Hérésies chrétiennes primitives et sociétés secrètes – Partie 8

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre VII - Hérésies chrétiennes primitives et sociétés secrètes

Partie 1Partie 2Partie 3Partie 4Partie 5Partie 6Partie 7
Partie 8Partie 9Partie 10Partie 11Partie 12Partie 13Partie 14

« Ce furent les missionnaires en Chine et aux Indes, qui, les premiers lancèrent ce mensonge au sujet du Niepang ou Niepana (Nirvâna) », nous dit Wong-Chin-Eou. Qui niera l’exactitude de cette accusation après la lecture des ouvrages de l’Abbe Dubois, par exemple ? Un missionnaire qui passe quarante ans de sa vie en Inde et qui écrit, après cela, que les « Bouddhistes ne reconnaissent pas d’autre Dieu que le corps de l’homme, et qu’ils n’ont pas d’autre but que la satisfaction de leurs passions », profère un mensonge qui peut être prouvé sur le témoignage des lois des Talapoins du Siam et de Birmanie ; ces lois qui ont cours jusqu’à ce jour, condamnent à la mort par décapitation tout sahân, ou punghi (un savant ; du sanscrit pundit) aussi bien qu’un simple Talapoin, convaincu d’impudicité. Aucun étranger n’est admis dans leurs Kyums, ou Vihâras (monastères) ; néanmoins, certains écrivains français, par ailleurs loyaux et sans parti pris, qui en parlant de l’excessive sévérité de la règle à laquelle sont soumis les moines bouddhistes dans ces communautés, et sans aucune preuve à l’appui pour corroborer leur scepticisme, déclarent que « nonobstant les louanges que leur adresse [aux Talapoins] certains voyageurs, simplement en vertu des apparences, je ne crois pas le moins du monde à leur chasteté (809) ».

Heureusement pour les talapoins, les lamas, les sahâns, les upasampadâs (810c) et même les sâmenaïras (811c) Bouddhistes ils ont des preuves et des faits à leur actif, qui pèsent plus dans la balance que l’opinion personnelle d’un Français, né en pays catholique, que nous nous garderions bien de blâmer pour avoir perdu toute confiance dans la vertu du clergé. Lorsqu’un moine Bouddhiste est convaincu de rapports criminels (ce qui n’a probablement pas lieu une fois dans un siècle), il n’a pas à sa disposition une congrégation de fidèles au cœur tendre, auxquels il arrachera des larmes par la confession de son péché, ni un Jésus sur le sein accablé duquel se déversent toutes les impuretés de la race, comme dans une poubelle chrétienne ordinaire. Aucun pécheur Bouddhiste ne sera consolé par une vision du Vatican, dans l’enceinte duquel le noir devient blanc, les assassins deviennent des saints impeccables, et où le pénitent tardif peut acheter à prix d’or ou d’argent dans les confessionnaux, la remise des offenses plus ou moins grandes envers Dieu et l’homme.

Exception faite de quelques archéologues impartiaux, qui reconnaissent un élément Bouddhique dans le Gnosticisme et toutes ces sectes éphémères, nous n’avons connaissance que de rares auteurs, traitant du christianisme primitif qui aient accordé à cette question l’importance qu’elle mérite. N’avons-nous pas assez de faits pour suggérer au moins quelque intérêt à cet égard ? N’avons-nous pas appris, que déjà du temps de Platon, il y avait des « Brahmanes » – traduisez-le par missionnaires Bouddhistes, Samanéens, Samans ou Shamans – en Grèce, qui, à un moment donné avaient submergé le pays tout entier ? Pline ne nous fait-il pas voir comment ils s’établirent sur les bords de la Mer Morte, « depuis des milliers de siècles » ? Après avoir fait la part de l’exagération, il reste encore toute la marge de quelques siècles avant J.-C. Est-il donc possible que leur influence n’ait pas laissé de plus profondes traces dans toutes ces sectes, qu’on ne se l’imagine généralement ? Nous savons que la secte des Jaïns prétend que le Bouddhisme est un dérivé de leurs doctrines, et qu’il existait déjà avant Siddhârtha, mieux connu sous le nom de Gautama-Bouddha. Les Brahmanes hindous, auxquels les orientalistes européens nient le droit de connaître quoi que ce soit au sujet de leur propre pays, ou de comprendre leur propre langage et leurs archives mieux que tous ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans l’Inde, sur le même principe que les théologiens Chrétiens interdisent aux Juifs d’interpréter leurs propres Ecritures, les Brahmanes, disons-nous, possèdent des archives authentiques. Et celles-ci nous font voir que l’incarnation du premier Bouddha – la lumière divine – de la Vierge Avany, eut lieu plusieurs milliers d’années avant J.-C. dans l’île de Ceylan. Les Brahmanes rejettent l’idée qu’il était un des avatars de Vichnou, mais par contre, ils admettent l’apparition d’un réformateur du Brahmanisme à cette époque. La légende de la Vierge Avany et de son divin fils Sâkyamuni, est signalée dans un des livres sacrés des Bouddhistes cingalais – le Culla-Nid-desa ; et la chronologie Brahmanique fixe la date de la grande révolution Bouddhique, de la guerre religieuse, et de l’expansion subséquente des doctrines de Sâkya-muni au Tibet, en Chine, au Japon, et autres pays, à 4.620 ans avant J.-C. (812c).

Il est évident que Gautama-Bouddha, le fils du Roi de Kapilavastu, et le descendant du premier Sakya, par son père, qui appartenait à la caste des Kshatriyas ou guerriers, ne fut pas l’inventeur de sa philosophie. Philanthrope de sa nature, ses idées se développèrent et mûrirent à l’enseignement de Tir-thamkara, le célèbre gourou de la secte des Jaïns. Ceux-ci prétendent que le Bouddhisme actuel est une branche divergente de leur propre philosophie, et qu’eux-mêmes sont les seuls fidèles du premier Bouddha, auxquels on permit de demeurer dans l’Inde, après l’expulsion de tous les autres Bouddhistes, et cela probablement parce qu’ils firent un compromis en admettant quelques-unes des notions Brahmaniques. C’est pour le moins, assez curieux que trois religions dissidentes et antagonistes comme le Brahmanisme, le Bouddhisme et le Jaïnisme, soient aussi parfaitement d’accord dans leurs traditions et leur chronologie, au sujet du Bouddhisme, et que nos savants n’écoutent que leurs propres spéculations et leurs hypothèses injustifiées. Si la naissance de Gautama doit, avec raison, être placée à environ 600 avant J.-C., alors les Bouddhas antérieurs doivent aussi avoir une place dans la chronologie. Les Bouddhas ne sont pas des dieux, mais simplement des êtres adombrés par l’esprit de Bouddha – le rayon divin. Ou bien, est-ce parce qu’ils sont incapables de tourner la difficulté au moyen de leurs propres recherches seulement, que nos orientalistes préfèrent effacer et nier le tout, plutôt que d’accorder aux Hindous le droit de savoir quelque chose au sujet de leur religion et de leur histoire ? Voilà certes, une étrange manière de découvrir la vérité.

L’argument général mis en avant contre la prétention des Jaïns d’avoir été la source de la restauration de l’ancien Bouddhisme, que le dogme principal de celle-ci est en opposition avec celui des Jaïns, n’a aucune valeur. Les Bouddhistes, disent nos orientalistes, nient l’existence d’un Être suprême ; les Jaïns en admettent un, tout en protestant contre l’idée qu’Il « puisse jamais intervenir dans le gouvernement de l’univers. Nous avons démontré dans le chapitre précédent, que les Bouddhistes ne nient rien de la sorte. Mais si un savant désintéressé voulait étudier avec soin la littérature des Jaïns, dans les milliers de livres, conservés, ou plutôt, cachés dans le Rajpoutana, à Jaisalmer, à Pattan et dans d’autres lieux (813) ; et surtout s’il pouvait avoir accès aux plus anciens de leurs volumes sacrés, il reconnaîtrait l’identité parfaite de la pensée philosophique, sinon des rites populaires, entre les Jaïns et les Bouddhistes. L’Adi-Bouddha et l’Adinâtha (ou Adiswara) sont identiques quant à l’essence et le but. Or, si nous suivons en arrière la trace des Jaïns, avec leur prétention de posséder les temples-cavernes les plus anciens (magnifiques spécimens de l’architecture et de la sculpture indienne) et leurs annales d’une antiquité presque incroyable, nous ne pourrons refuser de les considérer ainsi qu’ils prétendent le faire eux-mêmes. Nous serons forcés d’admettre, que selon toute probabilité, ils sont les seuls véritables descendants des habitants primitifs de l’Inde, dépossédés par les hordes conquérantes et mystérieuses des Brahmanes à peau blanche, que nous voyons, à l’aurore de l’histoire, errer tout d’abord dans les vallées de la Jumna et du Gange. Les livres des Shravakas – les seuls descendants des Arhâts, ou Jaïns primitifs, les hermites nus de la forêt de l’antiquité, jetteraient probablement un flot de lumière sur plus d’une énigme embarrassante. Mais tant que nos savants européens, poursuivront leur propre politique, auront-ils jamais accès aux volumes qui seraient nécessaires ? Nous nous permettons d’en douter. Demandez à n’importe quel Hindou digne de foi, comment les missionnaires ont traité les manuscrits qui malheureusement leur sont tombés sous la main, et jugez alors, si l’on doit blâmer les indigènes d’essayer de sauver de la profanation les « dieux de leurs ancêtres ? »

Irenee et son école eurent une dure lutte à soutenir contre les Gnostiques afin de garder le terrain conquis. Tel fut aussi le sort d’Eusebe qui se vit fort embarrassé pour se défaire des Esséniens. Les usages et les coutumes de Jésus et ses apôtres ressemblaient par trop à ceux de cette secte pour que cela passât sans explication. Eusebe fit son possible pour qu’on crût que les Esséniens étaient les premiers Chrétiens. Ses efforts furent contrecarrés par Philon le Juif, qui écrivit une relation historique des Esséniens, les décrivant avec le plus grand soin, longtemps avant l’apparition du premier Chrétien en Palestine. Mais s’il n’y avait pas de Chrétiens, il y eut des Chrestiens longtemps avant l’ère chrétienne ; et les Esséniens faisaient partie de ceux-ci ainsi que de toutes les autres confréries d’initiés, sans même faire allusion aux Krishnaïtes de l’Inde. Lepsius dit que le mot Nofer signifie Chrestos, « bon » et qu’un des titres d’Osiris, « Onnofre » [Un-nufer] doit se traduire par « la bonté de Dieu manifestée (814) ». « Le culte du Christ n’était pas universellement répandu à cette époque primitive », dit Mackenzie, « et par cela j’entends qu’on n’avait pas encore la Christolâtrie ; mais le culte de Chrestos – le Principe du Bien – l’avait précédé depuis plusieurs siècles, et survécut même à l’adoption générale du Christianisme, ainsi qu’on le constate par les monuments qui existent encore aujourd’hui… De plus, nous trouvons une inscription pré-chrétienne sur la tablette d’une épitaphe (Spon. Misc. Erud., Ant., X.-XVIII, 2) Υαχινθε Λαρισαιων Δημοσιε Ηρως Χρηστε Χαιρε, et, de Rossi (Roma Solteranea, tome 1, tav. XXI) nous en fournit un autre exemple pris dans les catacombes – « Ælia Chreste, in Pace » (815c). Jacolliot de son côté nous fait voir que Kris en sanscrit signifie « sacré » (816c).

Les stratagèmes méritoires du digne Eusebe (817c) ne servirent donc à rien. Ses artifices furent triomphalement déjoués par Basnage (818c), lequel ainsi que nous le dit Gibbon, « examina avec une exactitude critique le curieux traité de Philon le Juif (819c), décrivant les Thérapeutes », et il découvrit que « en prouvant qu’il avait été écrit déjà du temps d’Auguste(), il en déduit, malgré les assertions d’Eusebe et d’une foule de catholiques modernes, que les Thérapeutes n’étaient ni des chrétiens ni des moines » (820c).

Lire la suite … partie 9
image_pdfEnregistrerimage_printImprimer