L’ÉGLISE : OÙ EST-ELLE ? – partie 7

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre I – L'EGLISE OU EST-ELLE ?

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Tout dernièrement les preuves accumulées se sont accrues au point de ne laisser que peu de chance de succès aux controverses ultérieures. La preuve concluante a été fournie par trop de savants et le doute n’est plus permis que l’Inde fut l’Alma Mater non seulement de la civilisation, des arts et des sciences, mais aussi celle de toutes les grandes religions du passé ; y compris du judaïsme et par conséquent aussi du christianisme. Herder fait de l’Inde le berceau de l’humanité, et présente Moise comme un compilateur habile et comparativement moderne des anciennes traditions Brahmaniques : « La rivière qui contourne le pays (l’Inde) est le Gange sacré, que toute l’Asie considère comme le fleuve du paradis. Là, aussi, est situé le Gihon biblique, qui n’est autre que l’Indus. Les Arabes à ce jour l’appellent encore ainsi, et les noms des pays baignés par ce fleuve existent encore aujourd’hui chez les Hindous (47) ». Jacolliot prétend avoir traduit chaque manuscrit ancien écrit sur des feuilles de palmier, qu’il eut la bonne fortune d’avoir entre les mains en vertu de la permission qui lui fut accordée par les Brahmanes des pagodes. Nous trouvons dans une de ses traductions certains passages qui révèlent indubitablement l’origine des clés de Saint-Pierre, ce qui explique l’adoption ultérieure de ce symbole par leurs Saintetés, les Papes de Rome.

Il nous fait voir, sous l’autorité de l’Agroushada Parikshai, qu’il traduit librement par Livre des Esprits (Pitris), que des siècles avant notre ère, les initiés du temple nommaient un Conseil Supérieur, présidé par le Brahmâtma ou chef suprême de tous ces initiés. Que ce pontificat ne pouvait être exercé que par un Brahmane ayant atteint l’âge de quatre-vingts ans (48) ; que celui-ci était l’unique gardien de la formule mystique, le résumé de toute science, contenue dans les trois lettres mystérieuses.

A U M

qui veulent dire, création, conservation, et transformation. Lui seul était capable d’en exposer la signification en présence des initiés du troisième et suprême degré. Quiconque, parmi ces initiés, révélait à un profane une seule de ces vérités, voire même un des moindres secrets qui lui avaient été confiés, était mis à mort. Celui qui avait reçu la confidence partageait le même sort.

« Enfin, pour couronner cet habile système », dit Jacolliot, « il existait un mot encore plus important que le mystérieux monosyllabe-AUM ; qui faisait de celui qui était en possession de sa clé, presque l’égal de Brahma lui-même. Le Brahmâtma, seul, était en possession de cette clé, et la transmettait à son successeur dans un coffret scellé.

« Ce mot inconnu, dont aucun pouvoir humain ne pouvait FORCER LA RÉVÉLATION, même aujourd’hui, où l’autorité Brahmanique a été domptée par les invasions mongole et européenne, et où chaque pagode a son Brahmâtma (49c), était gravé sur un triangle d’or et conservé dans un des sanctuaires du temple d’Asgartha, dont seul le Brahmâtma possédait les clés. Il portait également sur sa tiare, deux clés croisées, supportées par deux Brahmanes agenouillés symbole du précieux dépôt dont il avait la charge… Ce mot et ce triangle étaient gravés sur l’anneau que ce dignitaire religieux portait comme un des signes de son office ; Il était également encadré dans un soleil d’or sur l’autel, où chaque matin le Pontife Suprême présentait le sacrifice du sarvamedha ou sacrifice à toutes les forces de la nature (50). »

Est-ce assez clair ? Et les catholiques prétendront-ils encore que ce sont les Brahmanes d’il y a 4.000 ans qui ont copié le rituel, les symboles et les vêtements des Pontifes Romains ? Nous n’en serions pas autrement surpris.

Sans chercher des comparaisons si lointaines, nous nous en tiendrons au IVème et Vème siècles de notre ère, afin de mettre en contraste le prétendu « paganisme » de la troisième Ecole Eclectique-Néo-Platonicienne, avec le Christianisme grandissant ; le résultat ne sera, peut-être pas favorable à celui-ci. Même à cette période primitive, où la nouvelle religion avait à peine esquissé ses dogmes contradictoires ; où les champions du sanguinaire Cyrille ne savaient pas encore eux-mêmes si Marie devait devenir la « Mère de Dieu » ou devait être classée parmi les « démons » en compagnie d’Isis ; où le souvenir de l’humble et doux Jésus parlait encore au cœur de tous les chrétiens, et que ses paroles de compassion et d’amour vibraient encore dans l’air, même à ce moment-là, les chrétiens surpassaient déjà les païens en férocité et en intolérance religieuse.

Si nous portons nos regards encore plus loin en arrière et cherchons des exemples de véritable Christianisme, à l’époque où le Bouddhisme venait à peine de remplacer le Brahmanisme en Inde, et où le nom de Jésus ne devait être prononcé que trois siècles plus tard, que voyons-nous ? Quel est le saint pilier de l’Eglise qui se soit jamais élevé au niveau de tolérance religieuse et de noble simplicité que nous constatons chez quelques païens ? Comparez, par exemple, le roi hindou Asoka, qui vécut trois cents ans avant Jésus-Christ et saint Augustin le Carthaginois qui florissait trois siècles après le Christ. Si nous en croyons Max Muller, voici ce qui fut trouvé gravé sur les rochers de Girnar, Dhauli et Kapurdigiri : « Piyadasi, le roi aimé des dieux, veut que les ascètes de toutes les religions puissent trouver asile en tous lieux. Tous ces ascètes professent également l’empire sur eux-mêmes et la pureté d’âme que chacun devrait exercer. Mais les gens ont des opinions et des inclinations différentes. »

Et voici ce que saint Augustin écrivit après son baptême : « Merveilleuse profondeur de ta parole ! vois, sa surface s’étend devant nous, pour attirer les petits ; et néanmoins, ô mon Dieu, sa profondeur est grande, elle est merveilleuse ! Elle est terrible à contempler ; oui… un honneur imposant, et un tremblement d’amour. Tes ennemis [lisez païens] je les hais avec ardeur ; Oh, daigne les mettre à mort avec ton épée à deux tranchants, afin qu’ils ne soient plus tes ennemis ; c’est ainsi que j’aime les voir exterminer (51c). »

Merveilleux esprit du Christianisme ; et cela venant d’un Manichéen converti à la religion de Celui qui, sur la croix, priait pour ses ennemis !

Il est aisé de supposer qui étaient les ennemis du Seigneur, au point de vue des Chrétiens ; les rares brebis dans la bergerie Augustinienne étaient ses nouveaux enfants et ses favoris, qui avaient supplanté, dans son affection, les fils d’Israël, son « peuple élu ». Tout le reste de l’humanité étaient ses ennemis naturels : Les multitudes innombrables de païens étaient naturellement la proie des flammes de l’enfer ; seule la poignée qui était, dans la Communion de l’Eglise, « Héritiers du Salut ».

Mais si cette attitude proscriptive était équitable et que son application « trouvait faveur » auprès du « Seigneur » pourquoi ne pas aussi abolir la philosophie et les rites païens ? Pourquoi puiser si profondément aux puits de la sagesse, qui avaient été creusés et remplis jusqu’au bord par ces mêmes païens ? Ou alors, dans leur désir d’imiter le peuple élu, dont ils essayaient de chausser les sandales usées, les pères de l’Eglise voulaient-ils recommencer la scène de spoliation de l’Exode ? Prétendaient-ils en fuyant le paganisme, comme les Juifs fuirent d’Egypte, emporter avec eux le trésor de ses allégories, comme le firent les « élus » avec les ornements d’or et d’argent religieux.

On pourrait certainement croire que les événements des premiers siècles du christianisme ne sont qu’une image reflétée sur le miroir de l’avenir à l’époque de l’Exode. Pendant les jours orageux d’Irenee, la philosophie Platonicienne, avec sa plongée mystique dans la Divinité, n’était pas si nuisible après tout, pour la nouvelle doctrine, au point d’empêcher les Chrétiens de s’approprier de toutes façons et de toutes manières sa métaphysique abstraite. Faisant cause commune avec les thérapeutes ascétiques, ancêtres et modèles des ermites et des moines chrétiens, ce fut à Alexandrie, ne l’oublions pas, qu’ils jetèrent les premières bases de la doctrine trinitaire purement platonicienne. Celle-ci devint plus tard la doctrine Plato-philonéenne, telle que nous la retrouvons aujourd’hui. Platon envisageait la nature divine sous une triple modification de la Cause Première, la raison, ou le Logos, et l’âme ou l’esprit de l’univers. « Les trois principes originels ou archaïques » dit Gibbon (52c), « étaient représentés dans le système Platonicien, par trois dieux, unis entre eux par une génération mystérieuse et ineffable ». Fondant cette idée transcendante avec la figure plus hypostatique du Logos de Philon le Juif, dont la doctrine reposait sur l’ancienne Cabale, et qui considérait le Messie Roi, comme le Métatron, ou « ange du Seigneur », le Legatus descendu dans la chair, mais non pas l’Ancien des Jours Lui-même (53) ; les Chrétiens affublèrent Jésus, le fils de Marie, de cette représentation mythique du Médiateur pour la race déchue d’Adam. Sous cet accoutrement inattendu il faillit perdre sa personnalité. Nous retrouvons dans le Jésus moderne de l’Eglise Chrétienne, l’idéal de l’imaginatif Irenee, non l’adepte des Esséniens, l’obscur réformateur de Galilée. Nous le voyons sous le masque déformant Plato-Philonéen, et non comme les disciples l’entendirent sur la montagne.

La philosophie païenne vint ainsi en aide pour l’édification du dogme principal. Mais lorsque les théurges de la troisième école néo-platonicienne, privés de leurs anciens mystères, voulurent mettre d’accord les doctrines de Platon avec celles d’Aristote, en combinant les deux philosophies, ils ajoutèrent à leur théosophie les doctrines primitives de la Cabale orientale, et alors de rivaux qu’ils étaient, les Chrétiens devinrent persécuteurs. Au moment où les allégories métaphysiques de Platon allaient être discutées en public sous la forme de la dialectique grecque, tout le système si soigneusement préparé de la trinité chrétienne serait dévoilé, et le prestige divin complètement bouleversé. En renversant l’ordre, l’école éclectique adopta la méthode inductive ; cette méthode sonna son glas funèbre. La logique et les explications raisonnables étaient de toutes choses, ce qui déplaisait le plus à la nouvelle religion du mystère, car ils menaçaient de révéler toutes les bases de la conception trinitaire ; elle mettait la multitude au courant de la doctrine des émanations, et détruisait l’unité de l’ensemble. On ne pouvait pas le permettre, et on ne le permit pas. L’histoire nous a mis au courant des moyens Chrétiens auxquels on recourut.

La doctrine universelle des émanations, adoptée depuis un temps immémorial par les plus célèbres écoles où enseignèrent les philosophes cabalistes, Alexandrins et Orientaux, donne la clé de la panique qui éclata parmi les pères de l’Eglise chrétienne. L’esprit de Jésuitisme et d’astuce cléricale qui fit que Pankhurst, plusieurs siècles plus tard, supprima dans son Dictionnaire Hébreu, la véritable signification du premier mot de la Genèse, prit naissance dans ces jours de guerre contre les écoles moribondes néo-platonicienne et éclectique. Les pères décidèrent de fausser la signification du mot « daïmon » (54c), et par-dessus tout ils craignaient de voir la véritable signification ésotérique du mot Rasit dévoilée au peuple ; car, du moment que la signification véritable de cette phrase, ainsi que celle du mot hébreu asdt (traduit par « anges » dans la version des Septante, quand il veut dire, émanations) (55c) étaient bien comprises, le mystère de la trinité chrétienne s’écroulait, emportant dans sa chute la nouvelle religion, parmi les décombres des anciens mystères. C’est là la raison pour laquelle les dialecticiens ainsi qu’Aristote, lui-même, « le philosophe chercheur » ont toujours été si déplaisants pour la théologie chrétienne. Luther, lui-même, lorsqu’il préparait sa réforme, sentant le terrain se dérober sous lui, bien que les dogmes aient été réduits à leur plus simple expression, donna libre cours à la crainte et à la haine qu’il portait à Aristote. Les invectives qu’il accumula sur la mémoire du grand logicien ne peuvent être qu’égalées, jamais surpassées, par les anathèmes et les malédictions papales contre les libéraux du gouvernement italien. En les réunissant on formerait facilement une encyclopédie nouvelle de modèles de diatribes monacales.

Il est tout naturel que le clergé chrétien ne puisse jamais se réconcilier avec une doctrine fondée sur la stricte application de la logique aux raisonnements discursifs ? Le nombre de ceux qui ont abandonné la théologie pour cette raison n’a jamais été publié. Ils ont posé des questions et on leur a défendu de le faire ; le résultat a été la séparation, le dégoût et bien souvent aussi en désespoir de cause, un plongeon dans le gouffre de l’athéisme. On dénonça également les notions orphiques de l’éther comme principal médium entre Dieu et la matière créée. L’éther orphique rappelait trop vivement l’Archeus, l’Ame du monde, et celle-ci, dans son sens métaphysique était un proche parent des émanations, puisqu’elle était la première manifestation – Sephira, la Lumière Divine. Quand donc, aurait-elle pu inspirer une plus grande crainte, sinon à ce moment critique ?

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