Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Introduction – DEVANT LE VOILE
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MANTIQUE – De μαγτεις manteis, prophète. Délire prophétique. Le don de prophétie était développé dans cet état. Les deux mots sont presque synonymes. L’un était aussi estimé que l’autre. Pythagore et Platon tenaient ce don en haute estime, et Socrate engageait ses disciples à étudier l’art mantique. Les Pères de l’Église qui blâmaient si sévèrement la frénésie mantique chez les prêtres païens et les Pythies, n’hésitaient pas à l’employer pour leur propre compte. Les Montanistes qui tirent leur nom de Montanus, évêque de Phrygie considéré comme divinement inspiré, rivalisaient avec les manteis ou prophètes. « Tertullien, Augustin et les martyrs de Carthage », dit l’auteur de Prophecy, Ancient and Modern, « furent de ce nombre », et il ajoute : « les Montanistes paraissent avoir imité les Bacchantes par le sauvage enthousiasme qui caractérisait leurs orgies ». Les opinions sont partagées au sujet de l’origine du mot mantique. Au temps de Melampus et de Proetus, roi d’Argos, il y avait le célèbre Mantis le Voyant, et, à peu près à cette époque, vivait aussi Manto, fille du prophète de Thèbes, prophétesse elle-même. Ciceron décrit la prophétie et le délire mantique en disant « que dans les replis les plus cachés de l’esprit, se trouve enfoui et confiné le don divin de prophétie, impulsion divine qui, lorsqu’elle se manifeste avec grande intensité, est appelée fureur » (frénésie, folie).
Mais il est encore une autre étymologie possible pour le mot mantis, et nous doutons fort que les philologues y ait jamais pensé. Il est peut-être possible, en effet, que la folie mantique ait une origine beaucoup plus ancienne encore. Les deux coupes du sacrifice du mystère de Soma, employées pendant les rites religieux, et généralement connus sous le nom de Grahâs, sont respectivement nommées Soukra et Manti (42).
C’est dans cette dernière coupe : manti ou manthi que, dit-on, Brahma est « réveillé ». Pendant que l’initié boit (si peu que ce soit) de cette liqueur sacrée, Soma, le Brahma, ou plutôt son « esprit » personnifié dans le dieu-Soma, entre dans l’homme et prend possession de lui. De là, vision extatique, clairvoyance et don de prophétie. Les deux genres de divination, naturelle et artificielle sont provoqués par le Soma. La coupe Soukra réveille tout ce que la nature a donné à l’homme. Elle unit l’esprit et l’âme, et ceux-ci, par leurs propres nature et essence, qui sont divines, ont la prescience des choses futures, comme le démontrent des rêves, des visions inattendues et des pressentiments. Le contenu de l’autre coupe, la manti qui « réveille le Brahma » met l’âme en communication, non seulement avec les dieux mineurs, les esprits bien informés mais non pas omniscients – mais encore avec l’essence divine la plus élevée. L’âme reçoit une illumination directe de la présence de son « dieu » ; cependant, comme il ne lui est pas donné de se rappeler certaines choses, qui ne sont bien connues que dans le ciel, la personne initiée est généralement saisie d’une sorte de frénésie sacrée, et, lorsqu’elle en revient, elle ne se souvient que de ce qui lui est permis de se rappeler.
Quant à l’autre genre de voyants et de devins, ceux qui en font profession et une source de bénéfices, on dit qu’ils sont possédés par un gandharva, une sorte de divinité qui, nulle part n’est moins honorée que dans l’Inde.
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MANTRA – Mot sanscrit qui renferme l’idée de « Nom Ineffable ». Quelques mantras, lorsqu’ils sont prononcés suivant la formule magique enseignée dans l’Atharva Veda, produisent un effet instantané et merveilleux. Dans son sens général, cependant, un mantra est, ou simplement une prière aux dieux et aux puissances du ciel, telle qu’elle est enseignée dans les livres Brahmaniques et particulièrement dans Manou, ou bien un charme magique. Dans son sens ésotérique, le « mot » du mantra, ou parole mystique, est appelé par les Brahmes Vâch et se trouve dans le mantra qui, littéralement, signifie les parties des livres sacrées qui sont considérées comme les Srouti ou révélation divine directe.
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MARABOUT – Pèlerin mahométan qui a été à La Mecque ; un saint dont le corps est placé, après la mort, dans un sépulcre ouvert bâti à la surface du sol comme tous les autres édifices, mais au milieu des rues et des places publiques. Placé dans l’intérieur de la petite et unique chambre de ce tombeau (on peut voir aujourd’hui plusieurs de ces sarcophages de brique et de mortier dans les rues et les places du Caire), la dévotion des passants entretient à la tête, une lampe qui brûle toujours. Les tombes de quelques-uns de ces marabouts ont une grande renommée pour les miracles qu’on leur attribue.
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MATÉRIALISATION – Terme employé par les spirites pour le phénomène au cours duquel un esprit se « revêt d’une forme matérielle ». L’expression bien moins contestable : manifestation de forme a été proposée par M. Stainton Moses de Londres. Lorsque la nature réelle de ces apparitions sera mieux comprise, on adoptera sans doute un terme encore mieux approprié au phénomène. Il est inadmissible d’appeler ces apparitions des esprits matérialisés, car ce ne sont point des esprits, mais des statues animées.
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MAZDÉENS – De (Ahoura) mazda (Yasma de Spiegel, XI). C’étaient les anciens nobles Persans qui rendaient un culte à Ormuzd, rejetant les images, ils inspirèrent aux Juifs la même horreur pour toute représentation concrète de la divinité. Au temps d’Hérodote ils paraissent avoir été remplacés par les Mages. Les Parsis et les Ghebers (geberim ; les puissants, Gen. VI et X. 8) semblent, en effet, avoir été des fidèles des Mages. Par suite d’une curieuse confusion, Zoro-Aster, (Zéro, un cercle, un fils, ou prêtre : Aster, Ishtar, ou Astarte (étoile, dans le dialecte Aryen), titre du chef des Mages et des adorateurs du feu ou Sourya-Ishtara) est souvent confondu, à l’heure actuelle, avec Zara-toustra, le célèbre apôtre Mazdéen (Zoroastre).
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METEMPSYCHOSE – Ce mot signifie : le progrès de l’âme, d’un moment donné de l’existence à un autre. Le mot a été vulgairement employé pour indiquer la renaissance dans des corps d’animaux. Il est en général mal compris par toutes les classes de la Société, en Europe et en Amérique, même par un grand nombre de savants. L’axiome cabaliste : « Une pierre devient une plante, une plante un animal, un animal un homme, un homme un esprit, et un esprit un dieu », est expliqué dans le Manava-Dharma-Sastra comme en d’autres livres brahmaniques.
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MYSTÈRES – Teletai, en grec (les fins), terme analogue à teleuteia ou mort. Les mystères comportaient des pratiques, tenues généralement secrètes aux profanes non initiés, et aux cours desquelles, à l’aide de représentations dramatiques et autres moyens, étaient enseignés l’origine des choses, la nature de l’esprit humain, les rapports de ce dernier avec le corps, la méthode de purification et la restauration à une vie supérieure. On y enseignait aussi, et de la même manière, la physique, la médecine, la musique, l’art divinatoire. Le Serment d’Hippocrate n’était qu’une obligation d’ordre mystique. Hippocrate était prêtre d’Asklepios, prêtre dont quelques écrits furent par chance rendus publics. Par contre, les Asclepiades étaient des initiés au culte du serpent d’Æsculape, comme les bacchantes désignaient celles du culte de Dyonisos ; ces deux rites furent finalement absorbés dans celui d’Éleusis. Nous reviendrons sur les mystères, dans les chapitres suivants.
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