DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX – partie 3

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre I – DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX

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En vérité, les anciens philosophes paraissent être, généralement, considérés par nos critiques modernes, mêmes les plus affranchis de préjugés, comme dépourvus de cette profondeur et de cette parfaite connaissance des sciences exactes dont notre siècle se vante tant. On va même jusqu’à mettre en doute qu’ils aient compris le principe scientifique fondamental : Ex nihilo nihil fit. S’ils ont soupçonné l’indestructibilité de la matière – disent ces commentateurs – c’est moins en vertu d’une formulé solidement établie que d’un raisonnement intuitif et par analogie.

Nous soutenons l’opinion contraire. Les spéculations de ces philosophes sur la matière étaient ouvertes à la critique publique, mais leur enseignement, touchant les choses de l’esprit, étaient profondément ésotérique. Liés par serment au secret et au religieux silence sur les questions abstraites relatives aux rapports entre l’esprit et la matière, ils rivalisaient d’ingéniosité pour dissimuler leurs véritables opinions.

La doctrine de la métempsycose a été amplement ridiculisée par les savants et rejetée par les théologiens. Pourtant, si elle avait été comprise, correctement dans son application à l’indestructibilité de la matière et l’immortalité de l’esprit, on aurait reconnu que c’était une conception sublime. Ne devrions-nous pas étudier la question en nous plaçant au point de vue des anciens avant de nous hasarder à jeter le discrédit sur ceux qui l’enseignaient ? La solution du grand problème de l’éternité n’appartient ni à la superstition religieuse ni au grossier matérialisme. L’harmonie et l’équiformité mathématique de la double évolution – spirituelle et physique – ne sont élucidées que dans les nombres universaux de Pythagore : son système fut complètement bâti sur ce qu’on appelle « le Discours métrique » des Védas Hindous. C’est tout récemment à peine qu’un des plus érudits des sanscritistes, Martin Haug, entreprit la traduction de l’Aitareya Brahmana du Rig-Véda, jusqu’alors tout à fait inconnu : ses explications établissent, sans conteste, l’identité des systèmes Pythagoricien et Brahmanique. Dans l’un comme l’autre, la signification ésotérique est tirée du nombre : dans le premier, de la relation mystique de chaque nombre avec tout ce qui est intelligible pour l’esprit de l’homme ; et, dans le second, du nombre des syllabes dont chaque vers des Mantras est formé. Platon, l’ardent disciple de Pythagore, avait adopté si complètement ce système, qu’il soutenait que le dodécaèdre était la figure géométrique employée par le Démiurge pour édifier l’univers. Quelques-uns de ces chiffres avaient une signification particulièrement solennelle. Par exemple, quatre, dont le dodécaèdre est le triple, était tenu pour sacré par les Pythagoriciens. C’est le carré parfait et aucune des lignes qui le limitent ne dépasse l’autre d’un seul point. C’est l’emblème de la justice morale et de l’équité divine géométriquement exprimée. Tous les pouvoirs, toutes les grandes symphonies de la nature physique et spirituelle se trouvent inscrites dans le carré parfait : le nom ineffable de Celui qui, autrement, n’aurait pas de nom susceptible d’être prononcé, était remplacé chez les anciens mystiques par ce nombre sacré QUATRE et constituait pour eux le plus impérieux et le plus solennel des serments : la Tétractys.

Si la métempsycose de Pythagore pouvait être complètement expliquée et comparée, avec la théorie moderne, de l’évolution, on verrait qu’elle lui restitue tous les chaînons manquant à sa chaîne. Mais qui parmi nos savants voudrait perdre ses moments précieux à étudier les divagations des anciens ? Malgré les preuves, non seulement ils contestent aux peuples des temps archaïques, mais encore aux philosophes des temps anciens, toute connaissance positive du système Héliocentrique. Les « Vénérable Bede », les Augustin, les Lactance semblent avoir étouffé sous leur ignorance dogmatique toute foi dans les théologiens plus anciens des siècles pré-chrétiens. Mais, aujourd’hui, la philologie et une connaissance plus approfondie de la littérature sanscrite nous ont, en partie, mis à même de laver les anciens de ces imputations imméritées. Dans les Védas, par exemple, nous trouvons la preuve positive que depuis plus de 2.000 ans avant J.-C. les sages et les érudits Hindous ont connu la sphéricité de notre globe et le système Héliocentrique. Il s’ensuit que Pythagore et Platon connaissaient bien ces vérités astronomiques, car Pythagore avait acquis la science en Inde, ou de gens qui y étaient allés et Platon répétait fidèlement ses enseignements. Nous citerons deux passages de l’Aitareya Brahmana.

Dans le « Mantra du Serpent (59) », le Brahmana déclare : Ce Mantra est celui qui a été vu par la Reine des Serpents, Sarparajni ; parce que la terre (iyam) est la Reine des Serpents, car elle est la mère et la reine de tout ce qui se meut (sarpat). Au commencement, elle n’était qu’une tête (ronde) sans cheveux, c’est-à-dire sans végétation. Elle perçut alors ce Mantra qui confère à ceux qui le connaissent le pouvoir de prendre toutes les formes qu’ils peuvent désirer. Elle « prononça le Mantra », c’est-à-dire : elle fit le sacrifice aux dieux et, en conséquence, elle put immédiatement revêtir une apparence tachetée, elle devint bariolée et put reproduire toutes les formes à sa convenance, changeant une forme en une autre. Ce Mantra commence par les mots : « Ayam gaûh pris’nir akramit (X, 189) ».

Cette description de la terre sous la forme d’une tête ronde et chauve, molle au début, durcissant ensuite après avoir reçu le souffle du dieu Vâyou, le seigneur de l’air, suggère forcément l’idée que les auteurs des livres sacrés Védiques savaient que la terre était ronde ou sphérique, qu’elle avait été en outre une masse gélatineuse au début, qu’elle se refroidit peu à peu, sous l’influence de l’air et du temps. Voilà pour leur connaissance de la sphéricité de notre globe. Nous allons maintenant offrir le témoignage sur lequel nous basons notre assertion que les Hindous étaient parfaitement au courant du système Héliocentrique, deux mille ans, au moins, avant J.-C.

Dans le même traité, le Hotar (prêtre) est instruit de la manière dont les Shastras doivent être répétés et comment les phénomènes du lever et du coucher du soleil doivent être expliqués. Il y est dit : « L’agnishtoma est celui (ce dieu) qui brûle. Le soleil ne se couche ni ne se lève jamais ; lorsqu’on croit que le soleil est couché, il ne l’est pas ; on se trompe, car, étant arrivé au bout de la journée, il produit deux effets opposés : la nuit pour ce qui est dessous et le jour de l’autre côté. Lorsqu’on se figure, le matin, que le soleil se lève, voici ce qu’il fait : ayant atteint l’extrémité de la nuit, il se met à produire deux effets opposés : le jour pour ce qui est dessous et la nuit de l’autre côté. De fait, le soleil ne se couche jamais et il ne se couche pas pour celui qui a cette connaissance(60) ».

Cette phrase est tellement concluante que le traducteur du Rig-Véda, le Dr Haug, lui-même, est forcé de le faire remarquer et il dit que ce passage contient « la négation de l’existence d’un lever et d’un coucher du soleil », et que l’auteur suppose donc que le soleil « reste toujours dans sa même haute position(61) ».

Dans un des plus anciens Nivids, Rishi Routsa, un sage hindou de l’antiquité la plus reculée, explique l’allégorie des premières lois imposées aux corps célestes. Pour avoir fait ce qu’elle n’aurait pas dû faire, Anâhit (Anaïtis ou Nana, la Vénus Perse), représentant la terre dans la légende, est condamnée à tourner en rond autour du soleil. Les Sattras ou sessions des sacrifices (62) prouvent d’une façon incontestable que, dès le XVIIIème ou le XXème siècle avant J.-C., les Hindous avaient fait des progrès considérables en astronomie. Les Sattras duraient un an « et n’étaient pas autre chose qu’une imitation de la course annuelle du soleil. Ils étaient divisés en deux parties distinctes, dit Haug, et chacune d’elles était composée de six mois de trente jours l’un. Entre les deux, se trouvait le Vishouvan (équateur ou jour central) coupant le Sattras entier en deux moitiés (63). Ce savant, quoiqu’il assigne la composition de l’ensemble des Brahmanas à la période qui va de 1400 à 1200 avant J.-C., est d’avis que le plus ancien de ces hymnes peut être placé tout au commencement de la littérature védique, entre 2400 et 2000 avant J.-C. Il ne voit point de raison pour considérer les Védas comme moins anciens que les livres sacrés des Chinois. Or, comme le Shu King, ou Livre d’Histoire et les chants de sacrifice du Shi King, ou Livre des Odes, ont une antiquité démontrée remontant à 2200 avant J.-C. nos philologues pourraient encore être obligés, avant longtemps, d’avouer qu’en matière de connaissances astronomiques les Hindous antédiluviens étaient leurs maîtres.

De toutes façons, des faits prouvent que certains calculs astronomiques étaient aussi corrects chez les Chaldéens du temps de Jules Cesar, qu’ils le sont aujourd’hui. Lorsque le calendrier fut réformé par le conquérant, on trouva que l’année civile correspondait si peu avec les saisons que l’été se confondait avec les mois d’automne et les mois d’automne avec le plein hiver. C’est Sosigene, l’astronome chaldéen, qui rétablit l’ordre dans ce chaos en reculant le 25 mars de quatre-vingt-dix-jours et en le faisant ainsi correspondre avec l’équinoxe vernale, et ce fut encore Sosigene qui fixa la longueur des mois telle qu’elle subsiste aujourd’hui.

En Amérique, l’armée de Montezuma trouva que 1e calendrier des Aztèques donnait un nombre égal de jours et de semaines à chaque mois. L’extrême correction de leurs calculs astronomiques ne permit aux vérifications ultérieures de relever aucune erreur, tandis que les Européens qui débarquèrent au Mexique en 1519 étaient, grâce au calendrier Julien, en avance de onze jours à peu près sur le temps exact.

C’est aux traductions scrupuleuses et inestimables des Livres Védiques et aux recherches personnelles du Dr Haug, que nous devons les renseignements qui corroborent les prétentions des philosophes Hermétiques. On peut facilement prouver que la période de Zarathustra Spitama (Zoroastre) est d’une antiquité inimaginable. Les Brahmanas, auxquels Haug attribue une existence de 4.000 ans, racontent les guerres religieuses entre les anciens Hindous qui vivaient dans les temps prévédiques et les Iraniens. Les combats entre les Devas et les Asouras, les premiers représentant les Hindous et les seconds les Iraniens, sont narrés tout au long dans les livres sacrés. Comme le prophète Iranien fut le premier à s’insurger contre ce qu’il appelait « l’idolâtrie » des Brahmanes, le premier qui les qualifia de devas (diables), à quelle époque remontait donc cette crise religieuse ?

« Cette lutte, répond le Dr Haug, doit avoir paru aux auteurs des Brahmanas remonter aussi loin que les exploits du roi Arthur aux écrivains anglais du XIXème siècle ».

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