DIVISIONS PARMI LES PREMIERS CHRETIENS – Partie 4

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre III – DIVISIONS PARMI LES PREMIERS CHRETIENS

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« Le peuple Israélite primitif était composé des Cananéens et de Phéniciens ayant tous le même culte des dieux phalliques – Bacchus, Baal ou Adon, Iacchos – Iaô ou Jehovah » ; mais, même parmi ceux-ci, il y avait toujours eu une classe d’adeptes initiés. Par la suite, le caractère de cette plèbe fut modifié par les conquêtes Assyriennes ; et, finalement, les colonisations perses imposèrent les notions et les usages Pharisiens et Orientaux, d’où dérivèrent l’Ancien Testament et les institutions mosaïques.

Les prêtres-rois Asmonéens promulguèrent le canon de l’Ancien Testament par opposition à l’Apocrypha, ou Livres Secrets des Juifs d’Alexandrie, les cabalistes (280), jusqu’à l’époque de Jean Hyrcan, c’étaient des Assidiens (Chasidim) et des Pharisiens (Pârsîs) ; mais ils devinrent des Sadducéens ou Zadokites – partisans du gouvernement sacerdotal en opposition avec celui des rabbins. Les Pharisiens étaient doux et intellectuels ; les Sadducéens, intolérants et cruels.

Le Codex dit : « Jean (Jean-Baptiste), fils d’Aba-Saba-Zacharia (Zacharie), conçu par sa mère Anasabel dans sa centième année, avait baptisé depuis quarante-deux ans (281) lorsque le Messie Jésus vint au Jourdain pour se soumettre au baptême de Jean-Baptiste … Mais il pervertira la doctrine de Jean en changeant le baptême du Jourdain et en pervertissant les paroles de justice (282) ».

Le baptême d’eau fut changé en celui du Saint-Esprit, sans doute en conséquence de la notion d’une réforme toujours prévalente chez les Pères, et afin de distinguer les Chrétiens des Nazaréens de saint Jean-Baptiste, les Nabathéens et les Ebionites, et faire place aux nouveaux dogmes. Non seulement les Synoptiques nous disent que Jésus baptisait de même que Jean (Jean-Baptiste), mais que les disciples de Jean s’en plaignirent, bien qu’on ne puisse certainement pas accuser Jésus de pratiquer un rite purement bachique. La parenthèse dans le verset 2 de l’Evangile selon saint Jean() IV « … Jésus ne baptisait pas lui-même », est si maladroite qu’on reconnaît tout de suite qu’elle a été interpolée. Matthieu() fait dire à Jean-Baptiste que celui qui viendra après lui ne les baptiserait pas d’eau, mais « du Saint-Esprit et du feu » ; Marc(), Luc et saint Jean() corroborent ces paroles. L’eau, le feu et l’esprit, ou Saint-Esprit, ont tous leur origine dans l’Inde, ainsi que nous le démontrerons plus loin.

Or cette phrase présente une particularité très étrange. Elle est nettement contredite dans les Actes des Apôtres (XIX 2-5). Apollos, juif d’Alexandrie, appartenait à la secte de saint Jean-Baptiste ; il avait été baptisé, et instruisait les autres dans la doctrine du Baptiste. Et cependant lorsque saint Paul, mettant à profit son absence de Corinthe, rencontre quelques disciples d’Apollos à Ephèse, il leur demande s’ils ont reçu le Saint-Esprit, et ils lui répondent naïvement :  » – Nous n’avons même pas entendu dire qu’il y ait un Saint-Esprit ».  » – De quel baptême avez-vous donc été baptisés ? » leur demande-t-il.  » – Du baptême de Jean » est la réponse. On fait alors répéter à Paul() les paroles attribuées à saint Jean-Baptiste dans les Synoptiques ; et ces hommes « furent alors baptisés au nom du Seigneur Jésus » ; et instantanément « ils parlèrent en langues et prophétisèrent », don qui accompagne la descente du Saint-Esprit.

Que faut-il conclure ? Saint Jean-Baptiste, qu’on nomme le « précurseur » afin « que la prophétie soit accomplie », le grand prophète et martyr, dont les paroles avaient une signification si importante aux yeux de ses disciples, annonce la descente du « Saint-Esprit » à ses auditeurs ; les foules se rassemblent sur les rives du Jourdain, où, pendant la cérémonie du baptême du Christ, le « Saint-Esprit » annoncé apparaît dans les cieux entr’ouverts, et la multitude entend la voix ; et cependant les disciples de Jean-Baptiste « n’ont pas même entendu dire qu’il y ait un Saint-Esprit » !!

Certes, les auteurs du Codex Nazaraeus avaient raison. Seulement, ce ne fut pas Jésus, mais ceux qui vinrent après lui, et qui cuisinèrent la Bible pour servir leurs fins, qui « pervertirent la doctrine de Jean, changèrent le baptême du Jourdain, et pervertirent les paroles de justice ».

Inutile d’objecter que le Codex actuel fut écrit des siècles après que les disciples directs de Jean-Baptiste eurent cessé de prêcher. II en est de même pour les Evangiles. Lorsque cette étonnante entrevue entre Paul() et les « Baptistes » eut lieu, Bardesane n’avait pas encore fait son apparition parmi eux et la secte n’était pas encore accusée « d’hérésie ». De plus, nous voyons combien peu la promesse de Jean-Baptiste au sujet du « Saint-Esprit » et l’apparition de « l’Esprit » lui-même avait affecté ses disciples, par le mécontentement dont ils firent preuve envers les disciples de Jésus et la rivalité qu’ils leur manifestèrent dès le début. Bien plus, Jean est lui-même si peu convaincu de l’identité de Jésus avec le Messie attendu, qu’après la célèbre scène du baptême dans le Jourdain, et la confirmation orale du Saint-Esprit lui-même que « Celui-ci est mon Fils bien aimé » (Matthieu, III, 17), nous voyons que le « Précurseur (Matthieu(), IX) envoie, de sa prison, deux disciples à Jésus pour lui demander : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » !!

Cette contradiction flagrante à elle seule aurait dû, depuis longtemps déjà, ouvrir les yeux des gens sensés, au sujet de l’inspiration divine putative du Nouveau Testament. Mais nous nous permettrons de demander encore : Si le baptême est le signe de la régénération et qu’il fut institué par Jésus lui-même, pourquoi les Chrétiens ne baptisent-ils pas, ainsi que Jésus est représenté le faire, « du Saint-Esprit et du Feu », au lieu de s’en tenir à la coutume des Nazaréens ? Quel a pu être le but d’Irenee, en pratiquant ces interpolations manifestes, sinon de laisser croire au peuple que le nom de Nazaréen, qu’on donnait à Jésus lui venait simplement de la résidence de son père à Nazareth, et non de son affiliation à la secte des Nazaria, ou Guérisseurs ?

Cet expédient d’Irenee fut fort malavisé, car depuis les temps immémoriaux les prophètes de l’ancien temps avaient tonné contre le baptême du feu, tel qu’il était pratiqué chez leurs voisins, lequel communiquait à ceux qui le recevaient « l’esprit de prophétie », autrement dit le Saint-Esprit. Mais le cas était désespéré ; les Chrétiens étaient partout connus sous le nom de Nazaréens et d’Esséniens (suivant Epiphane), et le Christ prenait simplement rang parmi les prophètes et les guérisseurs juifs – c’est ainsi qu’ils se nommaient eux-mêmes ; il était ainsi reconnu par ses disciples, et considéré sous cet aspect par leurs partisans. Cette conception ne se prêtait à aucune hiérarchie nouvelle, ni à aucune nouvelle Divinité ; et, du moment qu’Irenee avait entrepris la tâche de les fabriquer de toutes pièces, il était obligé de réunir les matériaux qu’il avait sous la main, en remplissant les lacunes avec ses propres inventions fertiles.

Si nous voulons nous assurer que Jésus était un véritable Nazaréen – bien qu’entretenant des idées de réforme nouvelle – il faut en chercher les preuves non dans la traduction des Evangiles, mais dans les versions originelles auxquelles nous pouvons avoir accès. Tischendorf, dans sa traduction du grec, de Luc, IV, 34, le présente ainsi : « Jesou de Nazareth » et dans le texte syriaque on lit « Iasoua, toi le Nazaréa. » De sorte que si nous tenons compte de tout ce qui est embarrassant et incompréhensible dans les quatre Évangiles, revus et corrigés tels que nous les voyons aujourd’hui, nous comprendrons aisément que le véritable christianisme, tel qu’il fut enseigné à l’origine et prêché par Jésus, ne se trouve que dans les prétendues hérésies syriaques. Ce n’est que de celles-là que nous pouvons nous forer une idée claire et précise de ce qu’était le Christianisme primitif. Telle était la foi de saint Paul, lorsque l’orateur Tertullius (Tertulle) accusa l’apôtre devant le gouverneur Félix. Ce dont il se plaignait, c’était qu’ils avaient « trouvé cet homme… qui excite des séditions… qui est le chef de la secte des Nazaréens (283) » ; et quoique Paul se défende de toute autre accusation, il reconnaît « qu’il sert le Dieu de ses pères selon la voie qu’ils appellent une hérésie (284) ». Cette confession, à elle seule, est toute une révélation. Elle nous montre :

  1. Que Paul() admettait faire partie de la secte des Nazaréens ;
  2. Qu’il servait le Dieu de ses pères, et non le Dieu trinitaire des Chrétiens, au sujet duquel il ne sait rien, et qui ne fut inventé qu’après sa mort ; et
  3. Que cette malheureuse confession explique suffisamment pourquoi le traité des Actes des Apôtres, ainsi que l’Apocalypse de saint Jean(p), qui à un moment donné fut rejeté de fond en comble, avaient été exclus, pendant si longtemps du canon du Nouveau Testament.

À Byblos, les néophytes, de même que les hiérophantes, étaient tenus de jeûner et de demeurer pendant quelque temps dans la solitude, après avoir participé aux Mystères. Un jeune et une préparation très stricte étaient exigés avant, ainsi qu’après les orgies de Bacchus, d’Adonis et d’Eleusis ; et Herodote mentionne avec crainte et vénération le LAC de Bacchus, dans lequel « ils donnaient, la nuit, des représentations de sa vie et de ses souffrances (285) ». Dans les sacrifices mithraïques, et pendant l’initiation, le néophyte simulait une scène préliminaire de la mort ; cette scène précédait celle où il se faisait voir « renaissant par le rite du baptême ». Une partie de cette cérémonie est encore représentée, de nos jours, par les Francs-Maçons, lorsque le néophyte, représentant le Grand Maître Hiram Abif est étendu, mort, et est relevé par la puissante prise de la griffe du lion.

Les prêtres étaient circoncis. Le néophyte ne pouvait être initié sans avoir participé aux Mystères solennels du LAC. On baptisait les Nazaréens dans le Jourdain, et ils ne pouvaient être baptisés autre part ; ils se prêtaient également à la circoncision et jeûnaient avant et après la purification par le baptême. Jésus passe pour avoir jeûné pendant quarante jours dans le désert, sitôt après son baptême. Il existe, encore aujourd’hui, devant chaque temple de l’Inde, un lac, une rivière ou un réservoir plein d’eau bénite dans lesquels les dévots Hindous ou Brahmanes font journellement leurs ablutions. Ces réservoirs d’eau consacrée sont nécessaires dans chaque temple. Les fêtes des baignades, ou rites baptismaux, ont lieu deux fois par année, en octobre et en avril ; elles ont une durée de dix jours ; et, ainsi que cela se pratiquait dans l’Ancienne Egypte et la Grèce, les statues des dieux, des déesses et les idoles sont immergées dans l’eau par les prêtres ; le but de cette cérémonie est de les laver des péchés de leurs adorateurs, péchés dont ils se sont chargés et qui les souillent, jusqu’à ce qu’ils aient été lavés dans l’eau sacrée. Pendant l’Arati, la cérémonie du bain, le dieu principal de chaque temple est porté en procession solennelle jusqu’à la mer pour y être baptisé. Les prêtres Brahmanes, portant les images sacrées, sont généralement suivis du Maharaja, pieds nus et presque nu. Les prêtres entrent trois fois dans la mer, et la troisième fois ils portent avec eux toutes les images. Les élevant au-dessus de lui, toute la congrégation répétant les prières, le Grand Prêtre plonge les statues des dieux par trois fois dans l’eau, au nom de la trinité mystique, après quoi elles sont purifiées (286). L’hymne Orphique dit que l’eau est le plus grand purificateur des hommes et des dieux.

Il a été reconnu que la secte des Nazaréens avait existé quelque 150 ans avant Jésus-Christ, et que, suivant Pline et Josephe, elle s’était fixée sur les bords du Jourdain et sur la rive occidentale de la mer Morte (287). Mais, dans les Gnostics de King(), nous voyons que Josephe donne une autre version d’après le verset 19, « où il dit que les Esséniens avaient été établis sur les rives de la Mer Morte « des milliers de siècles » avant l’époque de Pline (288c).

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