DIVISIONS PARMI LES PREMIERS CHRETIENS – Partie 5

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre III – DIVISIONS PARMI LES PREMIERS CHRETIENS

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Suivant l’opinion de Munk, le terme « Galiléen » serait presque synonyme de « Nazaréen » ; il prouve, de plus, que les relations de ceux-là avec les Gentils étaient très intimes. Le peuple avait sans doute peu à peu adopté, dans ses relations très suivies, certains rites et modes du culte des païens, et il attribue à cette même cause le dédain avec lequel les juifs orthodoxes considéraient les Galiléens. Leurs relations amicales les portèrent, à une date ultérieure, à adopter les « Adonia », ou rites sacrés pratiqués lors des lamentations sur le corps mutilé d’Adonis, ainsi que nous le constatons par les plaintes de saint Jerome. C’est ainsi qu’il dit : « Le bois de Thammuz, c’est-à-dire d’Adonis, jetait son ombre sur Bethléem ! Et dans la grotte où pleura jadis l’enfant Jésus, on lamente la perte de l’amant de Vénus (289) ».

Ce fut à la suite de la rébellion de Bar-Kochba, que l’Empereur Romain établit les Mystères d’Adonis dans la grotte sacrée de Bethlehem ; et qui sait si ce ne fut pas sur ce petra ou temple sur le roc, que l’Eglise fut édifiée ? Le sanglier d’Adonis était placé au-dessus de la porte de Jérusalem qui faisait face à Bethléem.

Munk prétend que « l’institution des Nazaréates avait été établie avant les lois de Mûsah (290c) ». II n’y a pas lieu d’en douter, car nous voyons que cette secte est déjà minutieusement décrite dans le Livre des Nombres (chap. VI). Dans le commandement donné par le « Seigneur » à Moise, dans ce chapitre, il est aisé de reconnaître les rites et les lois des Prêtres d’Adonis (291). L’abstinence et la pureté prescrites dans les deux sectes est identique. Les fidèles de toutes deux laissaient croître leurs cheveux longs (292c) comme le font les cénobites et les fakirs hindous encore de nos jours, tandis que d’autres castes se rasent la tête et s’abstiennent de boire du vin à de certaines dates. Le prophète Elisee, un Nazaréen, est décrit, dans le IIème Livre des Rois et par Josephe, comme un homme « velu et ayant une ceinture de cuir autour des reins (293) ». Et Jean-Baptiste et Jésus sont représentés tous deux portant les cheveux longs (294). Jean est « vêtu de poil de chameau » et porte une ceinture de cuir, et Jésus un vêtement long et « sans couture »… « et blanc comme la neige », dit Marc() ; ce sont les mêmes vêtements portés par les prêtres Nazaréens, ainsi que par les Esséniens Pythagoriciens et Bouddhistes, tels que les a décrits Josephe.

Si nous suivons attentivement les termes nazar et nazaret à travers les œuvres les plus saillantes des auteurs anciens, nous les voyons employés aussi bien pour désigner les adeptes juifs que païens. C’est ainsi qu’Alexandre Polyhistor, en parlant de Pythagore, dit qu’il était un disciple du Nazaret assyrien, que quelques-uns supposent avoir été Ezechiel (295c). Diogene Laerce (296c), affirme positivement que Pythagore, après avoir été initié à tous les Mystères des Grecs et des Barbares, « se rendit en Egypte et visita ensuite les Chaldéens et les Mages » ; et Apulee (297c), de son côté, affirme que ce fut Zoroastre qui instruisit Pythagore.

Si nous voulions prétendre que les nazars hébreux, les prophètes injurieux du « Seigneur », avaient été initiés aux prétendus Mystères païens, et appartenaient (tout au moins la plupart d’entre eux) à la même Loge ou Cercle d’adeptes que ceux qu’on considérait comme idolâtres ; que ce « cercle de prophètes » n’était qu’une branche collatérale d’une association secrète, que, sans nous tromper, nous pourrions qualifier d’internationale, nous attirerions sur nous les foudres de la colère chrétienne ! Et, malgré tout, le cas est fort probable.

Rappelons, en premier lieu, ce que Ammien Marcellin (298c) et d’autres historiens ont dit au sujet de Darius Hystaspe. Celui-ci, en pénétrant dans l’Inde septentrionale (la Bactriane) apprit des Brahmans, des rites purs, ainsi que les sciences cosmiques et stellaires, qu’il transmit ensuite aux Mages. Or Hystaspe, on nous le dit, renversa les Mages, et introduisit parmi eux, ou plutôt les força à adopter, la pure religion de Zoroastre, celle d’Ormazd. Comment se fait-il alors qu’on trouve sur le tombeau de Darius une inscription qui dit qu’il était « un instructeur et un hiérophante de la Magie, ou du Magisme » ? Il y a évidemment ici une erreur historique, et l’histoire le reconnaît. Dans cet imbroglio de noms, il est impossible que Zoroastre, le maître de Pythagore, soit le Zoroastre ou Zarathoustra qui introduisit le culte du Soleil chez les Pârsîs ; ou celui qui apparut à la cour de Gusthasp (Hystaspe) le père supposé de Darius ; ce n’était pas non plus le Zoroastre qui plaçait ses Mages au-dessus des rois eux-mêmes. La plus ancienne écriture Zoroastrienne, l‘Avesta, ne laisse supposer en aucune façons que le réformateur ait eu connaissance des nations qui, plus tard, adoptèrent son culte. Il paraît complètement ignorant de ses voisins de l’Iran Occidental, des Mèdes, des Assyriens, des Perses et autres. Si nous ne possédions aucune autre preuve de la haute antiquité de la religion Zoroastrienne, que la découverte de l’erreur commise par quelques lettrés de notre époque, qui ont confondu Vishtâpa (Gushtasp) avec le père de Darius, tandis que la tradition Persane veut que Vishtâspa soit le dernier rejeton de la lignée des princes Kaianiens qui régnaient en Bactriane, elle devrait suffire, puisque la conquête de la Bactriane par les Assyriens eut lieu 1.200 ans avant Jésus-Christ (299).

Il est fort naturel, par conséquent, que nous ne voyions dans l’appellation de Zoroastre qu’un terme générique et non un nom, dont nous laissons aux philologues le soin de rechercher la signification. Gourou, en sanscrit, veut dire : instructeur spirituel ; et comme Zuruastara signifie, dans la même langue, celui qui adore le Soleil, pourquoi serait-il impossible que, par un changement naturel du langage, dû au grand nombre des nations différentes qui se convertirent au culte solaire, le mot gourû-astara, instructeur spirituel du culte du Soleil, ressemblant à un tel point au nom du fondateur de cette religion, n’ait été graduellement transformé dans sa forme primitive de Zuryastara ou Zoroastre ? Suivant l’opinion des cabalistes, il n’y eut qu’un seul Zarathoustra et plusieurs guruastars, ou instructeurs spirituels, et qu’un de ces gourous, ou plutôt huruaster, ainsi qu’on le nomme dans les anciens manuscrits, fut l’instructeur de Pythagore. Nous donnons pour ce qu’elle vaut cette explication aux philologues et à nos lecteurs. Personnellement, nous la tenons pour vraie, ajoutant bien plus foi à la tradition cabalistique qu’à l’explication des savants, qui jusqu’à ce jour n’ont jamais pu se mettre d’accord.

Aristote dit que Zoroastre vécut 6 000 ans avant Platon ; Hermippe d’Alexandrie, qui était censé avoir lu tous les livres authentiques des Zoroastriens, bien qu’Alexandre le Grand ai été accusé de les avoir détruits, représente Zoroastre comme un élève d’Azonak (Azon-ach, ou le Dieu Azon) et qu’il vécut 5.000 ans avant la chute de Troie (300). Er ou Eros, dont Platon relate la vision dans sa République (301) censé, d’après saint Clément, avoir été Zordosht (302). Tandis que le Mage qui détrôna Cambyse était un Mède, et que Darius proclame avoir aboli les rites des Mages pour établir ceux d’Ormazd. Xanthus de Lydie déclare que Zoroastre avait été le chef des Mages ! (303c).

Lequel a tort ? ou ont-ils tous raison, et n’est-ce que les interprètes modernes qui ne savent expliquer la différence entre le Réformateur et ses apôtres et partisans ? Ces grossières erreurs de nos commentateurs nous rappellent celle de Suetone, qui confondit les Chrétiens avec un nommé Christos, ou Crestos, comme il l’écrit et informe ses lecteurs que Claude() le bannit à cause de l’agitation qu’il entretenait parmi les Juifs.

Revenant, finalement, aux nazars, Pline fait mention de Zaratus dans les termes suivants : « Il était Zoroastre et Nazar ». Comme Zoroastre est appelé princeps des Mages, et que nazar signifie mis à part ou consacré, n’est-ce pas une traduction du mag hébreu ? C’est l’opinion de Volney. Le mot perse Na-zaruan veut dire des millions d’années, et se réfère à  » l’Ancien des Jours » chaldéen ; de là vient le nom de Nazars ou Nazaréens, qui étaient consacrés au service du Dieu Suprême Unique, le Aïn-Soph cabalistique, ou « Ancien des Jours », « l’ancien des Anciens ».

Mais nous retrouvons également le mot nazar en Inde. En hindoustani, nazar signifie la vue interne, ou vision surnaturelle ; nazar bandî, veut dire fascination, charme magique ou mesmérique ; et nazarân est le terme pour une vision.

Le professeur Wilder est d’opinion que comme le mot Zeruana ne se trouve nulle part dans l‘Avesta, mais seulement dans les ouvrages Pârsis plus récents, il vient des Mages qui composaient la caste sacrée des Perses dans la période Sassanide, mais qui, à l’origine, étaient des Assyriens. « Je considère que le Turan des poètes, dit-il, doit être Aturia ou Assyrie ; et que Zohak (Az-dahaka, Deiokes, ou Astyages), le Roi-Serpent, était Assyrien, Mède et Babylonien, lorsque ces pays étaient unis. »

Toutefois, cette opinion n’infirme en rien notre assertion que les doctrines secrètes des Mages, des Bouddhistes pré-Védiques, des hiérophantes égyptiens de Thoth ou Hermès et des adeptes de tous temps et de toutes nationalités, sans excepter les cabalistes chaldéens et les nazars juifs, étaient identiques dès le début. Lorsque nous faisons usage du terme Bouddhistes, nous ne voulons, en aucune manière, faire allusion au Bouddhisme exotérique institué par les partisans du Gautama-Bouddha, ni à la religion Bouddhiste moderne, mais bien à la philosophie secrète de Sakyamuni, laquelle, en essence, est certainement identique avec la religion-sagesse des sanctuaires, le Brahmanisme pré-Védique. Le « schisme » de Zoroastre, ainsi qu’on le nomme, en est une preuve directe, car ce n’est pas un schisme au sens strict du mot, mais simplement un exposé, en partie publié, de vérités religieuses strictement monothéistes, enseignées jusqu’alors dans les sanctuaires et qui avaient été reçues de l’enseignement des Brahmanes. Zoroastre, le fondateur primitif du culte solaire, ne peut être qualifié de fondateur du système dualiste ; ce n’est pas lui, non plus, qui, le premier, prêcha l’unité de Dieu, car il n’a fait qu’enseigner ce qu’il avait, lui-même, appris des Brahmanes. Max Muller fournit également la preuve que Zarathoustra et ses fidèles, les Zoroastriens, « avaient été établis dans l’Inde avant d’émigrer en Perse ».

« Qu’il est prouvé, dit-il, que les Zoroastriens et leurs ancêtres partirent de l’Inde, pendant la période Vaïdique, d’une façon aussi certaine que les habitants de Massilia sont originaires de Grèce… Beaucoup des dieux zoroastriens ne sont… que des réflexions et des dérivés des dieux primitifs et authentiques du Véda (304). »

Si, maintenant, nous parvenons à prouver – et nous pouvons le faire sur l’autorité de la Cabale et des plus anciennes traditions de la religion-sagesse, la philosophie des sanctuaires de l’antiquité – que tous les dieux, soit zoroastriens, soit Védiques ne sont que la personnification des pouvoirs occultes de la nature, les serviteurs fidèles des adeptes de la sagesse occulte – la Magie – nous sommes sur un terrain solide.

Par conséquent, lorsque nous disons que le Cabalisme et le Gnosticisme procèdent du Mazdéisme ou du Zoroastrianisme, c’est toujours la même chose, à moins que nous ne voulions parler du culte exotérique, ce qui n’est pas le cas. Dans le même ordre d’idées, nous nous faisons l’écho de King(), l’auteur des Gnostics (305c), et de divers autres archéologues, en maintenant que ces deux premiers procèdent du Bouddhisme, qui est la plus simple de toutes les philosophies et celle qui satisfait le mieux, et qui donna naissance à une des religions les plus pures du monde. Ce n’est qu’une question de chronologie de savoir laquelle de ces religions, qui ne diffèrent entre elles que dans la forme extérieure, est la plus ancienne, et partant la moins adultérée. Mais même cela ne touche qu’indirectement, sinon pas du tout, au sujet qui nous occupe. Quelque temps déjà avant notre ère, les adeptes, excepté en Inde, avaient cessé de se réunir en grandes communautés ; mais que ce soit chez les Esséniens, ou chez les Néo-Platoniciens, ou encore chez les innombrables sectes opposées qui ne naissaient que pour mourir, nous retrouvons toujours les mêmes doctrines, identiques en substance et en esprit, sinon dans la forme. Par conséquent, par Bouddhisme nous voulons dire la religion qui signifie littéralement la doctrine de la sagesse, antérieure de bien des siècles à la philosophie métaphysique de Siddhartha Sakyamuni.

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