GÉNIE CONTRE FOLIE

On accepte généralement que le génie soit lié à la folie d’une manière mystérieuse, bien que les degrés intermédiaires qui les séparent – selon la manière dont on comprend ces termes – ainsi que leur ligne de démarcation puissent être différemment interprétés. Si la loi de l’équilibre est appliquée à tout problème qui se présente à l’esprit, comme on peut le faire ici, il est possible de trouver au moins une certaine partie de la solution.

La loi naturelle fixe une limite au degré d’évolution que peut atteindre un homme durant un cycle de vie déterminé ; et si cette limite est dépassée par un centre du mental ou du corps, le juste équilibre entre les parties constituantes est perturbé et le centre surdéveloppé devient alors anormal. Un certain degré de folie découle d’une situation semblable, et ce degré est déterminé par la mesure de la perte subie par les autres parties constituantes du mental ou du corps, selon le cas. Aucune forme de matière constituée de plusieurs éléments ou aucune créature appartenant à un rayon particulier ou à une âme de groupe particulière ne peut aller au-delà du point de développement établi par la loi évolutive pour une période de temps définie (en ce qui concerne la matière ou le mental de toutes les créatures constituant cette âme de groupe), sans y perdre à la fin.

La durée de cette période de temps est déterminée par la force et le pouvoir de l’aspiration qui ont donné l’impulsion première vers l’atteinte d’un but spécifique. Par exemple, pendant la période établie par la loi naturelle pour le perfectionnement de l’espèce à laquelle elle appartient, l’âme élémentale qui habite l’arbre d’une certaine espèce ne peut changer la forme et les caractéristiques de cet arbre, ou encore forcer son évolution dans un autre règne de la nature sans contrevenir à la loi d’évolution.

Si elle pouvait le faire, l’arbre, d’abord naturel, deviendrait une monstruosité, c’est-à-dire ni un arbre ni aucun autre objet naturel. Pourtant, si l’élémental était animé d’un idéal supérieur et que sa propre évolution était en rapport avec celle de l’arbre, au commencement d’un autre cycle d’évolution, lorsqu’une nouvelle impulsion vibratoire aurait été donnée à l’ensemble du groupe auquel appartiennent à la fois l’arbre et l’élémental en question, les forces plus puissantes libérées tendraient toutes vers l’accomplissement du changement désiré d’une manière naturelle et, par conséquent, plus satisfaisante. Il se produirait alors une élévation, plutôt qu’une chute sur l’échelle de la vie.

Les mêmes lois opèrent dans le cas d’un génie – le résultat d’un centre du cerveau surdéveloppé. Durant un certain cycle d’incarnation, l’âme de cette personne a dû développer un désir ou une ambition démesurés dans quelque direction. Ce développement a produit un déséquilibre de tous les centres du cerveau de son véhicule et, lors de l’incarnation suivante, étant donné qu’un centre s’est développé de manière non naturelle, tous les autres centres ont vu leur activité diminuer. On devrait se rappeler que les skandhas – les effets de l’action – ne disparaissent pas avec la mort du corps. Ils attendent l’âme lorsqu’elle revient du dévachan et ils s’identifient avec la nouvelle personnalité. Ici comme ailleurs, on peut voir la nécessité de cultiver la sagesse et la connaissance, et ainsi dominer le principe du désir ; en d’autres mots, cultiver le pouvoir de se conformer à la Volonté divine, telle qu’elle s’exprime dans la loi évolutive.

Le commandement « Tu ne voleras point » s’adresse en premier lieu à l’âme humaine, parce que l’âme peut commettre un vol en incitant un centre du cerveau à une activité supranormale au détriment d’un autre ; et ici peut être trouvée la solution du mystère qui se cache derrière le châtiment jugé trop sévère, pouvant aller jusqu’à la mort, qu’autrefois on faisait subir aux voleurs. L’âme qui persisterait à dérober le pouvoir inhérent aux nombreux centres du cerveau – pouvoir nécessaire à leur développement – au profit d’un seul centre se dirigerait vers une annihilation finale du corps parce que, en dernière analyse, la mort est la dissociation des atomes, des organes ou des états de conscience.

La folie est le pôle négatif de la santé mentale. Elle est due en premier lieu au manque ou à la perte d’équilibre. Par conséquent, le déséquilibre d’un centre du cerveau occasionné par un accroissement non naturel de force – au moment où celle-ci n’est disponible qu’en quantité suffisante pour le développement de l’ensemble des autres centres du cerveau – provoquera, dans une certaine mesure, un désastre sur l’ensemble de l’entité.

HILARION - Temple 2 - Leçon 165
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