraordinaires. De plus, les prêtres chrétiens ne produisent plus de phénomènes authentiques, parce qu’ils ont perdu le Mot. Mais le nombre de Lamas Bouddhistes et de Talapoins siamois, à moins que tous voyageurs ne se soient concertés pour mentir – ont été capables de reproduire, et le sont encore aujourd’hui, tous les phénomènes énumérés dans le Nouveau Testament et de faire encore mieux, sans pour cela prétendre suspendre le cours des lois naturelles ou invoquer l’intervention divine. De fait, le Christianisme prouve qu’il est aussi mort dans sa foi, ses œuvres, tandis que le Bouddhisme est plein de vie et étayé par des preuves pratiques.
Le meilleur argument en faveur de l’authenticité des « miracles » bouddhiques, réside dans le fait que les missionnaires catholiques, au lieu de les nier ou de les traiter de simples tours de passe-passe – comme l’ont fait quelques missionnaires protestants – se sont vus obligés d’adopter la malencontreuse alternative de tout mettre sur le dos du Diable. Et les Jésuites se sont vus si humiliés en présence de ces véritables serviteurs de Dieu, qu’avec leur astuce accoutumée, ils ont conclu d’agir envers les Talapoins et les Bouddhistes ainsi que Mahomet est réputé l’avoir fait avec la montagne. « Et voyant qu’elle ne voulait pas venir à lui, le prophète lui-même se mit en route pour aller vers la montagne. » Considérant qu’ils ne pouvaient prendre les Siamois avec la glu de leurs doctrines pernicieuses, sous le couvert du Christianisme, ils se déguisèrent et, pendant des siècles ils apparurent au milieu du pauvre peuple ignorant comme des Talapoins, jusqu’à ce qu’ils eussent été éventés. Ils sont allés jusqu’à voter et à adopter une résolution qui a aujourd’hui toute la force d’un ancien article de foi. « Naaman, le Syrien », disent les Jésuites de Caen, « ne cacha pas sa foi lorsqu’il fléchit le genou devant le roi dans la maison de Rimmon ; et les Pères de la Société de Jésus ne dissimulent pas non plus la leur lorsqu’ils adoptent l’état et l’habit des Talapoins Siamois » (nec dissimulant Patres S.J. Talapoinorum Siamensium vestemque affectantes. Position 9. 30 janv. 1693).
Le pouvoir contenu dans les Mantras et le Vach des Brahmanes est encore aujourd’hui l’objet de la même croyance que dans la période Védique primitive. Le « Nom Ineffable » de chaque contrée et de chaque religion se rapporte à celui que les Maçons affirment être formé des neuf caractères mystérieux, emblèmes des neuf noms ou attributs sous lesquels la Divinité était connue des initiés. Le Mot Omnifique tracé par Enoch sur les deux deltas d’or fin, sur lesquels il grava deux des mystérieux caractères, est peut-être mieux connu du pauvre « païen » ignorant, que des doctes Grands Prêtres et Grands Z, des Suprêmes Chapitres d’Europe et d’Amérique. Seulement nous n’arrivons pas à comprendre pourquoi les compagnons de l’Arche Royale se lamentent toujours si amèrement de sa perte. Cette parole des M.:. M.:. est, ainsi qu’ils le disent eux-mêmes, entièrement composée de consonnes. Par conséquent, nous doutons fort qu’aucun d’eux ait réussi à le prononcer, même s’il avait été placé à la lumière de la « voûte sacrée » au lieu de ses multiples corruptions. Néanmoins, c’est au pays de Mizraim qu’on suppose que le petit-fils de Ham porta le delta sacré du Patriarche Enoch. Par conséquent, c’est en Egypte, seulement, et en Orient, qu’il faut rechercher la « Parole » mystérieuse.
Mais aujourd’hui que tant des plus importants secrets de la Maçonnerie ont été divulgués par amis et ennemis, nous pourrions dire, sans qu’on nous accuse de malveillance ou de mauvaise intention, que depuis la lamentable catastrophe des Templiers, aucune Loge d’Europe et encore moins d’Amérique, n’a jamais su quelque chose qui valut la peine d’être caché. Désireux de ne pas voir notre assertion mal interprétée, nous disons bien aucune Loge, laissant quelques rares frères élus, hors de question. Les furieuses dénonciations de la Franc-Maçonnerie lancées par les écrivains catholiques et protestants sont tout simplement ridicules ; il en est de même de l’affirmation de l’abbé Barruel que tout « laisse supposer que nos Franc-Maçons ne sont que les descendants des chevaliers Templiers proscrits de 1314 ». Les Mémoires du Jacobinisme de cet abbé, qui fut un témoin oculaire des horreurs de la première Révolution, traite en grande partie des Rosicruciens et d’autres fraternités maçonniques. Le seul fait qu’il fait descendre les Maçons modernes des Templiers, et nous les montre sous le jour d’assassins secrets, entraînés au meurtre politique, montre combien peu il les connaît, mais aussi, combien ardemment il désire trouver dans ces sociétés les boucs émissaires qu’il faut pour les crimes et les péchés d’une autre société secrète, laquelle, depuis sa naissance a donné asile à plus d’un dangereux assassin politique – la Société de Jésus.
Les accusations contre les Franc-Maçons sont presque toujours moitié de simples suppositions, et moitié de la pure méchanceté et de la calomnie préméditée. On n’a jamais eu la preuve concluante et certaine qu’ils aient commis quoi que ce soit ayant un caractère criminel. Et même leur enlèvement de Morgan est toujours resté dans le domaine de la supposition. On s’en est servi, à ce moment, comme d’une arme politique au service de politiciens louches. Lorsqu’on découvrit dans la rivière du Niagara un corps méconnaissable, un des chefs de ce groupe peu scrupuleux, en apprenant que l’identité du cadavre était fort douteuse, dévoila tout le complot en s’écriant : « Qu’est-ce que cela fait, c’est un assez bon Morgan jusqu’après les élections ! » D’autre part on constate que l’Ordre des Jésuites, non seulement permet dans certains cas la Haute Trahison et le Régicide, mais encore qu’il les enseigne et les préconise (53d1) (53d2) (53d3).
Nous avons sous les yeux une série de conférences sur la Franc-Maçonnerie et ses dangers, faites en 1862 par James Burton Robertson, professeur d’Histoire Moderne à l’Université de Dublin. Le conférencier y fait mention à maintes reprises et cite comme autorité ledit abbé (Barruel, l’ennemi naturel des Franc-Maçons, qu’on ne peut prendre au confessionnal) ainsi que Robinson un apostat maçon bien connu de 1798. Ainsi qu’il est d’usage dans chaque parti, qu’il soit du côté maçonnique ou anti-maçonnique, le traître du camp opposé est accueilli avec louanges et encouragement, et l’on prend bien soin de le laver blanc comme neige. Quelque commode qu’ait pu paraître à la Convention anti-maçonnique de 1830 (Etats-Unis d’Amérique) la formule jésuitique de Puffendorf « que les serments ne lient pas lorsqu’ils sont absurdes ou hors de propos », et cette autre qui enseigne que « un serment ne lie pas s’il n’est accepté par Dieu (54) », aucun honnête homme ne se rendrait complice de pareils sophismes. Nous croyons en toute sincérité que la meilleure moitié de l’humanité aura toujours présent à l’esprit qu’il existe un code moral de l’honneur qui engage un homme bien plus qu’un serment, que celui-ci soit prêté sur la Bible, sur le Koran ou sur les Védas. Les Esséniens ne prêtaient serment sur rien du tout, mais leurs « oui » et leurs « non » valaient bien plus qu’un serment. En outre, il semble extrêmement étrange, que des nations qui se prétendent chrétiennes, aient institué des coutumes dans leurs tribunaux ecclésiastiques et civils, diamétralement opposées à celles que leur ordonne leur Dieu (55), qui défend formellement de prêter serment, « ni par le ciel… ni par la terre… ni par la tête ». À notre avis, soutenir qu’un « serment n’engage pas s’il n’est accepté par Dieu », outre une absurdité – car nul être vivant, qu’il soit faillible ou infaillible, n’est capable de connaître la pensée intime de Dieu – est une chose anti-chrétienne dans le sens le plus large du mot (56). L’argument est mis en avant simplement parce qu’il vient à point pour répondre à la question. Les serments n’engageront personne jusqu’à ce qu’on comprenne que l’humanité est la plus haute manifestation ici-bas de la Divinité Suprême Invisible, et que chaque homme est une incarnation de son Dieu ; lorsque le sentiment de la responsabilité personnelle sera tellement développé en lui qu’il considérera le parjure comme la plus grande insulte qu’il soit possible de lui faire à lui et à l’humanité. Aucun serment ne lie aujourd’hui, s’il n’est pris par celui qui, sans la nécessité de prêter serment, tiendrait fidèlement une simple promesse sur l’honneur. Par conséquent mettre en avant des autorités comme Barruel et Robison n’est que capter la confiance publique par de faux prétextes. Ce n’est pas « l’esprit de l’astuce maçonnique dont le cœur répand la calomnie à profusion », mais surtout celui du clergé catholique et de ses défenseurs ; et celui qui essaierait d’une manière ou d’une autre de concilier les deux notions d’honneur et de parjure, ne mériterait pas qu’on se fiât à lui.
Le XIXème siècle proclame à grands cris la prééminence de sa civilisation sur celle des anciens, et les églises et leurs sycophantes crient encore plus haut que c’est le christianisme qui a sauvé le monde de la barbarie et de l’idolâtrie. Nous avons essayé de prouver dans cet ouvrage combien peu leurs affirmations sont justifiées. Le flambeau du christianisme n’a servi qu’à faire voir combien d’hypocrisie et de vice son enseignement a engendrés dans le monde depuis sa venue et de combien les anciens nous étaient supérieurs au point de vue de l’honneur (57d). En enseignant l’impuissance de l’homme, sa dépendance absolue de la Providence et la doctrine de la rédemption, le clergé a détruit chez ses fidèles tout germe de confiance en soi et du respect de soi-même. Et cela est si vrai, qu’il est devenu un axiome que c’est chez les athées et les prétendus « infidèles » qu’on rencontre les hommes les plus honorables. Nous lisons dans Hipparque, qu’à l’époque du paganisme « la honte et l’opprobre qui s’attachaient avec raison à la violation de son serment, mettaient le pauvre diable dans un accès de folie et de désespoir, au point de lui faite attenter à ses jours en se coupant la gorge, et sa mémoire causait une telle horreur que son cadavre restait sans autre sépulture que le sable de la mer dans l’île de Samos (58d). Mais dans notre XIXème siècle, nous voyons quatre-vingt-seize délégués à la Convention antimaçonnique des Etats-Unis, tous sans aucun doute membres d’une Eglise protestante quelconque, et forts du respect dû à des hommes d’honneur, mettre en avant les arguments les plus jésuitiques au sujet de la validité d’un serment maçonnique. Le Comité, ayant la prétention de citer l’autorité « des guides les plus distingués dans la philosophie de la morale, et se réclamant de l’aide la plus ample des inspirés (59) … qui écrivirent avant que la Franc-Maçonnerie eût existé, » décidèrent que, comme un serment est « une transaction entre l’homme, d’une part, et le Juge Suprême de l’autre » ; et que comme les Maçons sont tous des infidèles et « impropres à remplir un emploi civil », leurs serments, par conséquent, sont considérés comme illégitimes et ne les engageant pas (60).
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