Jésuitisme et Maçonnerie – Partie 5

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre VIII - Jésuitisme et Maçonnerie

Nous avons vu ci-dessus les règles des saints initiés dans la Chrétienne Société de Jésus. Comparez-les avec celles que devaient observer le postulant païen ; comparez la morale chrétienne (!) avec celle qui était enseignée dans les mystères des Païens, sur lesquels l’Eglise invoque toutes les foudres d’un Dieu vengeur. Celle-ci n’avait-elle donc pas de mystères à elle ? Ou étaient-ils alors plus purs, plus nobles, ou aidaient-ils mieux à mener une vie sainte et vertueuse ? Ecoutons ce que Niccolini a à nous dire, dans son célèbre ouvrage Histoire des Jésuites, au sujet des mystères modernes des couvents chrétiens (43).

« Dans la plupart des monastères, et surtout dans ceux des Capucins et des réformés (reformati) commence à Noël, une série de festins, qui continue jusqu’au carême. On y joue toutes sortes de jeux, on y donne les banquets les plus magnifiques, et surtout dans les petites villes, le réfectoire du couvent est le lieu d’amusement le plus gai pour la majeure partie de ses habitants. Pendant le carnaval, deux ou trois grandes réceptions ont lieu ; la table est si somptueusement garnie qu’on pourrait croire que Copia y a versé tout le contenu de sa corne. N’oublions pas que ces deux ordres vivent d’aumônes (44). Le morne silence du cloître est remplacé par un bruit confus de ripailles, et ses sombres voûtes répercutent l’écho d’autres chants que ceux du psalmiste. Un bal vient égayer et terminer la fête ; et pour le rendre encore plus animé, et peut-être aussi pour démontrer jusqu’à quel point leur vœu de chasteté avait détruit tous leurs appétits charnels, quelques-uns des plus jeunes moines revêtent coquettement le costume du beau sexe et dansent avec d’autres qui leur tiennent lieu de cavaliers. Ce serait dégoûter mes lecteurs que de faire la description des scènes scandaleuses qui suivent. Je puis seulement affirmer que j’ai été souvent, moi-même, témoin et spectateur de ces saturnales. »

Le cycle descend, et en descendant la nature physique et bestiale de l’homme se développe de plus en plus au dépens de son Soi Spirituel (45d1) (45d2) (45d3). C’est avec dégoût que nous nous détournons de cette farce religieuse qu’on nomme le Christianisme moderne, pour envisager les nobles croyances de l’antiquité !

Dans le Rituel Funéraire trouvé parmi les hymnes du Livre des Morts nommé par Bunsen « livre précieux et mystérieux », nous lisons une allocution du mort, dans le rôle de Horus, détaillant tout ce qu’il a fait pour son père Osiris. Entre autres choses le dieu dit :

« 30 Je t’ai donné ton Esprit.

31 Je t’ai donné ton Ame.

32 Je t’ai donné ta force (corps) », etc.

Autre part on fait voir que l’entité appelée le « Père » par l’âme désincarnée, doit signifier « l’esprit » de l’homme ; car le verset dit : « J’ai fait venir mon âme pour parler avec son Père, son Esprit » (46d).

Les Egyptiens considéraient leur Rituel essentiellement comme une inspiration divine, en somme, comme les Hindous pour les Védas, et les Juifs modernes, les livres de Moise. Bunsen et Lepsius démontrent que le terme Hermétique, veut dire inspiré ; car c’est Thoth, le Dieu lui-même, qui parle et qui révèle à ses élus parmi les hommes, la volonté de Dieu et les arcanes des choses divines. Il est expressément affirmé que certaines parties « furent écrites par le doigt de Thoth en personne » ; qu’elles ont été l’ouvrage et la composition du grand Dieu (47). « À une date ultérieure, leur caractère hermétique est reconnu encore plus clairement, car sur un sarcophage de la vingt-sixième dynastie, Horus annonce au mort que Thoth en personne lui a apporté les livres de sa parole divine, ou les écritures hermétiques (48) ».

Du moment que nous savons que Moise était un prêtre égyptien, ou du moins, qu’il était versé dans toute leur sagesse, nous ne devons pas nous étonner qu’il ait écrit dans le Deutéronome (IX. 10) « et le Seigneur me donna deux tables de pierre, écrites du doigt de DIEU » ; ou de lire dans l’Exode XXXI, 98 : « Il (le Seigneur) donna à Moise… les deux tables du témoignage, tables de pierre, écrites du doigt de Dieu. »

Suivant les conceptions égyptiennes, ainsi que dans celles de toutes les autres croyances basées sur la philosophie, l’homme n’était pas seulement, ainsi que c’est le cas chez les chrétiens, l’union d’une âme et d’un corps ; il était une trinité lorsqu’on y ajoutait l’esprit. De plus, cette doctrine le faisait se composer de kha – le corps ; khaba – la forme astrale ou ombre ; de ka – l’âme animale ou principe de vie ; de ba l’âme supérieure ; et de akh – l’intelligence terrestre. Ils avaient encore un sixième principe nommé sah – ou la momie ; mais les fonctions de celle-ci ne commençaient qu’après la mort du corps. Après s’être dûment purifiée l’âme, séparée de son corps, continuait à visiter celui-ci dans sa condition de momie, cette âme astrale « devenait un Dieu », car elle était finalement absorbée dans « l’Ame du monde ». Elle se transformait en une des divinités créatrices, « le dieu de Phtah (49d) », le Démiurge, nom générique donné à tous les créateurs du monde et que la Bible exprime par les Elohim.

Dans le Rituel, l’âme bonne ou purifiée, « unie à son esprit supérieur ou incréé, devient plus ou moins la victime de la sombre influence du dragon Apophis ». Si elle atteint la connaissance finale des mystères célestes et infernaux – la gnose, en d’autres termes la réunion complète avec l’esprit, elle triomphera de ses ennemis ; dans le cas contraire, l’âme n’échappait pas à la seconde mort. C’est « l’étang de feu où le soufre brûle » (les éléments) dans lequel ceux qui y sont jetés endurent la seconde mort (50) ! (Apocalypse). Cette mort est la dissolution graduelle de la forme astrale dans ses éléments primitifs, à laquelle nous avons plusieurs fois fait allusion au cours de cet ouvrage. Mais on évite cet affreux sort par la connaissance du « Nom Mystérieux » – le « Mot » (51d1) (51d2), comme disent les cabalistes.

Et quelle pénalité encourait-on alors, en n’en tenant pas compte ? Quand l’homme vit naturellement une vie pure et vertueuse il n’en encourt aucune ; sauf en ce qui concerne un temps d’arrêt dans le monde des esprits, jusqu’à être purifié suffisamment pour le recevoir de son « Seigneur » Spirituel, qui fait partie de la puissante cohorte. Mais, si, au contraire, « l’âme », en tant que principe semi-animal, est paralysée et devient inconsciente de sa moitié subjective – le Seigneur – elle perdra tôt ou tard finalement la notion de sa mission divine sur cette terre, en proportion du développement sensoriel du cerveau et des nerfs.

Tout comme le Vourdalak, ou Vampire, du récit serbe, le cerveau se nourrit et vit, il croît en force et en puissance aux dépens de son parent spirituel. C’est alors que l’âme, déjà à demi inconsciente, pleinement grisée par les émanations de la vie terrestre, devient insensible au-delà de tout espoir de rédemption. Elle est impuissante à découvrir la splendeur de son esprit supérieur, à entendre l’avertissement de son « Ange Gardien » et de son « Dieu ». Elle n’aspire qu’au développement de sa vie terrestre, et à sa compréhension plus complète ; elle ne découvre, par conséquent, que les mystères de la nature physique. Ses douleurs et ses craintes, son espoir et sa joie, sont intimement liés à son existence terrestre. Elle ignore tout ce qui ne peut être démontré soit par ses organes d’action, soit par ceux de la sensation. Elle commence à être virtuellement morte ; elle meurt enfin complètement. Elle est annihilée. Une pareille catastrophe peut avoir lieu longtemps avant la séparation finale du principe vital d’avec le corps. Lorsque vient la mort, son étreinte visqueuse et puissante s’attaque, comme de juste à la Vie ; mais il n’a plus d’âme à mettre en liberté. Toute l’essence de celle-ci a déjà été absorbée par le système vital de l’homme physique. La mort hideuse ne libère qu’un cadavre spirituel ; tout au plus un idiot. Incapable de s’élever plus haut ou de se réveiller de sa léthargie, elle se dissout bientôt dans les éléments de l’atmosphère terrestre.

Les voyants, les hommes justes, qui ont acquis la science suprême de l’homme intime, et la connaissance de la vérité, ont, comme Marc Antoine, reçu leurs instructions « des dieux », pendant leur sommeil ou autrement. Aidés par les esprits purs, qui séjournent dans les « régions de la félicité éternelle » ils ont observé le processus et averti l’humanité à diverses reprises. Laissons railler les sceptiques ; la foi, basée sur la connaissance et sur la science spirituelle, croit et affirme.

Le présent cycle est, par excellence, un cycle de pareilles morts de l’âme. Nous coudoyons des hommes et des femmes dépourvus d’âmes à chaque pas dans la vie. Nous ne pouvons, non plus, nous étonner de voir, dans le présent état des choses, la colossale faillite des derniers efforts de Schelling et de Hegel, pour échafauder un système métaphysique. Lorsque les faits, palpables et tangibles, des phénomènes spirites se présentent journellement et à toute heure, et qu’ils sont cependant niés par la plupart des nations « civilisées », il y a peu de chance pour que la métaphysique abstraite soit acceptée par la multitude toujours croissante des matérialistes.

Dans le livre de Champollion, intitulé La Manifestation à la Lumière, il y a un chapitre qui traite du Rituel et qui est plein de dialogues mystérieux, avec des appels aux différentes « Puissances ». Il y en a un, entre autres, qui exprime mieux que tous les autres le pouvoir du « Mot ». La scène se passe dans la « Salle des deux Vérités ». La « Porte » de la « Salle de la Vérité » et même les différentes parties de cette porte, s’adressent à l’âme qui se présente pour être admise. Toutes lui refusent l’entrée à moins qu’elle ne leur révèle leurs noms de mystère ou mystiques. Quel est l’étudiant de la Doctrine secrète, qui ne reconnaîtra en ces noms une identité de signification et de but, avec ceux qu’on rencontre dans les Védas, les ouvrages ultérieurs des Brahmanes et la Cabale ?

Les Magiciens, les Cabalistes, les Mystiques, les Néo-Platoniciens, les Théurgistes d’Alexandrie, qui surpassaient tellement les exploits des Chrétiens dans la science secrète ; les Brahmanes et les Samanéens (Shamans) de l’antiquité ; les Brahmanes modernes, les Bouddhistes et les Lamaïstes, tous ont affirmé qu’un certain pouvoir s’attache à ces divers noms, appartenant, tous, à un Mot ineffable. Nous avons montré, par expérience personnelle, combien profonde est la croyance aujourd’hui dans l’esprit de tout le peuple russe (52) que le Mot opère des « miracles » et qu’il est la base de tous les exploits magiques. Les cabalistes le rattachent mystérieusement à la Foi. Les apôtres firent de même, basant leurs affirmations sur les paroles de Jésus, auquel on fait dire « si vous avez autant de foi qu’un grain de moutarde… rien ne vous sera impossible » et saint Paul, répétant les paroles de Moise, dit que « le MOT est près de toi dans ta bouche et dans ton cœur, c’est la parole de la foi » (Romains X : 8). Mais, en dehors des initiés, qui peut prétendre à comprendre sa haute signification ?

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