Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Introduction – DEVANT LE VOILE
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Cela peut nous faire comprendre pourquoi les plus sublimes scènes des Mystères étaient toujours de nuit. La vie de l’esprit intérieur est la mort de la nature externe ; et la nuit du monde physique annonce le jour du monde spirituel. Par conséquent, on adorait plutôt Dionysius, le soleil-nocturne, qu’Hélios, l’astre du jour. Dans les Mystères on symbolisait la condition préexistante de l’esprit et de l’âme, la chute de celle-ci dans la vie terrestre et dans Hadès, les misères de cette vie, la purification de l’âme et son retour à la félicité divine, ou la réunion avec l’esprit. Theon, de Smyrne, compare avec raison la discipline philosophique aux rites mystiques : « On pourrait, dit-il, appeler la Philosophie l’initiation aux véritables arcanes, et l’instruction aux mystères authentiques. Cette initiation est divisée en cinq parties : I, la purification préalable ; II, l’admission à participer aux rites secrets ; III, la révélation époptique ; IV, l’investiture ou intronisation ; V, la cinquième est le résultat de toutes les précédentes, l’amitié et la communion intime avec Dieu, et la jouissance de cette béatitude qui découle de la relation intime avec des êtres divins. Platon appelle epopteia, ou vue personnelle, la contemplation parfaite des choses qu’on saisit intuitivement, les idées et les vérités absolues. Il considère également l’acte de ceindre le front, et le couronnement, comme analogue à l’autorité qu’on reçoit de ses instructeurs et pour entraîner les autres dans la même contemplation. Le cinquième degré est la félicité la plus parfaite qui en découle, et, suivant Platon, c’est une assimilation à la divinité aussi parfaite que la chose est possible pour des êtres humains (11). »
Tel est le Platonisme. Ralph Waldo Emerson dit que « Platon est la source de tout ce qui est encore écrit et discuté par des hommes de pensée ». Il absorba le savoir de son temps, celui de la Grèce de Philoeus à Socrate ; puis celui de Pythagore en Italie ; et aussi tout ce qu’il put apprendre de l’Égypte et de l’Orient. Il était si complet, qu’il embrassait dans sa doctrine toutes les philosophies de l’Europe et de l’Asie ; et à la culture et à la contemplation, il joignait la nature et les qualités du poète.
En général, les partisans de Platon adhéraient strictement à ses théories psychologiques. D’autres, par contre, comme Xenocrate, se lançaient dans des spéculations plus avancées. Speusippe, neveu et successeur du grand philosophe, fut l’auteur de l’Analyse numérique, traité des nombres pythagoriciens. Certaines de ses spéculations ne se rencontrent pas dans les Dialogues écrits ; mais comme il était un auditeur des conférences non publiées de Platon, Enfield a probablement raison en disant qu’il ne différait pas de son maître. Bien qu’il ne soit pas nommé, il est évidemment l’antagoniste critiqué par Aristote, lorsque celui-ci prétendait opposer l’argument de Platon à la doctrine de Pythagore, pour qui la base de toutes choses nombre, ou plutôt qu’elle est inséparable de la notion des nombres. Il s’attacha tout spécialement à montrer que la doctrine Pythagoricienne, en ce qu’elle présuppose que les nombres et les grandeurs existent en dehors des choses. Il affirmait encore que Platon enseignait qu’il ne pouvait exister une connaissance véritable si l’objet de cette connaissance n’était pas porté au-delà ou au-dessus du monde sensible.
Mais Aristote n’était pas un témoin digne de foi. Il dénatura Platon et fit presque une caricature des doctrines de Pythagore. Il existe un canon de l’interprétation, qui devait nous guider dans tout examen d’opinions philosophiques : « L’esprit humain, par l’opération nécessaire de ses propres lois, se voit contraint d’entretenir les mêmes idées fondamentales et le cœur humain se nourrit des mêmes sentiments au cours des âges. » Pythagore éveilla sans doute la plus profonde sympathie intellectuelle de son temps, et ses doctrines exercèrent une influence considérable sur l’esprit de Platon. Son idée maîtresse était qu’il existait un principe permanent d’unité sous les formes, changements et autres phénomènes de l’univers. Aristote affirmait qu’il enseignait « le nombre était le principe de toute entité ». Ritter pense que la formule de Pythagore doit être prise symboliquement, ce qui est sans doute exact. Aristote associe ces nombres « formes » aux « idées » de Platon. Il va jusqu’à déclarer que Platon a dit que « les formes sont des nombres » et que « les idées sont des existences substantielles – des êtres réels ». Platon n’a toutefois rien enseigné de semblable. Il déclarait que la cause finale était la Bonté Suprême – το αγαθόν. « Les idées sont des objets de pure conception pour la raison humaine, et elles sont des attributs de la Raison Divine (12) ». Et il n’a jamais dit que « les formes sont des nombres ». Ce qu’il a dit, nous le trouvons dans le Timée » : Dieu forma les choses comme elles apparurent dans le principe, suivant les formes et les nombres. »
La science moderne reconnaît que toutes les lois supérieures de la nature prennent la forme d’exposé quantitatif. C’est peut-être une élaboration plus complète ou une affirmation plus explicite de la doctrine de Pythagore. On considérait les nombres comme la meilleure représentation des lois de l’harmonie qui pénètre le cosmos tout entier. Nous savons également qu’en chimie, la doctrine des atomes et des lois des combinaisons sont en réalité, et pour ainsi dire, arbitrairement, définies par les nombres. Ainsi que le dit M.W. Archer Butler : « Le Monde dans toutes ses divisions est une arithmétique vivante dans son développement, et une géométrie réalisée dans son repos. »
La clé des dogmes de Pythagore est la formule générale de l’unité dans la multiplicité ; l’un évoluant le multiple et le pénétrant. C’est l’antique doctrine de l’émanation en quelques mots. L’apotre Paul lui-même l’acceptait comme exacte. Eς αuτοù, χαιδίxuτοū, χαι εις αuτον τά πάvτα. Toutes choses viennent de lui, sont par lui et en lui. Cette idée est nettement Hindoue et Brahmanique ainsi que nous le constatons par la citation suivante :
« Lorsque la dissolution – Pralaya – est parvenue à son terme, le Grand Être – Para-Atma ou Para-Pourousha – le Seigneur existant par lui-même, duquel et par lequel toutes choses ont été, sont et seront, décida d’émaner les diverses créatures de sa propre substance. » (Manava-Dharma-Sastra, Livre 1, slokas 6 et 7.)
La Décade mystique 1 + 2 + 3 + 4 = 10 est une des manières d’exprimer cette idée. L’Un, c’est Dieu ; Deux, la matière ; Trois, combinant la Monade et la Duade, et participant de la nature des deux, est le monde phénoménal : la Tétrade, ou forme de perfection, exprime le vide de tout ; et la Décade, somme de tout, implique le cosmos tout entier. L’univers est la combinaison d’un millier d’éléments et néanmoins l’expression d’un esprit unique – chaos pour les sens, cosmos pour la raison.
Toute cette combinaison de la progression des nombres dans l’idée de création est Hindoue. L’Être existant par lui-même, Swayambhou ou Swayambhouva, ainsi que le nomment quelques-uns, est un. Il émane de lui-même la faculté créatrice, Brahma ou Pourousha (le mâle divin), et l’un devient Deux ; de cette Duade, l’union du principe purement intellectuel avec le principe de la matière, évolue un troisième qui est Viràdj, le monde phénoménal. C’est de cette trinité invisible et incompréhensible, la Trimourti Brahmanique, qu’évolue la seconde triade qui représente les trois facultés, la créatrice, la conservatrice et la transformatrice. Celles-ci sont représentées par Brahma, Vishnou et Shiva, mais elles se fondent de nouveau et toujours en une. L’Unité, Brahma, ou comme le nomment les Védas, Tridandi, est le dieu de la triple manifestation, qui donna naissance au Aum symbolique, abréviation de Trimourti. Ce n’est qu’au moyen de cette trinité, toujours active et tangible pour nos sens, que le Monas invisible et inconnu peut se manifester au monde des mortels. Lorsqu’il devient Sarira, c’est-à-dire celui qui revêt une forme visible, il représente tous les principes de matière, tous les germes de vie, il est Pourousha, le dieu à trois faces, ou triple pouvoir, l’essence de la triade Védique. « Que les Brahmas apprennent la Syllabe sacrée (Aum) les trois paroles de Savitri, et qu’ils lisent journellement les Védas ». (Manou, livre IV, sloka 125.)
« Après avoir produit l’univers, Celui dont le pouvoir est incompréhensible disparut de nouveau, absorbé dans l’Âme Suprême. Après s’être retirée dans les ténèbres primitives, la grande Âme demeure dans l’inconnu, et est dénuée de toute forme….
Lorsque après avoir de nouveau réuni les principes élémentaires subtils, elle entre dans une semence végétale ou animale, elle prend chaque fois une nouvelle forme.
Ainsi, par des alternatives d’éveil et de repos, l’Être Immuable fait revivre et mourir éternellement toutes les créatures existantes, actives et inertes. »
(Manou. Livre I. Sloka 50 et suivantes.)
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