Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre III – DIVISIONS PARMI LES PREMIERS CHRETIENS
« Le Roi. – Racontez-moi cette histoire d’un bout à l’autre. »
Shakespeare, Tout est bien qui finit bien, acte V, scène 3.
« Il est l’UN, procédant de lui-même ; et de Lui procèdent toutes choses. Et c’est en elles qu’Il exerce Lui-même son activité ; nul mortel ne le contemple, mais il voit tout ! »
Hymne Orphique (239).
« Et Athènes, Ô Athéna, est ton bien !
Grande Déesse, écoute-moi ! et répands ta pure lumière
En flots ininterrompus sur mon front obscurci ;
Ta sainte lumière, Ô Reine toute puissante,
Qui brille éternellement sur ta face sereine.
Inspire mon âme, dans son séjour terrestre,
De tes feux bénis et irrésistibles ! »
Proclus. Thomas Taylor, À Minerve (240).
« Or, la foi est une ferme attente des choses… C’est par la foi que Rahab la prostituée ne périt pas avec les rebelles, parce qu’elle avait reçu les espions avec bienveillance. »
Hébreux, XI, 1 et 31.
« Mes frères, que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ?… Rahab la prostituée ne fût-elle pas également justifiée par les œuvres, lorsqu’elle reçut les messagers et qu’elle les fit partir par un autre chemin ? »
Saint Jacques(), II, 14, 25.
Saint Clement représente Basilide, le Gnostique, comme « un philosophe voué à la contemplation des choses divines ». Cette expression fort appropriée pourrait être appliquée à beaucoup de fondateurs des plus importantes sectes religieuses qui furent, par la suite, englobées en une seule, ce mélange de dogmes inintelligibles forgés par Irenee, Tertullien et d’autres, qui aujourd’hui a nom Christianisme. Si l’on veut les qualifier d’hérésies, le Christianisme primitif doit lui-même être compris dans le nombre. Basilide et Valentin vécurent avant Irenee et Tertullien ; et ces deux derniers Pères ont moins de raisons à donner, que les deux premiers Gnostiques, pour justifier la plausibilité de leur hérésie. Ni le droit divin, ni la vérité n’assurèrent le triomphe de leur Christianisme ; le hasard seul lui fut propice. Nous nous faisons fort d’affirmer, avec parfaite raison, qu’il n’est aucune de ces sectes – le Cabalisme, le Judaïsme, sans en omettre le Christianisme actuel – qui ne soit née des deux branches principales du tronc primitif, la religion jadis universelle qui précéda les âges védiques ; nous voulons parler du Bouddhisme préhistorique qui se fondit, plus tard, dans le Brahmanisme.
La religion qui eut le plus de ressemblance avec l’enseignement primitif des quelques premiers apôtres – religion prêchée par Jésus lui-même – est la première de ces deux, le Bouddhisme. L’autre, telle qu’elle fut enseignée dans sa pureté primitive, et portée à sa perfection par le dernier des Bouddhas, Gautama, fondait son éthique sur trois principes fondamentaux. Elle enseignait :
que toutes choses existaient à la suite de causes naturelles ;
que la vertu porte en elle sa propre récompense, le péché et le vice leur châtiment ; et
que l’état des hommes sur cette terre est un état de probation.
Nous pourrions ajouter que sur ces trois principes reposent les bases universelles de toute foi religieuse : Dieu, et l’immortalité individuelle pour chaque homme, s’il est capable de la conquérir. Malgré l’enchevêtrement des dogmes théologiques postérieurs ; malgré l’incompréhensibilité apparente des abstractions métaphysiques qui ont convulsionné la théologie de toutes les grandes religions de l’humanité dès le moment qu’elles ont été établies sur des bases solides, on verra que ce qui précède est l’essence de toute philosophie religieuse, exception faite du Christianisme moderne. Ce fut celle de Zoroastre, de Pythagore, de Platon, de Jésus, et même de Moise, bien que l’enseignement du législateur juif ait subi tant de pieux travestissements.
Nous allons consacrer ce chapitre à une brève étude des nombreuses sectes qui se sont dites chrétiennes ; c’est-à-dire de toutes celles qui professent de croire au Christos, l’OINT. Nous essaierons également d’expliquer ce dernier terme au point de vue cabalistique, et de démontrer comment il reparaît dans chaque système religieux. Peut-être serait-il utile, en même temps, de nous rendre compte jusqu’à quel point les premiers apôtres – Paul() et Pierre() – étaient d’accord en prêchant la nouvelle Dispensation. Commençons par Pierre().
Et d’abord, revenons à la plus grande de toutes les fraudes patristiques : celle qui, sans contredit, a aidé l’Eglise Catholique Romaine à acquérir sa suprématie imméritée, c’est-à-dire l’affirmation effrontée en dépit des preuves historiques, que saint Pierre() subit le martyre à Rome. Ce n’est que naturel que le clergé romain s’attache à cette fable, car en démasquant la nature frauduleuse de ce prétexte, tout le dogme de la succession apostolique est renversé.
On a écrit, ces derniers temps, beaucoup de savants ouvrages pour réfuter cette ridicule prétention. Entre autres, nous retiendrons The Christ of Paul() de M. G. Reber, qui la démolit d’une manière tout à fait habile. L’auteur prouve :
- qu’aucune Eglise n’avait été fondée à Rome avant le règne d’Antonin le Pieux ;
- que comme Eusebe et Irenee concordent tous deux à dire que Linus fut le second Evêque de Rome, aux mains duquel « les bienheureux apôtres » Pierre() et Paul() confièrent l’Eglise après l’avoir construite, ce n’a pu avoir lieu qu’entre, 64 et 68 ;
- que cet intervalle tombe pendant le règne de Neron, car Eusebe arme que Linus resta en fonctions pendant douze ans (Ecclesiastical History, livre III, c. 13), ayant commencé son épiscopat en 69, une année après la mort de Neron, et qu’il mourut lui-même en 81.
À la suite de cela, l’auteur affirme, sur des preuves irréfutables, que Pierre() n’a pas pu être à Rome en 64, puisqu’à cette époque il était à Babylone, d’où il écrivit sa première Epître, dont la date a été fixée, par le Dr Lardner et d’autres critiques, précisément à cette année-là. Mais, à notre avis, son meilleur argument consiste dans la preuve qu’il n’était pas dans le caractère du pusillanime Pierre() de risquer un voisinage si proche de Neron qui, à ce moment-là, « donnait en pâture aux bêtes féroces de l’Amphithéâtre la chair et les os des chrétiens (241) ».
Qui sait si l’Eglise de Rome n’a pas été d’accord avec ses principes en choisissant comme son fondateur titulaire l’apôtre qui renia son maître par trois fois, au moment du danger ; et fut le seul, excepté Judas(), qui appela sur lui, de la part du Christ, l’épithète de « l’ennemi ». « Retire toi SATAN ! » s’écrie Jésus en réprimandant l’apôtre railleur (242).
Il existe une tradition dans l’Eglise Grecque, qui n’a jamais trouvé faveur auprès du Vatican. L’Eglise Grecque attribue son origine à un des chefs Gnostiques – Basilide qui sait ! – qui vivait sous Trajan et Adrien à la fin du premier siècle et au commencement du second. Quant à cette tradition elle-même, si le Gnostique est Basilide en personne, il faut admettre que son autorité est suffisante, puisqu’il prétend avoir été un disciple de l’apôtre Matthieu(), et avoir eu pour instructeur Glaucias, un disciple de Saint Pierre() lui-même. Si le récit qu’on lui attribue est authentique, le Comité de Londres pour la révision de la Bible ferait bien d’ajouter un nouveau verset aux Evangiles de Matthieu(), Marc() et Jean(), qui racontent l’histoire du reniement du Christ par saint Pierre().
La tradition dont il est question arme que, lorsque, effrayé par l’accusation du serviteur du grand-prêtre, l’apôtre renia par trois fois son maître, et que le coq chanta, Jésus, qui traversait la galerie sous la garde des soldats, se retourna et, regardant Pierre(), lui dit : » – En vérité, Pierre, je te dis que tu me renieras à travers les âges à venir, et que tu ne t’arrêteras pas jusqu’à ce que tu sois devenu vieux, et que tu tendras les mains, et qu’un autre te ceindra les reins et t’emportera là où tu ne voudras pas (243). » Les Grecs maintiennent que la dernière partie de cette phrase a rapport à l’Eglise de Rome, et prophétise son apostasie constante du Christ, sous le masque de fausse religion. Elle fut introduite, plus tard, dans le vingt et unième chapitre de l’Evangile selon saint Jean() ; mais le chapitre tout entier fut condamné comme l’œuvre d’un faussaire, même avant qu’on n’eût reconnu que cet Evangile n’avait jamais été écrit par l’apôtre Jean() (244c).
L’auteur anonyme de Supernatural Religion, ouvrage dont plusieurs éditions furent épuisées en moins de deux ans, et qu’on prétend avoir été écrit par un éminent théologien, fournit la preuve concluante de la contrefaçon des quatre Evangiles, ou tout au moins de leur complète transformation dans les mains du trop zélé Irenee et de ses acolytes. Le quatrième Evangile (245) est complètement démoli par ce savant auteur ; il prouve clairement les falsifications extraordinaires auxquelles se sont livrés les Pères des premiers siècles, et il discute la valeur relative des synoptiques avec une puissance de logique inconnue jusqu’alors. Chaque ligne de cet ouvrage impose la conviction. Nous en reproduisons ce qui suit :
« Nous gagnons infiniment plus que nous ne perdons en abandonnant la croyance à la réalité de la Révélation Divine. Tout en conservant, pur et entier, le trésor de la morale chrétienne, nous n’en écartons que les éléments avilissants ajoutés par la superstition humaine. Nous ne sommes plus tenus d’avoir foi en une théologie qui est un outrage pour la raison et le sens moral. Nous sommes délivrés des notions anthropomorphes de Dieu et de son gouvernement de l’Univers, et de la Mythologie Juive, nous nous élevons à de plus hautes conceptions, celles d’un Être infiniment sage et bon, caché à notre esprit borné, il est vrai, dans la gloire impénétrable de la Divinité, mais dont il nous est donné de contempler sans cesse, autour de nous, l’opération des lois d’une universalité, et d’une perfection merveilleuses… L’argument si souvent mis en avant par les théologiens que la Révélation Divine est nécessaire à l’homme, et que certaines notions contenues dans cette Révélation sont indispensables à notre conscience morale, est purement imaginaire et dérive de la Révélation elle-même qu’on veut maintenir à tout prix. La seule chose indispensable pour l’homme est la VERITE, et c’est à elle seule que doit s’adapter notre conscience morale (246). »
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