Entretien secret sur la montagne traitant de la renaissance et de la promesse de silence

  1. Tat : dans ton discours général, Père, tu t’es exprimé comme par énigmes et de façon voilée en parlant de la nature divine. Tu ne m’en as rien révélé, disant que personne ne peut être sauvé s’il n’est re-né.
  2. Mais après les paroles que tu as prononcées en descendant de la montagne, alors qu’en te suppliant je t’interrogeais sur l’enseignement de la renaissance afin que je l’apprenne (car c’est le seul point de l’enseignement que j’ignore), tu m’as promis de me le transmettre dès que je serai détaché du monde.
  3. Maintenant je l’ai fait et me suis intérieurement fortifié contre l’illusion du monde. Dès lors daigne donc compléter ce qui me manque, comme tu me l’as promis, et m’instruire sur la renaissance, soit en paroles, soit comme mystère. Car je ne sais, ô Trismégiste, ni de quelle matrice ni de quelle semence naît l’homme véritable.
  4. Hermès : De la Sagesse qui pense dans le silence, et de la semence qui est l’Unique Bien, mon fils.
  5. Tat : Qui la sème donc, Père ? Car cela m’est totalement incompréhensible.
  6. Hermès : La Volonté de Dieu, mon fils.
  7. Tat : Et quelle est la nature de celui qui vient à naître, Père ? Car il n’aura part ni à mon être terrestre ni à mon penser cérébral.
  8. Hermès : Il renaîtra tout autre. Il sera dieu, un fils de Dieu, tout en tout, et doté de l’ensemble des pouvoirs.
  9. Tat : Tu me parles par énigmes, Père, et non comme un père à son fils.
  10. Hermès : De telles choses ne s’enseignent pas, mon fils. Mais si Dieu le veut, Il t’en fera lui-même ressouvenir.
  11. Tat : Ce que tu me dis, Père, dépasse ma compréhension et me fait violence. C’est pourquoi je n’ai sur ce sujet que cette juste réponse : « Je suis un fils étranger à la race de son père ! » Cesse de me repousser, Père, car je suis ton fils légitime ; explique-moi en détail de quelle manière s’opère la renaissance.
  12. Hermès : Que te dirai-je, mon fils ? Seulement ceci : Quand je perçus en moi-même une vision indéfinie suscitée par la miséricorde de Dieu, je sortis de moi-même pour me fondre en un corps immortel. Ainsi je ne suis plus celui que je fus un jour, mais j’ai été façonné par l’Ame-Esprit. Or cela ne s’enseigne, ni ne se perçoit avec l’élément matériel permettant à l’homme de voir ici-bas. Voilà pourquoi je ne me soucie plus maintenant de la forme composée qui fut un jour la mienne. Je n’ai plus ni couleur, ni sens, ni mesure : tout ceci m’est étranger.
  13. Tu me vois à présent avec tes yeux, mon fils, mais ce que je suis, tu ne saurais le comprendre en me regardant et voyant avec les yeux du corps. En fait, avec ces yeux-là tu ne vois pas, mon fils !
  14. Tat : Tu m’as mis dans une grande confusion et rendu très perplexe, Père, car à présent je ne me vois même plus moi-même !
  15. Hermès : Dieu t’accorde, mon fils, de sortir aussi de toi-même, comme ceux qui rêvent en dormant mais, dans ton cas, sans dormir.
  16. Tat : Dis-moi encore ceci : qui est celui qui opère la renaissance ?
  17. Hermès : Le Fils de Dieu, l’Homme unique, selon la Volonté de Dieu.
  18. Tat : Maintenant, Père, tu me laisses vraiment muet, car à présent je ne comprends plus rien : en effet, je te vois toujours avec la même forme corporelle, avec la même apparence extérieure.
  19. Hermès : Tu fais une erreur là aussi, car la forme mortelle change de jour en jour. Irréelle comme elle est, elle change au cours du temps, augmentant ou diminuant.
  20. Tat : Mais qu’est-ce qui est vrai et réel, Trismégiste ?
  21. Hermès : Ce qui n’est pas souillé, mon fils, ce qui est illimité, sans couleur, immuable, nu, sans forme, rayonnant, qui seul sonde soi-même, le Bien inaltérable, l’Incorporel.
  22. Tat : Cela dépasse mon entendement, Père. Je pensais que tu m’avais rendu sage. Mais toutes ces notions bloquent ma compréhension.
  23. Hermès : Il en est ainsi, mon fils, de ce qui se dirige vers le haut comme le feu, ou vers le bas comme la terre, ou s’écoule comme l’eau, ou souffle à travers l’Univers entier comme l’air. Mais comment saurais-tu percevoir par les sens ce qui n’est ni ferme, ni fluide, qui ne peut être ni rassemblé ni saisi, et se conçoit seulement par son pouvoir et par sa force active, chose qui n’est possible qu’à celui qui a une vue profonde de la naissance de Dieu ?
  24. Tat : N’en suis-je donc pas capable, Père ?
  25. Hermès : Je ne veux pas dire cela, mon fils. Mais rentre en toi-même et cela viendra. Désire-le et cela arrivera. Ramène au silence les activités sensorielles du corps, et la naissance du Divin se réalisera. Purifie-toi des châtiments irraisonnés de la matière.
  26. Tat : Ai-je en moi des tortionnaires, Père ?
  27. Hermès : Et ils sont en grand nombre, mon fils, un nombre hallucinant !
  28. Tat : Je ne les connais pas, Père.
  29. Hermès : Cette ignorance elle-même est le premier châtiment, mon fils, le deuxième est le chagrin et la souffrance, le troisième, le manque de mesure, le quatrième, la convoitise, le cinquième, l’injustice, le sixième, l’avarice, le septième, la fausseté, le huitième, la jalousie, le neuvième la ruse, le dixième la colère, le onzième, l’irréflexion, le douzième la méchanceté. Ces châtiments sont au nombre de douze, à la suite desquels s’en trouvent beaucoup d’autres qui, dans la prison du corps, contraignent l’homme, en raison de sa nature, à souffrir de l’activité des sens. Lorsque Dieu a pitié de quelqu’un, ces châtiments diminuent cependant, encore que ce ne soit pas complètement. Et c’est cela qui explique la nature et le sens de la renaissance !
  30. Fais maintenant silence, mon fils, écoute avec respect et reconnaissance. La miséricorde divine ne tardera pas à devenir notre partage.
  31. Réjouis-toi, mon fils, maintenant les Forces de Dieu te purifient pleinement pour la liaison avec les éléments de la Parole. La Connaissance de Dieu nous parvient et par elle l’ignorance est repoussée. La Gnose de la joie nous parvient et par elle la souffrance fuit. La Force que j’évoque après la Joie est l’Humilité. Ô Force merveilleuse ! Recevons-la dans l’allégresse, mon fils : vois comme en venant elle chasse le manque de mesure ! En quatrième lieu, je nomme la Maîtrise de soi, la Force qui s’oppose à la convoitise. Et cette étape, mon fils, est le soutien de l’honnêteté : car vois comme sans tarder elle repousse l’injustice. Ainsi nous devenons justes maintenant que l’injustice a disparu. La sixième Force que j’appelle sur nous est celle qui lutte contre l’avarice, à savoir la Bonté, qui se transmet aux autres. Et lorsque la fausseté a disparu, j’évoque encore la Vérité : car la jalousie s’écarte alors de nous et le Bien, accompagné de la Vie et de la Lumière, suit la Vérité ; et aucun châtiment de l’obscurité ne nous affecte plus ; repoussés, en effet, ils fuient à la hâte.
  32. À présent, mon fils, tu connais la façon dont s’opère la Renaissance : la venue des dix aspects accomplit la naissance spirituelle et dissipe les douze aspects ; ainsi sommes-nous divinisés par le processus de cette naissance.
  33. Tat : À présent que, selon les dispositions divines, j’en suis venu à la contemplation, ces choses ne me deviennent pas visibles par la vision ordinaire, mais grâce au pouvoir des forces reçues. Je suis dans le ciel, sur la terre, dans l’eau, dans l’air. Je suis dans les animaux et dans les plantes. Avant, pendant et après le stade prénatal, oui, partout ! Mais dis-moi encore ceci : comment les dix Forces repoussent-elles les châtiments de l’obscurité, qui sont au nombre de douze ? De quelle manière cela se passe-t-il, Trismégiste ?
  34. Hermès : Cette tente que nous avons quittée, est constituée par le Cercle du Zodiaque, qui à son tour comprend douze éléments : c’est une seule nature mais multiforme selon la représentation que s’en fait la pensée trompeuse de l’homme.
  35. Parmi ces châtiments, il y en a, mon fils, qui se manifestent ensemble. Ainsi la précipitation et l’irréflexion sont inséparables de la colère. On ne peut même pas les distinguer. Il est donc compréhensible et logique qu’ils disparaissent ensemble quand ils sont chassés par les dix Forces. Car ce sont ces dix Forces, mon fils, qui donnent naissance à l’Âme. La Vie et la Lumière sont unies. Ainsi, de l’Esprit, naît le Nombre de l’Unité. Or, selon la raison, l’Unité contient la Décade, et la Décade, l’Unité.
  36. Tat : Père, je vois dans l’Ame-Esprit l’Univers entier et moi-même !
  37. Hermès : C’est cela la renaissance, mon fils, on ne peut s’en faire aucune représentation tridimensionnelle. Tu connais et ressens cela maintenant grâce à l’Entretien sur la renaissance que j’ai écrit à ton seul profit, en sorte d’en faire part, non à la foule, mais uniquement à ceux que Dieu a choisis.
  38. Tat : Dis-moi, Père, ce nouveau corps composé des dix Forces se désagrège-t-il jamais ?
  39. Hermès : Tais-toi, ne dis pas des choses impossibles, car ainsi tu pêcherais et troublerais l’œil de l’Ame-Esprit. Le corps physique doté de sens est très éloigné de celui de la naissance divine fondamentale. Le premier se désagrège, le second est incorruptible ; le premier est mortel, le second est immortel. Ne sais-tu pas que tu es devenu un dieu, un fils de l’Unique, comme moi ?
  40. Tat : Père, j’aimerais entendre le Chant de louange que, d’après ce que tu m’as rapporté, tu entendis les Puissances chanter lorsque tu atteignis l’ogdoade (Ogdoade signifie huitième ; c’est la phase de la rentrée en Dieu, l’Être-Esprit absolu).
  41. Hermès : conformément à ce que dévoila Pymandre dans l’Ogdoade, j’agrée ta hâte d’abattre cette tente, car à présent tu es pur. Pymandre, l’Esprit, ne m’a rien révélé de plus que ce que j’ai écrit, sachant bien que je suis en état de tout comprendre ; d’entendre et de voir tout ce que je désire ; et il m’a ordonné de faire tout ce qui est bien. C’est pourquoi les Forces qui sont en moi chantent en tout.
  42. Tat : Père, moi aussi j’aimerais entendre et connaître tout cela.
  43. Hermès : Alors soit silencieux, mon fils, et entends ce Chant de louange si à propos, l’Hymne de la Renaissance – Ce n’était pas mon intention de le faire ainsi connaître sans plus, excepté à toi qui es parvenu au terme de cette initiation. Ce Chant de louange ne s’enseigne pas, il reste caché dans le silence. Place-toi donc dans un lieu à ciel ouvert, tourne ton regard vers le vent du sud, après le coucher du soleil, et là, adore ; fais de même au lever du soleil mais tourné vers l’orient. Et Maintenant, silence, mon fils.
  44. LE CHANT DE LOUANGE SECRET : LA FORMULE SACRÉE. « Que toute nature du cosmos écoute ce Chant de louange ! Ouvre-toi, ô terre ! Que les eaux du ciel ouvrent leurs sources à l’écoute de ma voix ! Restez immobiles, vous les arbres ! Car je veux chanter et louer le Seigneur de la Création, le Tout l’Unique ! Ouvrez-vous, cieux ! Vents, apaisez-vous ! Afin que l’immortel Cycle de Dieu puisse recevoir ma parole. Car je vais chanter la Louange de Celui qui a créé l’Univers entier ; Qui a indiqué sa place à la terre et suspendu le firmament ; Qui a ordonné à l’eau douce de sortir de l’océan et de se répandre sur la terre habitée et inhabitée, au service de l’existence et pour la survie des hommes ; Qui a ordonné au feu de briller pour tout usage que voudraient en faire les dieux et les hommes. Rassemblons-nous pour chanter les louanges de Celui qui est élevé au-dessus de tous les cieux, le Créateur de la nature entière. Il est l’œil de l’Esprit : qu’à Lui soit la louange de toutes les Forces.
  45. Ô vous, Forces qui êtes en moi : chantez la louange de l’Unique et du Tout ; chantez selon ma volonté, ô vous Forces qui êtes en moi. Gnose, ô sainte Connaissance de Dieu, par Toi illuminé, il m’est donné de chanter la Lumière du savoir et de me réjouir dans la joie de l’Ame-Esprit. Ô vous, toutes les Forces, chantez avec moi ce Chant de louange ! Et toi, ô Humilité, et toi, justice en moi, chantez pour moi ce qui est juste. Ô amour du Tout en moi, chante en moi le Tout. Ô vérité, loue la Vérité. Ô bonté, loue-le Bien.
  46. De Toi, ô Vie et Lumière, vient le Chant de Louange, et vers Toi il retourne. Je Te remercie, Père, qui manifeste les Puissances. Je Te remercie, Père, Toi qui pousses à l’action tout ce qui est potentiel. Ta Parole chante pour moi Ta Louange. Reçois par moi le Tout, en tant que Parole, en tant qu’offrande de la Parole.
  47. Entends ce que proclament les Forces qui sont en moi : elles célèbrent le Tout, elles accomplissent Ta Volonté. Ta Volonté émane de Toi et Tout retourne à Toi. Reçois de tous l’offrande de la Parole !
  48. Sauve le Tout qui est en nous. Illumine-nous, ô Vie, Lumière, Souffle, Dieu ! Car l’Ame-Esprit est le gardien de Ta Parole !
  49. Ô Porteur de l’Esprit, ô Démiurge, Tu es Dieu ! L’homme qui T’appartient le proclame par le feu, par l’air, par la terre, par l’eau, par l’Esprit, par Tes créatures. J’ai reçu de Toi ce Chant de louange de l’Éternité comme j’ai trouvé, par Ta Volonté, le repos que je cherchais. »
  50. Tat : J’ai vu comment, par ta volonté, ce Chant de louange doit s’exprimer, Père, Et maintenant je l’exprime également dans le monde qui est le mien.
  51. Hermès : Dis, mon fils, dans le monde essentiel, c’est-à-dire le monde divin.
  52. Tat : Oui, dans le monde essentiel, Père, j’ai ce pouvoir. Par ton Chant de louange et l’expression de ta gratitude, l’illumination de mon Ame-Esprit est devenue parfaite. Maintenant je veux moi aussi rendre grâce à Dieu du plus profond de mon être.
  53. Hermès : En cela ne soit pas imprudent, mon fils.
  54. Tat : Entends, Père, ce que je dis dans l’Ame-Esprit : « À Toi, ô premier artisan de la Renaissance, à Toi, mon Dieu, je fais, moi Tat, l’Offrande de la Parole. Ô Dieu, Toi Père, Toi Seigneur, Toi Esprit : accepte de moi l’offrande que tu désires de moi. Car tout (le processus entier de la Renaissance) s’accomplit conformément à Ta Volonté. »
  55. Hermès : Mon fils, tu offres ainsi à Dieu, le père de toutes choses, une offrande qui lui est agréable. Mais ajoute ceci encore : par la Parole !
  56. Tat : Je te remercie, Père, des conseils que tu m’as donnés.
  57. Hermès : Je me réjouis, mon fils, de ce que tu aies gagné les bons fruits de la Vérité, une récolte immortelle assurément ! Promets-moi, maintenant que tu as appris cela de moi, d’observer le silence concernant ce merveilleux pouvoir et de ne transmettre à personne la manière dont s’accomplit la renaissance, afin que nous ne soyons pas comptés parmi ceux qui profanent l’Enseignement. Qu’il soit suffisant que nous l’ayons tous deux faits nôtre : moi en parlant, toi en écoutant. Dans la Lumière de l’Esprit tu te connais maintenant toi-même ; toi-même et notre Père à tous deux.
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