C’est ainsi que s’effondre le grand poème épique de la Maçonnerie, chanté par tant de mystérieux chevaliers, comme un nouvel évangile révélé. Nous constatons que le Temple de Salomon a été miné et renversé par ses propres « Maîtres Maçons », pendant le siècle actuel. Mais si, suivant l’ingénieuse description exotérique de la Bible, il y a encore des Maçons pour persister à croire qu’il y a eu une fois un édifice véritable de cette nature, quel est l’étudiant de la doctrine ésotérique qui envisagera ce temple mythique autrement que comme l’allégorie de la science occulte ? Nous laissons aux archéologues le soin de décider si oui ou non il a jamais existé ; mais aucun lettré sérieux versé dans le jargon des cabalistes et des alchimistes de l’antiquité et du moyen âge ne doutera un seul instant que la description qui en est donnée au Ier Livre des Rois, n’est autre chose qu’une pure allégorie. La construction du Temple de Salomon est la représentation symbolique de l’acquisition graduelle de la sagesse secrète, autrement dit, la magie ; la croissance et le développement du spirituel en partant du terrestre ; la manifestation de la puissance et de la beauté de l’esprit dans le monde physique, au moyen de la sagesse et du génie du constructeur. Lorsque celui-ci devient un adepte, il est un roi plus puissant que Salomon, lui-même, qui était l’emblème du soleil ou Lumière – la lumière du monde subjectif lui-même réel, éclairant les ténèbres de l’univers objectif. Voilà le Temple qui peut être édifié sans qu’on y entende « pendant sa construction » le bruit des marteaux, ou celui des outils de fer.
Dans l’Orient, cette science est appelée, dans certains endroits, le « Temple aux sept étages » dans d’autres le « Temple aux neuf étages » chaque étage correspond, allégoriquement, à l’acquisition d’un degré de la connaissance. Dans tous les pays orientaux, où on étudie la Magie ou la Religion de Sagesse, les pratiquants et les élèves, sont connus dans leur école comme des Constructeurs – car ils édifient le Temple de la connaissance, ou de la science occulte. On appelle les adeptes actifs, les constructeurs pratiques ou opératifs, tandis que les étudiants ou néophytes sont spéculatifs ou théoriques. Les premiers prouvent leurs œuvres par le contrôle des forces sur la nature inanimée et animée : les derniers ne font que se perfectionner dans les rudiments de la science sacrée. Il est évident que tous ces termes ont été empruntés dès le début, par des fondateurs inconnus, aux premières corporations maçonniques.
Dans le jargon populaire d’aujourd’hui, on comprend par « Maçons opératifs », les ouvriers qui composaient la société jusqu’à l’époque de Sir Christopher Wren ; et par « Maçons spéculatifs » tous les membres de l’Ordre tels qu’ils apparaissent aujourd’hui. Les paroles attribuées à Jésus : « Tu es Pierre… et sur cette pierre je bâtirai mon église ; et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle », défigurées comme elles l’ont été par la fausse traduction et l’incompréhension fournissent clairement la véritable signification. Nous avons donné la signification que les hiérophantes attribuaient aux mots de Pater et de Petra – cette interprétation était tracée sur les tables de pierre de l’initiation finale, et était remise par l’initiateur au futur élu. Après avoir pris connaissance de son mystérieux contenu, qui lui révélait les mystères de la création, l’initié devenait, lui-même, un constructeur, car on lui avait donné à connaître le dodécaèdre, ou figure géométrique sur laquelle l’univers est édifié. À ce qu’il avait appris dans les initiations précédentes au sujet de la règle et des principes de l’architecture, venait s’ajouter une croix, dont les branches horizontales et perpendiculaires, supposées former la fondation du temple spirituel en les plaçant en travers de la jonction, ou point central primordial, l’élément de toutes les existences (75), représentaient la première idée concrète de la divinité. Il pouvait, dorénavant comme un maître-constructeur (voyez I Corinthiens III. 10) élever pour lui-même un temple de sagesse sur ce roc, Petra ; et lui ayant posé un soubassement solide « laisser un autre bâtir dessus ».
L’hiérophante égyptien recevait une coiffure carrée qu’il devait porter continuellement, et une équerre (voyez les signes maçonniques) sans laquelle il ne pouvait sortir. Le Tau parfait, formé par la ligne perpendiculaire (le rayon descendant mâle, ou esprit) la ligne horizontale (le rayon femelle, ou matière) et le cercle mondial était un attribut d’Isis, et ce n’était qu’à la mort de l’hiérophante que la croix égyptienne était placée sur la poitrine de sa momie. Ces coiffures carrées sont portées, encore de nos jours, par les prêtres arméniens. La prétention que la croix soit un symbole purement chrétien, introduit après notre ère, est en vérité fort étrange, car nous constatons qu’Ezéchiel mettait au front des hommes de Judah qui craignaient le Seigneur (Ezéchiel IX. 4) la marque du Tau, ainsi qu’il est traduit dans la Vulgate. Chez les anciens hébreux ce signe avait la forme de , mais dans les hiéroglyphes égyptiens originaux il prenait celle de la parfaite croix chrétienne . De même, dans l’Apocalypse, « l’Alpha et l’Oméga » (l’esprit et la matière), le premier et le dernier, met le nom de son Père sur le front des élus.
Et si nos affirmations sont erronées, si Jésus n’était pas un initié, un sage constructeur, ou Maître Maçon, ainsi qu’on les nomme aujourd’hui, comment se fait-il que sur les plus anciennes cathédrales nous le voyons représenté avec tous les signes d’un Franc-Maçon ? Dans la cathédrale de la Santa-Croce, à Florence, on peut voir au-dessus du grand portail, la figure du Christ une équerre parfaite à la main.
Les « Maîtres Maçons » survivants des corporations d’artisans du véritable Temple peuvent maintenant circuler à jamais, littéralement demi-nus et le pied déchaussé, non pas comme une simple cérémonie, mais parce que, de même que le « Fils de l’Homme » ils n’ont pas où reposer la tête – tout en étant les seuls survivants qui possèdent encore la « Parole ». Leur « câble » est la triple corde de certains Sannyâsis Brahmanes, ou le cordon auquel certains lamas suspendent leur pierre yu ; mais aucun d’eux ne voudrait se séparer de son talisman en apparence sans valeur aucune, pour tous les trésors de Salomon et de la reine de Saba. Le bambou à sept nœuds du fakir peut devenir aussi puissant que la verge de Moise « laquelle fut créée au déclin du jour et sur laquelle était gravé le NOM sublime et glorieux, par le pouvoir duquel il devait faire tant de miracles à Mizraim ».
Mais ces « artisans » n’ont aucune crainte de voir leurs secrets dévoilés par les traîtres ex-grands prêtres des chapitres, quoiqu’ils aient été transmis à leur génération par d’autres que Moise, Salomon et Zerubabel. Si Moïse Michel Hayes, le Frère israélite qui introduisit la Maçonnerie de l’Arche Royale dans ce pays (en décembre 1778) (76d) avait eu un pressentiment prophétique des trahisons futures, il aurait sans doute, institué des obligations plus efficaces qu’il ne le fit.
En vérité la Parole omnifique de l’Arche Royale, « depuis longtemps perdue, mais maintenant retrouvée » a tenu sa promesse prophétique. Le mot de passe de ce degré n’est plus « JE SUIS CELUI QUI SUIS », il est simplement aujourd’hui « J’étais, mais je ne suis plus ! » (77d)

Afin qu’on ne puisse pas nous accuser de forfanterie, nous donnerons les clés de quelques chiffres secrets, des prétendus Hauts-Grades Maçonniques les plus exclusifs et les plus importants. Si nous ne faisons erreur, ils n’ont pas encore été révélés au monde profane (sauf celui des Maçons de l’Arche Royale en 1830), ils ont été, au contraire, jalousement gardés par les différents Ordres. Nous n’avons fait aucune promesse, nous n’avons pris aucune obligation et fait aucun serment, et nous ne violons, par conséquence aucune confidence. Notre objet n’est point de satisfaire une vaine curiosité ; nous voulons seulement démontrer aux Maçons et aux affiliés de toutes les autres sociétés occidentales – y compris la Société de Jésus – qu’il est impossible pour eux de garder le secret que les Fraternités orientales ont un intérêt à connaître. Cela leur prouvera, par conséquent, que si celles-ci sont capables de soulever le masque qui cache les sociétés européennes, elles réussissent néanmoins à se mettre elles-mêmes à l’abri ; car, s’il est une chose universellement reconnue, c’est que pas un seul secret véritable, des anciennes fraternités survivantes, n’est devenu la possession des profanes.
Quelques-uns de ces chiffres furent en usage chez les Jésuites dans leur correspondance secrète lors de la conspiration des Jacobins, et lorsque la Franc-Maçonnerie (les prétendus successeurs des Templiers) fut employée par l’Eglise dans un but politique.
Findel dit (dans son History of Freemasoury, p. 253) qu’au XVIIIème siècle, « outre les Chevaliers Templiers modernes, nous voyons les Jésuites… défigurer la bonne renommée de la Franc-Maçonnerie. Plusieurs auteurs maçonniques, bien au courant de l’époque, et en parfaite connaissance des événements, affirment positivement, qu’à ce moment, et plus tard encore, les Jésuites exercèrent une influence pernicieuse sur la fraternité, ou tout au moins essayèrent de le faire ». Il remarque, au sujet de l’Ordre des Rose-Croix, sur l’autorité du Professeur Woog, que « dès l’abord, son but n’était… que de faire avancer et développer le Christianisme. Lorsque cette religion manifesta la détermination d’abolir complètement la liberté de pensée… les Rose-Croix de leur côté, se mirent en œuvre pour arrêter, s’il était possible, les progrès de cette instruction largement répandue ».
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