L’ÉGLISE : OÙ EST-ELLE ? – partie 6

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre I – L'EGLISE OU EST-ELLE ?

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Mais, si la science a contribué involontairement au développement des phénomènes occultes, ceux-ci, de leur côté, lui ont prêté leur aide. Jusqu’à l’époque où la philosophie nouvellement réincarnée a revendiqué hautement sa place dans le monde, relativement peu de savants avaient entrepris la tâche ingrate de l’étude de la théologie comparée. Cette science fait partie d’un domaine où, jusqu’ici, peu d’explorateurs s’étaient aventurés. Cette étude, exigeant une connaissance profonde des langues mortes, limita nécessairement le nombre des étudiants. De plus, le besoin s’en faisait peu sentir, tant qu’on n’avait pas réussi à remplacer l’orthodoxie chrétienne par quelque chose de plus tangible. C’est une des vérités indéniables de la psychologie que l’homme ordinaire est aussi peu capable de vivre en dehors d’un élément religieux, que le poisson hors de l’eau. La voix de la vérité cette voix plus puissante que « celle du tonnerre » parle à l’homme intérieur dans le XIXème siècle de l’ère chrétienne, de la même manière qu’elle lui parlait dans le siècle correspondant avant Jésus-Christ. C’est une tâche inutile et ingrate que celle de proposer à l’humanité le choix entre une vie future et l’annihilation. L’unique chance qui resterait aux amis du progrès de l’humanité désireux de fonder une foi pour son bien, entièrement dépourvue de superstition et de liens dogmatiques, serait de leur parler ainsi que l’avait fait Josue : « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir, ou les dieux que servaient vos pères au-delà du fleuve, ou les dieux des Amorrhéens, dans le pays que vous habitez (39). »

« La science de la Religion, écrivait Max Muller en 1860, en est à son début… Pendant les derniers cinquante ans, on a retrouvé d’une façon inattendue et presque miraculeuse, des documents authentiques concernant les religions les plus importantes du monde (40). Les livres canoniques du Bouddhisme sont maintenant ouverts devant nous : le Zend-Avesta de Zoroastre n’est plus un mystère pour nous ; les hymnes du Rig-Veda nous ont révélé une condition religieuse bien antérieure à l’aurore de la mythologie qui nous apparaît déjà comme une ruine vermoulue dans Homere et dans Hesiode (41c).

Dans leur désir insatiable d’étendre le domaine de la foi aveugle, les premiers architectes de la théologie chrétienne se sont vus forcés autant que possible d’en cacher la véritable source. À cet effet, on dit qu’ils ont brûlé ou autrement détruit tous les manuscrits originaux de la Cabale, de la magie et d’autres sciences occultes qui leur sont tombés sous la main. Ils supposaient, dans leur ignorance, que les ouvrages les plus dangereux de cette catégorie avaient péri avec le dernier Gnostique ; ils reconnaîtront peut être un jour leur erreur. D’autres documents, importants et authentiques, apparaîtront, peut-être, de nouveau, de la manière « la plus inattendue et presque miraculeuse ».

Dans diverses partie de l’Orient, au mont Athos, et dans le désert de Nitrie, par exemple, certains moines et doctes rabbins de la Palestine, qui ont passé leur vie à étudier le Talmud, rapportent de curieuses traditions ; ils assurent que tous les rouleaux et les manuscrits, censés, d’après l’histoire, avoir été brûlés par Jules Cesar, par les émeutiers chrétiens en 389 et par le général arabe Amru, n’ont pas été détruits comme on le croit généralement ; leur version est la suivante : à l’époque de la dispute pour le trône, en l’an 51 avant J.-C. entre Cleopatre et son frère Dionysius Ptolémée, le Bruchion qui renfermait plus de sept cent mille rouleaux, tous montés sur bois et en parchemin ignifugé, était en état de réparation ; une grande quantité des manuscrits originaux, qu’on considérait comme les plus précieux, et dont il n’y avait pas de duplicata, furent transportés dans la demeure d’un des bibliothécaires. Comme le feu qui consuma le reste fut attribué à un accident, aucune précaution ne fut prise à ce moment-là. Mais ils ajoutent que plusieurs heures s’écoulèrent entre l’incendie de la flotte, par ordre de Jules Cesar, et le moment où les premiers édifices à proximité du port prirent feu, à leur tour ; tous les bibliothécaires, aidés de plusieurs centaines d’esclaves attachés au muséum, réussirent à sauver les rouleaux les plus précieux. Le parchemin sur lequel ils étaient écrits était si solide et si parfait ; que bien que quelques pages intérieures et les couvertures de bois de quelques-uns des rouleaux fussent réduites en cendres, la reliure de parchemin des autres resta intacte. Ces détails furent écrits en langues grecque, latine et chaldéo-syriaque par un jeune savant de nom de Théodas, un des scribes employés dans le muséum. Un de ces manuscrits passe pour avoir été conservé, dans un couvent de la Grèce, et celui qui fit part de cette tradition l’y avait vu lui-même. Il affirma que d’autres personnes le verraient également et apprendraient où il fallait rechercher les importants documents, lorsqu’une certaine prophétie aura été réalisée ; il ajouta qu’on retrouvera la plupart de ces ouvrages en Tartarie et en Inde (42). Le moine nous fit voir une copie de l’original, que nous avouons avoir eu de la peine à lire, n’ayant aucune prétention à la connaissance des langues mortes. Mais nous fûmes si frappés de la lumineuse et pittoresque traduction du saint père, que nous avons parfaitement gardé la mémoire de certains paragraphes, qui, autant que nous pouvons nous le rappeler, disaient : – « Lorsque la Reine du Soleil (Cleopatre) fut reconduite à la ville en ruines, après que le feu eût dévoré la Gloire du Monde ; et lorsqu’elle contempla la pile de livres – ou de rouleaux – qui couvrait les marches à moitié consumées de l’estrada ; lorsque voyant que l’intérieur avait disparu ne laissant que les couvertures indestructibles, elle pleura de rage et de honte, et maudit la parcimonie de ses ancêtres, qui avaient économisé sur le coût des vrais parchemins, aussi bien pour l’intérieur que pour l’extérieur des précieux rouleaux ». De plus, l’auteur, Théodas, se permet une facétie envers la reine qui croyait que presque toute la bibliothèque avait été la proie des flammes ; quand, de fait, des centaines et des milliers des ouvrages les plus précieux avaient été soigneusement mis à l’abri dans sa propre maison et celles des autres scribes, bibliothécaires, étudiants et philosophes.

La croyance que les bibliothèques ultérieures n’ont pas été totalement détruites est partagée par quelques très savants Coptes, disséminés dans tout l’Orient, l’Asie Mineure, l’Egypte et la Palestine. Ils affirment, par exemple, que pas un seul exemplaire de la bibliothèque d’Attalus III de Pergame, offerte à Cleopatre par Marc Antoine, n’a été détruit. À ce moment-là, suivant leurs affirmations, dès que les chrétiens commencèrent à prendre de l’influence à Alexandrie – vers la fin du IVème siècle – et qu’Anatole, évêque de Laodicée, se mit à insulter les dieux nationaux, les philosophes païens et les savants théurgistes adoptèrent des mesures sévères pour préserver les dépôts de leurs connaissances sacrées ; Theophilus, évêque qui laissa la réputation d’une franche canaille vénale, fut accusé par un nommé Antoninus, célèbre théurgiste et savant érudit de la science occulte d’Alexandrie, de payer les esclaves du Sérapéion pour voler les livres, qu’il vendait ensuite fort cher à des étrangers. L’histoire nous dit que Theophilus possédait les meilleurs ouvrages des philosophes en l’an 389 de notre ère ; et comment son successeur et neveu, le non moins infâme Cyrille, fit massacrer Hypatie. Suidas nous a transmis quelques détails au sujet d’Antoninus, qu’il nomme Antonins, et de son éloquent ami Olympus, défenseur du Sérapéion. Mais l’histoire est loin d’être complète dans les restes insignifiants des ouvrages qui, à travers tant de siècles, se sont conservés jusqu’à notre époque de connaissances ; elle ne nous dit rien au sujet des cinq siècles de Christianisme, dont les nombreuses traditions ont été conservées en Orient. Malgré le défaut d’authenticité par lequel elles pèchent, elles contiennent néanmoins beaucoup de bon grain sous un monceau de rebut. Il ne faut pas s’étonner si ces traditions ne sont pas plus souvent communiquées aux Européens, car nos voyageurs ont souvent le tort de se rendre odieux aux yeux des indigènes par leur attitude sceptique et souvent dogmatiquement intolérante. Quand des hommes exceptionnels comme certains archéologues qui ont su capter la confiance et même l’amitié d’Arabes, sont favorisés par l’acquisition de documents précieux, on prétend simplement que ce n’est là qu’une « coïncidence ». Et cependant il ne manque pas de traditions fort répandues de l’existence de certaines immenses galeries souterraines dans les environs de Ishmonia – la « cité pétrifiée » – dans lesquelles sont conservés d’innombrables manuscrits et rouleaux. Aucun Arabe ne voudrait s’en approcher pour tout l’or du monde. À la nuit tombée, disent-ils, par les crevasses des ruines désolées, au plus profond des sables desséchés du désert, on voit des lumières courant d’une galerie à l’autre, portées par des mains qui n’ont rien d’humain. Les Afrites étudient la littérature des âges antédiluviens, suivant leurs croyances, et les Djins apprennent dans leurs rouleaux magiques les leçons du jour suivant.

Dans son article sur Alexandrie, l’Encyclopedia Britannica dit : « Lorsque le temple de Sérapis fut démoli… l’inestimable bibliothèque fut pillée ou détruite ; et vingt ans plus tard (43), les rayons vides causaient le regret… etc. » Mais elle ne dit pas le sort qu’eurent les livres pillés.

Rivalisant avec les féroces adorateurs de Marie au IVème siècle, les persécuteurs cléricaux modernes du libéralisme et de l’ « hérésie », ne demanderaient pas mieux que de faire enfermer tous les hérétiques et leurs livres dans un Sérapéion moderne, et d’y mettre le feu (44). La raison de cette haine est fort naturelle. Les recherches modernes ont contribué de plus en plus à dévoiler le secret. « Le culte des saints et des anges », disait l’eveque Newton (45c) il y a déjà plusieurs années, « n’est-il pas partout le même que le culte des démons dans l’ancien temps ? Le nom en a été changé, mais la chose est restée identique… les mêmes temples, les mêmes images, consacrés jadis à Jupiter et à d’autres démons, sont consacrés aujourd’hui à la Vierge Marie et à d’autres saints… le paganisme tout entier s’est converti et a été adapté au Papisme ».

Pourquoi ne pas être franc et ajouter qu’une « bonne partie a aussi été adoptée par les religions protestantes ? »

La désignation apostolique Peter, elle-même, est prise dans les Mystères. Le hiérophante ou suprême pontife portait le titre chaldéen de פתר , pether, ou interprète. Les noms de Ptah, Peth’r, le lieu de résidence de Balaam, Patara et Patras, les noms des cités des oracles, pateres ou pateras et, peut-être aussi Bouddha dérivent tous de la même racine. Jésus dit : sur cette pierre (petra) je bâtirai mon église et les portes ou gardiens de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle » ; voulant dire par petra le temple sur le roc, et par métaphore les mystères chrétiens, dont les adversaires étaient les anciens dieux des mystères du monde inférieur que l’on invoquait dans les cultes d’Isis, d’Adonis, d’Atys, de Sabazius, de Dionysius et d’Eleusis. Il n’y a jamais eu à Rome un apôtre Peter ; mais le Pape, en s’emparant du sceptre du Pontifex Maximus, des clés de Janus et de Cybèle, et coiffant sur sa tête chrétienne du bonnet de la Magna Mater, copié sur la tiare du Brahmâtma, le suprême Pontife des Initiés de l’Inde antique, devint ainsi le successeur du grand prêtre païen, le véritable Peter-Roma, ou Petroma (46).

L’Eglise Catholique Romaine a deux ennemis bien plus puissants que les « hérétiques » et les « infidèles » ; ce sont la Mythologie comparée et la Philologie. Lorsque des ecclésiastiques aussi éminents que le Rev. James Freeman Clarke se donnent la peine de prouver à leurs lecteurs que la « théologie critique depuis l’époque d’Origene et de Saint-Jerome… que la Théologie controversielle, pendant quinze siècles n’ont pas eu pour but unique l’adoption forcée des opinions d’autrui », mais qu’au contraire, elles ont fait preuve « d’arguments clairs et subtils » nous ne pouvons que regretter que tant d’érudition ait été gaspillée en cherchant à prouver ce qu’un coup d’œil sur l’histoire de la théologie vient renverser d’un seul coup. On trouve, certes, bon nombre « d’arguments subtils » dans ces « controverses » et ces critiques des doctrines de l’Eglise, mais on y rencontre surtout une bien plus forte dose de subtils sophismes.

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