Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre III – DIVISIONS PARMI LES PREMIERS CHRETIENS
Les nazars initiés avaient toujours obéi à cette règle, qu’avaient suivie les adeptes de tous les siècles avant eux ; et les disciples de Jean ne furent qu’une branche dissidente des Esséniens. C’est pourquoi il ne faut pas les confondre avec tous les nazars dont parle l’Ancien Testament et que Osee() accusa de s’être séparés ou de s’être consacrés à Bosheth תשב , et qui impliquait la plus grande de toutes les abominations (262). Prétendre, comme le font certains critiques et théologiens, que cela veut dire, se séparer de la chasteté et de la continence, c’est ou vouloir pervertir sa véritable signification, ou être absolument ignorant de la langue hébraïque. Le onzième verset du premier chapitre de Michee explique le terme à moitié, sous une forme voilée : « Passe, habitante de Schaphir, etc. » ; mais, dans le texte original, ce terme est Bosheth. Certes, ni Baal, ni Iahoh-Kadosh, avec ses Kadeshim, ne fut un dieu pratiquant les vertus ascétiques, bien que la Bible des Septante les représente, de même que les Galli – les prêtres parfaits – τετελεομένοὶ, comme les initiés et les consacrés (263). Le grand Sod du Kadeshim, traduit dans le Psaume LXXXIX, 7, par « assemblée des saints », est loin d’être un mystère des sanctifiés dans le sens que Webster prête à ce terme.
La secte des Naziréates existait longtemps avant les lois de Moise (264c), et prit naissance chez un peuple en guerre ouverte avec les « élus » d’Israël, c’est-à-dire les habitants de la Galilée, l’ancienne olla podrida de nations idolâtres où s’élevait Nazara, le Nadra d’aujourd’hui. Ce fut à Nazara que les anciens Nazaria ou Naziréates tenaient leurs « Mystères de Vie » ou « assemblées », (comme le terme apparaît dans la traduction) (265c), qui n’étaient autres que les Mystères secrets de l’initiation (266), tout à fait distincts, dans leur forme pratique, des Mystères populaires qui se célébraient à Byblos en l’honneur d’Adonis. Tandis que les véritables initiés de la Galilée ostracisée adoraient le vrai Dieu, et jouissaient de visions transcendantes, que faisaient les « élus » pendant ce temps ? Ezechiel nous le dit (au chapitre VIII), lorsqu’en décrivant ce qu’il avait vu, il dit que la forme d’une main le saisit par une boucle de cheveux et le transporta de Chaldée à Jérusalem. « Et il y avait là soixante-dix hommes des anciens de la maison d’Israël… Fils de l’homme, vois-tu ce que font dans les ténèbres les anciens de la maison d’Israël… À la porte de la maison de l’Eternel ?… Et voici, il y avait là des femmes, assises, qui pleuraient Thammuz. » (Adonis) demande le Seigneur. On ne peut vraiment pas supposer que les païens aient surpassé le peuple « élu » dans certaines honteuses abominations dont leurs prophètes les accusent si souvent. Nul n’est besoin d’être versé dans la langue hébraïque pour admettre cette vérité ; il n’y a qu’à lire la Bible dans la traduction et réfléchir sur le langage des « saints » prophètes.
Telle fut la raison de la haine des Nazaréens ultérieurs pour les Juifs orthodoxes, les partisans de la Loi Mosaïque exotérique – que cette secte a toujours accusés d’être des adorateurs de Iurbo-Adunaï, ou du Seigneur Bacchus. Sous le déguisement de Adoni-Iachoh (texte original de Isaie LXI, 1) Iahoh et le Seigneur Sabaoth, le Baal-Adonis, ou Bacchus, adoré dans les bosquets et les gazons publics ou Mystères, se transforme enfin, sous l’action adoucissante d’Ezra, en l’Adonaï de la Massorah – le Dieu Unique et suprême des Chrétiens !
« Tu n’adoreras point le Soleil dont le nom est Adunai, dit le Codex des Nazaréens ; dont le nom est aussi Kadush (267) et El-El. Cet Adunaï élira une nation qui se réunira en foules (son culte sera exotérique) … Jérusalem deviendra le refuge et la cité des Avortons, qui se perfectionneront (se circonciront) par le glaive… et ils adoreront Adunaï (268). »
Les plus anciens Nazaréens, descendants des nazars des Ecritures, dont le dernier chef le plus éminent fut Jean-Baptiste, bien que considérés comme peu orthodoxes par les Scribes et les Pharisiens de Jérusalem, commandaient toutefois le respect et ne furent jamais inquiétés, Herode, lui-même, « craignait la foule, parce qu’elle regardait Jean comme un prophète » (Matthieu(), XIV, 5). Mais les disciples de Jésus appartenaient manifestement à une secte qui devenait de jour en jour une épine plus douloureuse dans leur côté. Elle apparaissait comme une hérésie contenue dans une autre hérésie ; car, tandis que les nazars des anciens temps, les « Fils des Prophètes », étaient des cabalistes chaldéens, les adeptes de la nouvelle secte dissidente se montrèrent dès le début des réformateurs et des innovateurs. La grande ressemblance notée par quelques critiques entre les rites et les coutumes des premiers Chrétiens et ceux des Esséniens s’explique sans aucune difficulté. Les Esséniens, comme nous venons de le faire remarquer, étaient des convertis, des missionnaires bouddhistes qui, à un moment, avaient parcouru l’Egypte, la Grèce, et même la Judée, depuis le règne d’Asoka, le zélé propagandiste ; et tandis que c’est évidemment aux Esséniens que revient l’honneur d’avoir eu comme élève le Réformateur Nazaréen, Jésus, nous voyons que celui-ci est en désaccord avec ses premiers maîtres, sur plusieurs points, d’observances formelles. On ne peut pas dire qu’il était un Essénien dans le sens strict du mot, pour des raisons que nous donnerons plus loin, et il n’était pas non plus un nazar ou un Nazaréen de la secte plus ancienne. Ce que Jésus était en réalité, se trouve dans le Codex Nazaraeus, dans les accusations injustes des Gnostiques de Bardesane.
« Jesu Mésio est Nebu, le faux Messie, le destructeur de l’ancienne religion orthodoxe », dit le Codex (269). Il est le fondateur de la secte des nouveaux nazars, et, ainsi que les mots l’indiquent clairement, un partisan de la doctrine Bouddhiste. En hébreu, le mot naba אבנ signifie parler d’inspiration ; et ובנ nebo est un dieu de la sagesse. Mais Nebo est encore Mercure, et Mercure est Bouddha dans le monogramme hindou des planètes. De plus, nous voyons que les Talmudistes reconnaissent que Jésus était inspiré par le génie de Mercure (270).
Le réformateur Nazaréen avait appartenu, sans aucun doute, à l’une ou l’autre de ces sectes, bien qu’il soit presque impossible de dire à laquelle ; mais ce qui est de toute évidence, c’est qu’il prêcha la philosophie du Bouddha-Sâkyamouni. Dénoncés par les derniers prophètes, maudits par le Sanhédrin, les nazars – qu’on confondit avec les autres du même nom « qui se sont séparés dans cette même honte (271) » – furent persécutés secrètement, sinon ouvertement, par la synagogue orthodoxe. Il apparaît clairement pourquoi Jésus fut traité avec dédain dès le début, et qu’on le qualifia dédaigneusement de « Galiléen ». Nathanael demande : – « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? » (Jean, I, 46) et ce au début de sa carrière, sans autre raison que Nathanael sait qu’il est un nazar. Cela ne prouve-t-il pas que même les plus anciens nazars ne faisaient pas vraiment partie de la religion hébraïque, mais qu’ils étaient plutôt une classe de théurges chaldéens ? De plus, comme le Nouveau Testament est connu pour ses erreurs de traduction et des falsifications transparentes des textes, nous soupçonnons fort que le mot Nazareth fut substitué à celui de nasaria ou nozari. On devrait alors lire : « Peut-il venir quelque chose de bon d’un nozari, ou d’un Nazaréen », c’est-à-dire d’un partisan de saint Jean-Baptiste, avec lequel nous le voyons associé dès le début de son entrée en action, après qu’on l’eut perdu de vue pendant une période de près de vingt ans ? Les bévues de l’Ancien Testament ne sont rien à côté de celles des Evangiles. Ces contradictions évidentes sont la meilleure preuve du système de fraudes pieuses sur lequel repose la doctrine du Messie. « C’est lui qui est Elie qui devait venir », dit saint Matthieu() en parlant de Jean-Baptiste, forçant ainsi la reconnaissance d’une ancienne tradition cabalistique (XI, 14). Mais lorsque, s’adressant à Baptiste lui-même, ils lui demandent : – « Es-tu Elie ? il dit : – Je ne le suis point. » Lequel des deux était le mieux renseigné, Jean ou son biographe ? Et laquelle des deux versions constitue la révélation divine ?
Le but de Jésus, comme ce fut évidemment celui du Bouddha-Gautama, était de faire bénéficier l’humanité entière d’une réforme religieuse qui aboutirait à une religion d’éthique pure ; jusqu’alors, la véritable connaissance de Dieu et de la nature était restée entre les mains des seules sectes ésotériques et de leurs adeptes. Comme Jésus fit usage d’huile et que les Esséniens n’employaient que de l’eau pure (272), on ne peut pas dire qu’il fût un Essénien strict. D’autre part, les Esséniens étaient aussi « mis à part » ; c’étaient des guérisseurs (assaya) et habitaient dans le désert, de même que tous les ascètes.
Mais, bien qu’il ne s’abstînt pas de vin, il pouvait être néanmoins un Nazaréen. Car, dans le chapitre VI des Nombres, nous voyons que lorsqu’un prêtre a agité la chevelure d’un Nazarite en offrande devant le Seigneur, « ensuite le Nazarite pourra boire du vin » (v. 20). Le sévère blâme du réformateur du peuple qui n’était satisfait de rien est ainsi exprimé : « Saint Jean() ne mangeait ni ne buvait, et ils dirent de lui : il est possédé du diable… Le Fils de l’Homme mange et boit, et ils disent : Voici : c’est un glouton et un buveur de vin (273). » Malgré cela, il était un Essénien et un Nazaréen, car ne voyons-nous pas qu’il envoie un message à Herode en lui disant : « Voici, je chasse les démons et je fais des guérisons. » II se dit prophète et déclare qu’il est l’égal de tous les autres prophètes (274).
L’auteur de Sôd nous montre Matthieu cherchant à rapporter le terme de Nazaréen à une prophétie (275), et il demande alors : « Pourquoi Matthieu veut-il que le prophète ait dit qu’il doit être appelé Nazaria ? » tout simplement « parce qu’il appartenait à cette secte et qu’une prophétie confirmait ses prétentions à devenir un Messie… Or il n’apparaît nulle part que les prophètes aient dit que le Messie devait être appelé un Nazaréen (276) ». Le fait seul que saint Matthieu, dans le dernier verset du chapitre II, cherche à donner du poids à sa prétention que Jésus demeura à Nazareth, dans le seul but d’accomplir la prophétie, non seulement diminue la portée de son argument, mais le renverse au contraire complètement ; car les deux premiers chapitres ont depuis longtemps été reconnus comme des falsifications ultérieures.
Le baptême est un rite des plus anciens, et était pratiqué dans les Mystères de toutes les nations sous forme d’ablutions sacrées. Dunlap ferait dériver le terme nazars de nazah, asperger ; Bahâk-Tzivo est le Génie qui appela le monde à l’existence (277) en le tirant de « l’eau obscure », disent les Nazaréens ; et le Persian, Arabic and English Lexicon de Richardson affirme que le mot Bahak signifie « pleuvoir ». Mais le Bahak-Tzivo des Nazaréens ne peut pas aisément être confondu avec Bacchus, le « dieu de la pluie », car les nazars étaient les plus grands ennemis du culte de Bacchus. « Bacchus est élevé par les Hyades, les nymphes de la pluie », dit Preller (278c) ; il prouve, en outre (279), qu’à la fin des Mystères religieux, les prêtres baptisaient (lavaient) leurs monuments et les enduisaient d’huile. Mais tout cela ne forme que des preuves très indirectes. Nul n’est besoin de prouver que le baptême du Jourdain n’était qu’une substitution des rites exotériques de Bacchus, et les libations en honneur d’Adonis ou d’Adoni – que les Nazaréens avaient en horreur – pour prouver que c’était une secte née des « Mystères » de la « Doctrine Secrète ». Il ne faut pas, non plus, confondre leurs rites avec ceux de la populace païenne, qui n’avait fait que tomber dans la foi idolâtre et irraisonnée de toutes les multitudes plébéiennes. Saint Jean() était le prophète de ces Nazaréens, et, en Galilée, on l’appelait « le Sauveur » ; mais il n’était pas le fondateur de la secte dont les traditions remontaient à la plus haute antiquité des théurges Chaldéo-Akkadiens.
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