ILLUSIONS ET IDÉAUX

Un à un, les idéaux et les illusions qui servent de phare à la vie naissent et s’évanouissent. Dans l’intervalle d’obscurité, pendant les heures de solitude totale entre la disparition d’un idéal et la gestation et la naissance d’un autre, l’âme devient patiente ou tombe dans la révolte, selon l’usage qu’elle fait des occasions et des expériences.

L’éclat qui entourait les héros ou les anges gardiens de notre enfance s’estompe avec les années, et on ne voit plus que l’homme bon ou brave. Ce sont les forces naturelles de la loi et de la vie.

Les hommes et les femmes que nous avons idéalisés et revêtus des vêtements des dieux – l’amour – deviennent des êtres humains ordinaires lorsque l’amour est remplacé par la satiété ou l’indifférence.

Les pays lointains longtemps associés dans notre esprit avec tout ce qui est noble et grand perdent souvent leur charme quand on les visite, et semblent de beaucoup inférieurs à notre pays natal. Les grands idéaux religieux sont ceux qui résistent le mieux à la mort et renaissent le plus facilement de leurs cendres. Le Dieu personnel, qui a tous les tendres attributs du père et de la mère, croît en grandeur et en puissance jusqu’à devenir l’Infini, et on perd alors un idéal de puissance et de beauté puisqu’on le définit comme dépassant la compréhension de la conscience.

La puissance et l’influence d’un Grand Sauveur ou d’un Grand Instructeur décline à mesure que la puissance d’un autre Sauveur augmente. À mesure que ce dernier acquiert du contrôle sur les forces universelles, il attire à lui l’adoration des masses. Puis son époque se termine, son étoile décline à son tour, et il est remplacé par l’étoile montante d’un nouveau Sauveur.

La leçon la plus importante à retenir des idéaux et des illusions qui passent est la non permanence de la matière (même celle qui a un taux vibratoire élevé) ainsi que l’impersonnalité et l’unité de l’Esprit Éternel. Il est également nécessaire d’avoir un modèle ou un patron pour toutes les formes de vie consciente.

Rien n’est à moi, rien n’est à toi : tout est à nous. Le renouveau des philosophies anciennes dans le monde occidental a fait connaître à de nombreux étudiants de la vie et de ses mystères des termes anciens personnifiant les lois naturelles, les forces, les niveaux atteints et les positions sociales. Ils s’en sont pénétrés. Tel est le cas des termes « Maître » ou « Gourou », attribués à ceux qui ont atteint la maîtrise des lois et des forces de la nature et qui appartiennent à la Loge Cosmique. L’usage de ces termes est devenu commun parmi ces étudiants, qui les utilisent souvent de façon telle que les chercheurs du XIXe siècle acquièrent des préjugés défavorables à l’égard de la philosophie comme de ses adeptes.

Jésus a dit – « N’appelez personne votre maître. » – et il avait raison. Quand vous entendez quelqu’un dire « mon maître », vous pouvez être assuré qu’il n’a que peu de connaissances sur le sujet ou qu’il est l’outil d’un manipulateur hypocrite. Aucun véritable Maître d’un aspect de la vie n’approuverait l’emploi de « mon » devant Maître, de la part de son chéla ou étudiant.

Bien que ce terme soit d’usage courant en Orient, il signifie seulement « mon professeur ». Le terme « gourou » a le même sens, à ceci près qu’il désigne un professeur d’un niveau moindre.

Pourquoi les Occidentaux refuseraient-ils d’utiliser leur propre langue ou des mots d’usage courant ? Pourquoi tiennent-ils à utiliser des termes dont ils ignorent totalement le sens véritable ?

Comme on l’a dit plus tôt, le terme « maîtrise » suppose que l’on a acquis du pouvoir sur les grandes forces de la nature. Un Maître est un être humain qui a acquis ces pouvoirs. Aucune âme individuelle ne peut le considérer comme « son » Maître sans perdre de sa dignité et de son individualité, parce qu’en essence, elle est une avec l’âme du Maître. Et lorsque quelqu’un prononce les mots « mon Maître » ou « mon Gourou » pour se mettre en valeur aux yeux d’un autre qui est supposé n’être pas digne d’avoir son propre maître, il accompagne habituellement ces mots d’une vague de vanité si forte que même les mortels risquent de la voir. Quelqu’un qui a atteint un stade de développement assez avancé pour recevoir un enseignement spécial ou personnel ne dira jamais qu’un membre de la Loge Suprême est son assistant. S’il doit mentionner un Maître en particulier, il dira « le Maître ». Mais il ne parlera jamais de ses affaires personnelles de cette façon, surtout pas aux non-initiés, car il aura appris dès la première leçon qu’il doit éliminer de son vocabulaire les mots « moi » et « mien ». Les Maîtres ou Initiés de la Grande loge ne constituent encore que des idéaux pour l’ensemble de l’humanité. Comme tous les idéaux, ils s’estompent plus ou moins pour chacun à mesure que leur âme se rapproche du degré que les Maîtres ont atteint et qu’elle acquiert la même maîtrise sur la vie et la mort. Cependant, il n’est pas sage de rabaisser ces idéaux en les utilisant à tout propos avant qu’ils aient rempli leur mission. Ce sont des modèles vivants sur lesquels un homme imparfait peut bâtir sa vie et former sa destinée.

Même des étudiants sérieux ont des idées fausses sur l’effet qu’un contact avec un Initié pourrait avoir sur eux. Le cœur humain cherche ardemment quelqu’un ou quelque chose de plus grand que lui pour l’aider à se dépasser. Ce désir est à la base de la croyance des étudiants selon laquelle il leur suffit pour se perfectionner de recevoir une transmission d’énergie d’un Initié. Pauvres enfants ! Pensez-vous encore que même un dieu peut vous fournir ce qui ne peut se manifester qu’au prix du travail et de la croissance ? La loi de la croissance est la loi première de l’univers, et personne ne peut la violer ni la changer.

HILARION - Thème 1 - Leçon 6
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