L’ÉGLISE : OÙ EST-ELLE ? – partie 2

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre I – L'EGLISE OU EST-ELLE ?

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Un autre détail qui n’est guère à la louange du clergé chrétien est rappelé par le mot Inquisition. Les torrents de sang humain que cette institution chrétienne a fait couler, et la quantité de ses sacrifices humains, n’a pas son pendant dans toutes les annales du paganisme. La sorcellerie est un autre point important, où le clergé a surpassé ses maîtres, les païens. Il n’existe, certes, aucun temple païen où la magie noire, dans son sens véritable, n’ait été plus mise en pratique qu’au Vatican. Tout en pratiquant l’exorcisme comme une importante source de revenus, le clergé catholique a aussi peu négligé la magie que les prêtres païens de l’antiquité. Il est facile d’établir la preuve que le sortilegium, ou la sorcellerie, a été pratiquée par le clergé et par les moines, pas plus tard que le siècle dernier, et elle l’est encore occasionnellement de nos jours.

Tout en prononçant l’anathème contre toute manifestation occulte en dehors du sein de l’Eglise, le clergé – malgré toutes les preuves du contraire – les qualifie « d’œuvre de Satan », « de pièges des anges déchus », qui « montent et descendent dans l’abîme sans fond » dont parle saint Jean(p) dans son Apocalypse cabalistique, « d’où monte une fumée, comme la fumée d’une immense fournaise ». « Grisés par ses émanations, des millions de spirites accourent journellement autour de ce gouffre, pour adorer à l’ « Abîme de Baal ».

Plus arrogante que jamais, entêtée et despote, aujourd’hui qu’elle a presque été renversée par les recherches modernes mais n’osant pas s’attaquer aux puissants champions de la science, l’Eglise latine se venge sur les phénomènes décriés. Un despote sans victime est un non-sens ; le pouvoir qui néglige de se faire reconnaître par des effets extérieurs et sagement calculés, risque fort, par la suite, d’être mis en doute. L’Eglise n’a aucune envie de tomber dans l’oubli, comme les mythes anciens, ou de permettre que son autorité soit trop étroitement remise en question ; c’est pour cette raison qu’elle poursuit sa traditionnelle politique, du moins autant que les temps le permettent. Elle déplore l’absence forcée de sa grande alliée, la sainte Inquisition, et fait contre mauvaise fortune bon cœur. Les seules victimes à sa portée, pour le moment, sont les spirites de France, mais les faits récents ont démontré que la douce épouse du Christ ne dédaigne pas de prendre sa revanche sur des victimes sans défense.

Ayant joué avec plein succès son rôle de Deus-ex-Machina, derrière les tribunaux français, qui n’ont pas craint de se déshonorer pour elle, l’Eglise romaine se met à l’œuvre et nous montre, en l’an 1876, ce dont elle est capable. Le monde chrétien est averti d’avoir à se détourner des tables tournantes et des crayons dansants des spirites profanes, et de reconnaître les « miracles » divins de Lourdes. Entre temps, les autorités ecclésiastiques emploient leurs loisirs à préparer de plus faciles triomphes qui jetteront l’effroi parmi les gens superstitieux. À cet effet le clergé, agissant sur ordres, lance de toutes les chaires des diocèses catholiques des anathèmes qui, s’ils sont fort dramatiques, ne sont guère impressionnants ; il menace ; il excommunie et à droite et à gauche il maudit. Mais, s’apercevant, enfin, que ses foudres, même celles dirigées contre les têtes couronnées, tombent autour d’elle avec aussi peu d’effet que les tonnerres de Calchas dans l’opérette d’Offenbach, Rome, dans sa fureur impuissante, se tourne contre les infortunés protégés de l’Empereur de Russie, les Bulgares et les Serbes. Malgré l’évidence et le sarcasme, malgré les preuves accumulées, « l’agneau du Vatican » partage sa colère entre les libéraux italiens, « ces impies dont le souffle ressemble à la puanteur du sépulcre (9) », les « schismatiques sarmates russes », et les hérétiques et spirites, « qui adorent dans l’abîme sans fond, où le grand Dragon guette sa proie ».

M. Gladstone a pris la peine de réunir en un catalogue ce qu’il appelait les « fleurs de rhétorique » disséminées dans les discours du Pape. Cueillons-en quelques-unes, employées par le vicaire de Celui qui disait, « quiconque dira Fou à son frère est en danger du feu de l’enfer ». Elles ont été choisies dans les discours authentiques. Ceux qui s’opposent à l’autorité papale sont : des loups, des pharisiens, des voleurs, des menteurs, des hypocrites, des enfants hydropiques de Satan, des fils de la perdition, du péché et de la corruption, des suppôts de Satan sous forme humaine, des monstres de l’enfer, des démons incarnés, des cadavres puants, des êtres issus des abîmes de l’enfer, des traîtres, des Judas conduits par les esprits infernaux, des enfants des plus profonds abîmes infernaux », etc., etc. ; tout ce pieux vocabulaire a été recueilli et publié par Don Pasquale di Franciscis, que Gladstone a nommé avec raison « un professeur accompli de servilisme en choses spirituelles (10) ».

Puisque Sa Sainteté le Pape possède un aussi riche vocabulaire d’injures, nous ne devons pas nous étonner que l’évêque de Toulouse n’ait pas craint de formuler les plus indignes mensonges au sujet des Protestants et des Spirites d’Amérique – gens doublement odieux aux yeux d’un catholique – dans son allocution à son diocèse, où il dit : « Rien n’est plus commun dans notre ère d’incrédulité que voir une fausse révélation se substituer à la véritable et des hommes négliger l’enseignement de la Sainte Eglise, pour se vouer à l’étude de la divination et des sciences occultes. » Professant un dédain épiscopal pour la statistique et faisant une étrange confusion dans sa mémoire entre les cultes des revivalistes Moody et Sankey, et les adeptes des obscures chambres de séances, il émet l’assertion fausse et imméritée que « il est prouvé que le spiritisme aux Etats-Unis a été la cause de la sixième partie de cas de suicides et de folie ». Il prétend qu’il n’est pas possible que les esprits « enseignent une science exacte, par la raison que ce sont des démons menteurs ; ou même une science utile, parce que le caractère de l’œuvre de Satan de même que Satan lui-même, est stérile ». Il avertit ses chers collaborateurs que « les livres en faveur du Spiritisme sont mis à l’Index » ; et il leur enjoint de faire savoir que « le fait de fréquenter les cercles spirites avec l’intention d’accepter la doctrine, constitue une apostasie de la Sainte Eglise, et un risque d’excommunication ». Enfin, dit-il : « Publiez le fait que l’enseignement d’aucun esprit ne devrait prévaloir contre celui de la chaire de saint Pierre(), qui est l’enseignement de l’Esprit de Dieu lui-même » !!!

Connaissant les multiples enseignements erronés que l’Eglise romaine attribue au Créateur, nous préférons n’ajouter aucune foi à cette affirmation. Le célèbre théologien catholique, Tillemont, nous affirme dans son œuvre que : « tous les païens illustres sont condamnés aux tourments éternels des feux de l’enfer, parce qu’ils ont vécu avant l’époque de Jésus et, par conséquent, ils ne peuvent bénéficier de la rédemption (11) !! » Il affirme également que la Sainte Vierge Marie en a certifié la vérité, dans une lettre signée à un saint, de sa propre main. Par conséquent nous voici encore en présence d’une révélation, celle de « l’Esprit de Dieu Lui-même » y enseignant des doctrines aussi charitables.

Nous avons également lu, avec grand profit, la description topographique de l’Enfer et du Purgatoire dans le fameux traité qui porte ce nom, dû à un Jésuite, le Cardinal Bellarmin (12c). Un critique prétend que l’auteur, qui donne sa description suivant une vision divine qui lui a été accordée, « paraît posséder toutes les connaissances d’un arpenteur » en parlant des sentiers secrets et des formidables divisions de « l’abîme sans fond ». Justin Martyr ayant formulé la notion hérétique, qu’après tout, Socrate n’était peut-être pas fixé définitivement en enfer (13). Son éditeur Bénédictin tança vertement ce père de l’Eglise trop bénévole. Ceux qui auraient encore un doute au sujet de la charité Chrétienne de l’Eglise Romaine à ce sujet, feraient bien de parcourir la Censure de la Sorbonne, du Bélisarius de Marmontel. Le odium théologicum y brille sur le sombre ciel de la théologie orthodoxe comme une aurore boréale – précurseur de la colère Divine, selon les enseignements de quelques théologiens du moyen âge.

Dans la première partie de cet ouvrage nous avons entrepris de démontrer, au moyen d’exemples historiques, jusqu’à quel point les savants ont mérité le sarcasme mordant de feu le professeur Morgan, qui en parlant d’eux disait : « ils portent les vêtements rejetés par les prêtres, passés à la teinture afin de n’être pas reconnus ». Le clergé chrétien est vêtu, lui aussi, avec les défroques des prêtres païens ; agissant en opposition directe avec les préceptes moraux de leur Dieu, ils se permettent cependant de juger le monde entier.

En mourant sur la croix, l’Homme des Douleurs, pardonnait à ses ennemis. Ses dernières paroles furent une prière en leur faveur. Il enseigna à ses disciples de ne point maudire, mais au contraire, de bénir même leurs ennemis. Les héritiers de saint Pierre(), par contre, qui se sont érigés eux-mêmes en représentants sur la terre de ce même doux Jésus, maudissent sans hésiter quiconque s’oppose à leur volonté despotique. En outre n’ont-ils pas depuis longtemps relégué le « Fils » à l’arrière-plan ? Leur loyalisme ne va plus qu’à la Mère Douairière, car, suivant eux, et encore en vertu « de l’Esprit direct de Dieu » elle seule est capable d’agir comme médiatrice. Le Concile Œcuménique de 1870 transforma cet enseignement en dogme, et celui qui se permet d’en douter est condamné à jamais à l’ « abîme sans fond ». L’ouvrage de Don Pasquale di Franciscis est positif sur ce point, car il nous dit que comme la Reine du Ciel est redevable au Pape actuel (Pie IX) « du joyau le plus précieux de sa couronne » puisqu’il lui a conféré l’honneur inespéré de devenir soudainement immaculée, il n’y a rien qu’elle ne puisse obtenir de son Fils pour « Son Eglise (14) ».

Des voyageurs virent, il y a quelques années, à Bari, en Italie, une statue de la Madone vêtue d’une jupe à falbalas en soie rose, posée sur une large crinoline ! Les pieux pèlerins, qui désireraient se renseigner sur la garde-robe officielle de la mère de leur Dieu, feront bien de se documenter en Italie Méridionale, en Espagne et dans l’Amérique catholique du Nord et du Sud. La Madone de Bari doit y être encore, entre deux vignes et une locanda (débit de vins). La dernière fois qu’elle a été vue, on avait essayé avec un certain succès d’habiller l’enfant Jésus ; on lui avait enfilé sur les jambes une paire de pantalons d’une propreté douteuse et festonnés sur les bords. Un voyageur anglais ayant fait cadeau à la « Médiatrice » d’un parasol en soie verte, la population reconnaissante des contadini, avec le curé du village en tête, organisèrent une procession sur les lieux. Ils parvinrent à figer le parasol ouvert, entre le dos de l’enfant et le bras de la Vierge qui le tenait. La scène et la cérémonie étaient aussi solennelles qu’imposantes pour nos sentiments religieux, car nous avions devant nous l’image de la déesse dans sa niche, entourée d’un cordon de lampions dont les flammes remuées par la brise, empestaient l’air pur du Bon Dieu de relents d’huile d’olive. La Mère et le Fils sont certainement les représentants des deux plus fameuses idoles de la Chrétienté Monothéiste !

Si vous désirez avoir un pendant de l’idole des pauvres contadini de Bari, transportez-vous à l’opulente cité de Rio de Janeiro. On pouvait voir, il y a quelques années, une autre Madone, dans un corridor qui court le long d’un des côtés de l’église du Duomo de la Candelaria. Tout le long de ce couloir il y a une file de saints, chacun placé au-dessus d’un tronc, ce qui leur constitue un excellent piédestal. Au centre de la file, sous un riche dais de soie bleue, est exposée la vierge Marie, s’appuyant sur le bras du Christ. « Notre-Dame » est parée d’un corsage de satin bleu, très décolleté, avec de très courtes manches, qui font valoir son corps, ses bras et ses épaules blancs et admirablement modelés. La jupe, aussi en satin bleu, recouvert de dentelle blanche et de bouffants de mousseline est aussi courte que celle d’une danseuse de ballet ; arrivant à peine aux genoux, elle laisse voir une paire de jambes délicieusement modelées, enfermées dans un maillot de soie couleur chair, et terminées par des bottines de satin bleu à talons démesurément hauts ! La chevelure blonde de cette « Mère de Dieu, est coiffée à la dernière mode avec un volumineux chignon de boucles : appuyée sur le bras de Jésus, elle tourne la tête avec amour vers son « Fils Unique », dont l’accoutrement et l’attitude ne sont pas moins dignes d’attention. Le Christ porte un frac, des pantalons noirs et un gilet de soirée blanc largement ouvert ; des souliers vernis, des gants de daim blanc ; à un de ses doigts brille un anneau orné d’un magnifique brillant, estimé plusieurs milliers de francs, sans doute une pierre brésilienne inestimable. La tête qui surmonte le corps de ce moderne dandy brésilien a des cheveux partagés par une raie ; la figure est triste et solennelle, et les yeux paraissent refléter toute l’amertume de cette dernière insulte à la majesté du « Crucifié (15) ».

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