Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Introduction – DEVANT LE VOILE
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Seule la philosophie platonicienne, le plus parfait résumé des systèmes abstraits de l’Inde antique, peut nous fournir ce terrain neutre. Bien que plus de vingt-deux siècles et quart se soient écoulés depuis la mort de Platon, les esprits éclairés du monde s’occupent encore de ses écrits. Il fut, au sens le plus plein du mot, l’interprète du monde. Le plus grand philosophe de l’ère pré-chrétienne a reflété pieusement, dans ses ouvrages, le spiritualisme des philosophes Védiques, qui vécurent des milliers d’années avant lui, ainsi que son expression métaphysique. Vyasa, Djeminy, Kapila, Vrihaspati, Soumati et tant d’autres ont transmis leur marque indélébile, à travers les siècles, sur Platon et son école. Nous avons donc la preuve que la même sagesse a été révélée à Platon et aux antiques sages Hindous. Bravant ainsi l’action du temps, que peut être cette sagesse, sinon divine et éternelle ?
Platon enseignait que la justice subsistait dans l’âme de son possesseur et en était le suprême bien. « Les hommes, proportionnellement à leur intelligence, ont admis ses prétentions transcendantes. » Néanmoins, ses commentateurs, presque unanimes, hésitent à aborder les passages impliquant que sa métaphysique est fondée sur une base solide et non sur des conceptions idéales.
Mais Platon ne pouvait admettre une philosophie dénuée d’aspiration spirituelle ; pour lui les deux n’en faisaient qu’un. Pour l’ancien sage grec, il n’y avait qu’un seul but : la véritable connaissance. Il ne considérait comme authentiques philosophes, ou étudiants de la vérité, que ceux qui possédaient la connaissance de ce qui existe réellement, à l’encontre de ceux qui se contentent de la simple apparence ; De ce qui existe en toute éternité, en opposition avec ce qui est transitoire ; ce qui est permanent, en opposition avec ce qui grandit et dépérit, qui tour à tour se développe et est détruit. « Au-delà de toutes existences finies et des causes secondaires, au-delà de toutes lois, de toutes idées et de tous principes, il y a une INTELLIGENCE ou ESPRIT [nous, l’esprit], le premier principe de tout principe, l’Idée Suprême sur laquelle se fondent toutes les autres idées ; le Monarque et le Législateur de l’Univers ; la substance ultime d’où toute chose tire l’être et l’essence, la Cause première et efficiente de tout ordre, harmonie, beauté, excellence et bonté, qui imprègne tout l’Univers – auquel on donne le nom, en raison de sa prééminence ou de son excellence, de Bien Suprême, de Dieu, (ò θεòς) le Dieu au-dessus de tout (8) (ò επι πα סι θεòς). » II n’est ni la vérité ni l’intelligence, mais « il en est le père ». Bien que cette essence éternelle des choses ne soit pas perceptible pour nos sens physiques, elle peut être saisie par la pensée de ceux qui ne sont pas volontairement fermés. Jésus répondit à ses disciples choisis, « II vous a été donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu ; mais cela ne leur a pas été donné ; (aux πoλλοł) c’est pourquoi je leur parle en paraboles (ou images), parce qu’en voyant ils ne voient point et qu’en entendant ils n’entendent ni ne comprennent (9) ».
Porphyre, de l’école néo-platonicienne, nous affirme que la philosophie de Platon était enseignée et représentée dans les Mystères. Nombreux sont ceux qui l’ont mis en doute ou qui même l’ont nié ; et Lobeck, dans son Aglaophomus, a été jusqu’à représenter les orgies sacrées comme de simples spectacles faits pour captiver l’imagination. Comme si Athènes et la Grèce tout entière, pendant plus de vingt siècles, avaient été chaque cinquième année à Éleusis pour assister à une solennelle farce religieuse ! Saint Augustin, le père Évêque d’Hippone, a répondu à de pareilles assertions. Il déclare que les doctrines des Platoniciens d’Alexandrie étaient les doctrines ésotériques originelles des premiers disciples de Platon, et il décrit Plotin comme un Platon ressuscité. Il donne aussi les raisons qu’avait le grand philosophe, pour voiler le sens intime de son enseignement (10).
Quant aux Mythes, Platon déclare dans le Gorgias et le Phédon, qu’ils étaient les véhicules de grandes vérités qui valaient d’être cherchées. Toutefois, les commentateurs sont si peu en rapport avec le grand philosophe, qu’ils se voient obligés de reconnaître qu’ils ignorent « où le mythe commence et où la doctrine prend fin ». Platon dissipa la superstition populaire au sujet de la magie et des démons, il transforma les idées exagérées de son époque, en théories rationnelles et en conceptions métaphysiques. Peut-être ne pourraient-elles résister à la méthode inductive de raisonnement établie par Aristote ; elles sont, néanmoins, satisfaisantes au plus haut degré, pour ceux qui admettent l’existence d’une faculté plus haute de connaissance ou d’intuition, pour servir de critérium de la vérité.
Toute sa doctrine étant basée sur la présence du Mental Suprême, Platon enseignait que le nous, l’esprit, ou âme rationnelle de l’homme, étant « engendré par le Père Divin », avait une nature apparentée, homogène même, à la Divinité, et qu’elle était capable de contempler, les réalités éternelles. Cette faculté de contempler la réalité d’une manière directe et immédiate, appartient à Dieu seul ; l’aspiration à cette connaissance constitue ce qu’on entend par philosophie – l’amour de la sagesse. L’amour de la vérité fait partie de l’amour du bien ; de sorte que, prédominant tout désir de l’âme, la purifiant et l’assimilant au divin, il gouverne ainsi chaque acte de l’individu ; il amène l’homme à participer à la Divinité, à communier avec elle, et le rétablit à l’image de Dieu. « Cette envolée », dit Platon, dans le Théététe, « consiste à se rendre pareil à Dieu et cette assimilation est le fait de devenir juste et saint par la sagesse. »
II a toujours été soutenu que la base de cette assimilation est la préexistence de cet esprit en nous. Dans l’allégorie du chariot tiré par les chevaux ailés, donnée dans le Phèdre, il représente la nature psychique comme composée ou double ; le thumos, ou partie épithumétique, est formé de la substance du monde des phénomènes ; Et le θνμοειδές, thumoeides, dont l’essence est en relation avec le monde éternel. La vie terrestre actuelle est une chute et une punition. L’âme réside dans « le tombeau que nous nommons le corps », et, dans son état incorporé, avant d’avoir été soumis à la discipline de l’éducation, l’élément noétique, ou spirituel, est « dormant ». La vie est donc un rêve, plutôt qu’une réalité. Comme les captifs dans la grotte souterraine, décrite dans La République, le dos tourné à la lumière, nous ne percevons que l’ombre des objets et nous les prenons pour les objets eux-mêmes. N’est-ce pas là la notion de Maya, l’illusion des sens de la vie physique, qui est un des traits si caractéristiques de la philosophie bouddhique ? Mais si nous ne nous sommes pas complètement donnés à notre nature sensuelle, ces ombres éveillent en nous la réminiscence d’un monde plus élevé que nous avons habité autrefois ? « L’esprit intime garde un souvenir vague et indéfini de son état de félicité prénatale, ainsi qu’une aspiration instinctive et proleptique à son retour ». Il appartient à la discipline de la philosophie de l’arracher à la servitude des sens, de l’élever jusqu’à l’empyrée de la pensée pure, à la vision de la vérité, de la beauté et de la bonté éternelles. « L’âme », dit Platon dans son Théététe, « ne peut entrer dans la forme d’un homme, si elle n’a jamais connu la vérité. Ce souvenir est celui des choses que notre âme a vues autrefois lorsqu’elle voyageait avec la Divinité, dédaignant les choses qui existent pour nous aujourd’hui, mais contemplant ce qui est RÉELLEMENT. C’est pourquoi seul le nous, ou esprit, du philosophe (l’étudiant de la vérité supérieure) est muni d’ailes ; car, autant qu’il lui est possible, il se rappelle toutes ces choses, dont la contemplation rend la Divinité elle-même divine. En faisant un usage judicieux des souvenirs de sa vie antérieure, en se perfectionnant constamment dans les parfaits mystères, l’homme devient véritablement parfait – un Initié de la Sagesse Divine. »
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