Hérésies chrétiennes primitives et sociétés secrètes – Partie 3

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre VII - Hérésies chrétiennes primitives et sociétés secrètes

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Pour comprendre la signification primitive et véritable du terme IAΩ, et la raison pourquoi il est devenu la désignation pour la plus mystérieuse de toutes les divinités, il nous faut rechercher son origine dans la phraséologie figurative des peuples primitifs.

Il faut d’abord que nous ayons recours aux plus anciennes sources pour élucider la question. Dans un des Livres d’Hermès, par exemple, nous voyons qu’il est dit que le nombre DIX est la mère de l’âme et que la Vie et la Lumière s’y trouvent réunies. Car « le nombre 1 (Un) est né de l’esprit, et le nombre 10 (dix) de la matière (755) ; » « l’unité fait le DIX, et le DIX l’unité » (756c).

La Gématria cabalistique – méthode pour extraire le sens caché des lettres, des mots et des phrases – appartient à l’arithmétique. Elle consiste à appliquer aux lettres d’un mot, la signification qu’elles ont en nombres, sous leur forme extérieure aussi bien que leur signification individuelle. De plus, au moyen de la Themura (une autre méthode en usage chez les cabalistes), on peut faire que n’importe quel mot dévoile son mystère, au moyen de son anagramme. Nous voyons, par exemple, que l’auteur du Sepher-Jézirah nous dit un ou deux siècles avant notre ère (757) : « UN, l’esprit de l’Alahim des vies (758). » Et voici encore que dans les plus anciens diagrammes cabalistiques, les Dix Séphiroth sont représentés comme des roues ou des cercles, et Adam Kadmon, l’homme primitif, comme un pilier dressé. « Roues et Séraphins et les créatures saintes » (haygôth) dit Rabbi Akiba (759c). Dans un des autres systèmes de la même branche de la Cabale symbolique, appelé Albath, qui dispose les lettres de l’alphabet par paires en trois rangs, tous les couples du premier rang ont la valeur numérique de dix ; et dans le système de Siméon Ben-Shetah (760c) la paire supérieure, la plus sacrée de toutes, est précédée du nombre pythagoricien, un et zéro, 10.

Une fois que nous aurons reconnu le fait que, chez tous les peuples de la haute antiquité, la conception la plus naturelle de la Cause Primordiale se manifestant dans ses créatures (qui ne pouvaient faire autrement que de lui attribuer la création tout entière), était celle d’une divinité androgyne ; que le principe mâle étant considéré comme l’esprit vivifiant invisible, le principe féminin, étant la mère nature ; nous arriverons alors à comprendre comment cette cause mystérieuse en vint à être représentée (probablement dans l’écriture peinte) comme la combinaison de l’Alpha et de l’Oméga des nombres, puis d’un nombre décimal, et enfin par IAO, le nombre trilatéral, qui contenait, en lui-même, une profonde allégorie.

Dans ce cas IAO, étymologiquement parlant, signifierait le « Souffle de Vie », généré ou jaillissant entre un principe naturel mâle dressé et un principe féminin ovoïde ; car, as, en sanscrit, signifie « être », « vivre ou exister » ; sa signification originelle étant celle de « respirer ». Max Muller nous dit que « c’est à la suite de cette acception originale de respirer, que les Hindous ont formé les mots « asu » le souffle, et « assura », le nom de Dieu, soit pour signifier celui qui respire ou celui qui donne le souffle (761) » ; c’était certainement cette dernière. « Ah » et « Iah » en hébreu veulent dire, la vie. Cornelius Agrippa, dans son traité sur la Prééminence des Femmes, montre que « le mot Eve suggère une comparaison avec les symboles mystiques des cabalistes, le nom de la femme ayant une affinité avec le Tétragrammaton ineffable, le nom le plus sacré de la divinité » (762c). Les noms anciens étaient toujours conformes aux choses qu’ils représentaient. L’insinuation jusqu’ici inexpliquée des cabalistes, au sujet de l’efficacité de la lettre H, « qu’Abram retira du nom de sa femme Sarah » pour la mettre au milieu de son nom à lui devient parfaitement claire, en ce qui concerne le nom mystérieux de la Divinité en question.

On pourrait arguer, comme objection, qu’on n’a pas encore fixé à quelle période de l’antiquité apparaît pour la première fois le zéro dans les inscriptions et les manuscrits hindous. Quoi qu’il en soit, ce cas présente des preuves par induction d’un trop grand poids, pour ne pas entraîner avec lui une sérieuse probabilité. Suivant Max Muller, « les deux mots « chiffre » et « zéro », qui, en réalité ne font qu’un, … suffisent pour prouver que nos chiffres ont été empruntés aux Arabes (763). Chiffre est le « cifron » des Arabes ; sa signification est le vide ; suivant lui, ce serait une traduction du nom sanscrit de zéro « sûnya ». Les Arabes prirent leurs chiffres en Hindoustan et n’en revendiquèrent jamais la découverte (764). Quant aux Pythagoriciens, nous n’avons qu’à parcourir les anciens manuscrits de la Géométrie de Boethius, qui datent du VIème siècle, pour trouver dans les nombres (765) de Pythagore, le I et le zéro comme le premier et le dernier chiffre. Et Porphyre qui cite le Moderatus Pythagoricien (766) dit que les « nombres de Pythagore étaient des « symboles hiéroglyphiques » au moyen desquels il expliquait les idées concernant la nature des choses ».

Or, si les plus anciens manuscrits hindous, ne laissent jusqu’ici apercevoir aucune trace d’une notation décimale, Max Muller dit formellement que jusqu’à présent, il n’y a trouvé que neuf lettres (les initiales des nombres sanscrits), d’autre part nous avons des faits tout aussi anciens pour nous fournir la preuve demandée. Nous voulons parler des sculptures et de l’imagerie sacrée dans les anciens temples de l’Orient. Pythagore tira ses connaissances de l’Inde ; et nous voyons que Max Muller corrobore cette affirmation, du moins jusqu’à reconnaître que les Néo-Pythagoriciens furent les premiers instructeurs de « chiffrage » parmi les Grecs et les Romains ; « qu’à Alexandrie ou en Syrie, ils firent connaissance avec les chiffres hindous, et ils les adaptèrent à « l’abacus » pythagoricien » (nos propres chiffres). Cette prudente reconnaissance implique que Pythagore lui-même ne connaissait que neuf chiffres. De sorte qu’on pourrait raisonnablement répondre, que bien que nous n’ayons aucune preuve certaine que Pythagore qui vécut à la fin de l’époque archaïque (767), connût la notation décimale nous possédons des preuves suffisantes pour montrer que les nombres pleins, donnés par Boethius, étaient connus des Pythagoriciens même avant la construction d’Alexandrie (768). Nous en avons la preuve dans Aristote qui dit que : « certains philosophes prétendent que les idées et les nombres sont de même nature, et se montent à DIX en tout (769). » Nous croyons que ceci suffira pour démontrer que la notation décimale était connue au moins quatre siècles avant J.-C., car Aristote ne paraît pas traiter la question comme une innovation des « Néo-Pythagoriciens ».

En outre, ainsi que nous l’avons déjà dit, la représentation des divinités archaïques sur les murs des temples sont par elles-mêmes suffisamment suggestives. Ainsi, par exemple, Vichnou est représenté dans le Kûrmâvatâra (son second avatar) comme une tortue soutenant un pilier circulaire sur lequel se tient un double de lui-même (Mâyâ, ou illusion) avec tous ses attributs. Tandis qu’une main tient une fleur, une autre une massue, la troisième un coquillage, la quatrième, généralement la supérieure droite, tient sur son index relevé en forme du chiffre 1, le chakra, ou disque, qui ressemble à un anneau, ou une roue, et qui pourrait aussi bien être un zéro. Dans son premier avatar, le Matsyavâtara, émergeant de la bouche du poisson, on le représente dans la même position (770). Le Durgâ aux dix bras du Bengale ; le géant Ravana aux dix têtes ; Parvati – sous la forme de Durgâ, Indra et Indrâni sont dépeints avec cet attribut, qui est une représentation parfaite du mât de cocagne (771).

Les temples les plus sacrés chez les Hindous sont ceux de Jaggernath. Cette divinité est adorée également par toutes les sectes de l’Inde, et Jagan-nôtha est appelé « Le Seigneur du Monde ». C’est le dieu des mystères, et ses temples, qui sont fort nombreux dans le Bengale, ont une forme pyramidale.

Aucune autre Divinité ne présente une aussi grande variété d’étymologies que Yaho ; aucun autre nom n’a fourni des prononciations aussi variées. Ce n’est qu’en l’associant aux points Masorétiques que les Rabbins des époques postérieures réussirent à transformer Jéhovah en « Adonaï », ou Seigneur. Philo Byblius l’écrit en lettres grecques ΙΕΥΩ-ΙΕVO. Theodoret dit que les Samaritains le prononçaient Iabé (Yahya) et les Juifs Yaho. Diodore dit que « les Juifs racontent que Moise appelait le Dieu Iao« , ce qui le ferait prononcer I-ah-O comme nous l’avons montré. Par conséquent, c’est sur l’autorité de la Bible elle-même, que nous affirmons qu’avant son initiation par Jethro, son beau-père, Moise n’avait pas connaissance du nom de Yaho. La future Divinité des Enfants d’Israël parle dans le buisson ardent en donnant son nom comme « Je suis celui qui suis » et il spécifie soigneusement qu’Il est « le Seigneur-Dieu des Hébreux » (Exode III, 18), non pas celui des autres nations. En le jugeant d’après ses actes, relatés dans l’histoire des Juifs, nous doutons fort, si le Christ en personne était apparu au temps de l’Exode, qu’il eût été bien accueilli par l’irascible Divinité du Sinaï. Toutefois « le Seigneur-Dieu, qui suivant Sa propre confession, ne devient Jéhovah que dans le chapitre 6, verset 3, de l’Exode, voit sa véracité mise à l’épreuve au livre de la Genèse XXII, 9, 14, où dans ce passage révélé, Abraham() élève un autel à Jéhovah-jireh (772c).

Il semblerait, par conséquent, tout naturel de faire une différence entre le Dieu des Mystères Ιαω, adopté depuis la plus haute antiquité, par tous ceux qui participaient à la connaissance ésotérique des prêtres, et ses contreparties phonétiques, traitées avec si peu de révérence par les Ophites et les autres Gnostiques. S’étant, une fois, chargés, comme l’Azazel du désert, des péchés et des iniquités de la nation juive, il est dur pour les Chrétiens d’avoir à reconnaître maintenant que ceux qu’ils croyaient dignes d’être le « peuple élu » de Dieu – leurs uniques prédécesseurs en monothéisme – étaient jusqu’à une époque fort rapprochée, aussi idolâtres et polythéistes que leurs voisins. Les Talmudistes plus avisés ont, pendant de longs siècles échappé à l’accusation en se retranchant derrière l’invention Masorétique. Mais, comme en toute autre chose, la vérité finit par se faire jour. Nous savons maintenant que Ihoh הוהי doit se lire Yahoh et Yah, et non pas Jéhovah. Le Iah des hébreux est tout simplement le Iacchos (Bacchus) des Mystères ; le Dieu « duquel on attendait la libération des âmes – Dionysios, Iacchos, Jahoh, Iah (773c) ». Aristote [avait donc raison en disant que :  » הוהי était Oromazd et Ahriman-Pluton, car le Dieu du Ciel, Ahura-Mazda monte un chariot que suit le Cheval du Soleil (774c). »

Et Dunlap cite le Psaume LXVIII, 4, qui dit :

Chantez à Dieu, célébrez son nom Iach ( ),
Frayez le chemin à celui qui chevauche les cieux, comme sur un cheval.

puis il prouve que « les Arabes représentaient Iauk (Iach) par un cheval. Le Cheval du Soleil (Dionysios) ». Iah est un adoucissement de Iach, explique-t-il. ח ch et ה h sont interchangeables ; de même le s s’adoucit en h. Les hébreux exprimaient l’idée de la VIE, aussi bien par ch que par h ; ainsi chiach, être, hitzh, être ; Iach, le Dieu de la Vie, Iah, « Je suis » (775c). Nous pouvons donc répéter ces quelques lignes d’Ausone :

« Ogugia m’appelle Bacchus ; l’Egypte pense que je suis Osiris ;
Les Musiens me nomment Phanax ; les Indiens disent que je suis Dionysios ;
Les mystères romains m’appellent Liber ; la race des Arabes me nomme Adonis !
Les Lucaniens, le Dieu Universel (776). »

Et, ajouterons-nous, le peuple élu, Adoni et Jéhovah.

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