DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX – partie 2

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre I – DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX

Partie 1Partie 2Partie 3Partie 4Partie 5
Partie 6Partie 7Partie 8Partie 9Partie 10

Comme l’on prétend qu’il n’est point philosophique de rechercher les causes premières, les savants ne s’occupent aujourd’hui que d’examiner leurs effets physiques. Le champ d’investigation se trouve alors limité par la nature physique. Lorsqu’une fois ses limites seront atteintes, les recherches devront s’arrêter et il faudra recommencer le travail. Avec tout le respect qu’on leur doit, nos savants ressemblent à des écureuils dans leurs cages ; ils sont, eux, condamnés à tourner et à retourner sans cesse leur « matière ». La science est une grande puissance et ce n’est point à nous, pygmées, qu’il appartient de la discuter. Mais les « savants » eux-mêmes ne sont pas plus la science personnifiée que les hommes de notre planète ne sont la planète elle-même, Nous n’avons pas le droit de demander au « philosophe de nos jours » d’accepter sans discussion une description géographique du côté obscur de la lune, nous n’avons pas davantage le pouvoir de le contraindre à cet égard. Mais si, par suite de quelque cataclysme lunaire, un sélénite était transporté dans la sphère d’attraction de notre atmosphère, et s’il débarquait sain et sauf à la porte du Dr Carpenter, ce dernier pourrait être justement accusé de manquer à son devoir professionnel s’il laissait échapper cette occasion de résoudre un problème physique.

Pour un homme de science c’est toujours blâmable de se refuser à des recherches au sujet d’un phénomène nouveau ; que ce phénomène se manifeste à lui sous la forme d’un homme tombé de la lune, ou qu’il s’agisse d’un fantôme apparu dans la ferme Eddy.

Que ce soit par la méthode d’Aristote ou celle de Platon, nous n’avons pas besoin de nous attarder à la rechercher ; Mais c’est un fait, qu’on prétend que les deux natures – interne et externe – de l’homme, étaient parfaitement connues des anciens andrologues. Malgré les hypothèses superficielles des géologues, nous commençons à recueillir presque chaque jour des preuves qui corroborent les assertions de ces philosophes.

Ils divisaient en cycles les interminables périodes de l’existence humaine sur cette planète. Dans chaque cycle, le genre humain atteignait, graduellement, le point culminant de la plus haute civilisation pour retomber ensuite, graduellement, dans la barbarie la plus abjecte. La hauteur à laquelle la race, dans sa montée, est plusieurs fois parvenue ne peut être que vaguement soupçonnée, grâce aux monuments antiques et merveilleux qui survivent, et en lisant les descriptions qu’Herodote a laissées d’autres œuvres extraordinaires dont il ne reste plus de traces aujourd’hui. Même à son époque, les structures gigantesques de maintes pyramides et de bien des temples renommés n’étaient déjà plus que des monceaux de ruines. Dispersés par la main impitoyable du Temps, ces monuments sont décrits par le Père de l’Histoire comme « les témoins vénérables de la gloire depuis longtemps abolie de nos ancêtres ». Il « évite de parler des choses divines » et il ne donne à la postérité que l’imparfaite description, d’après ouï-dire, de quelques merveilleuses chambres souterraines du Labyrinthe où gisaient – et gisent encore – cachés, les restes sacrés des Rois Initiés.

Nous pouvons encore nous faire une idée du haut degré de civilisation atteint à certaines périodes de l’antiquité par les descriptions historiques de l’âge des Ptolémées. Cependant, à cette époque déjà, les arts et les sciences étaient considérés comme en décadence et bien des secrets en étaient perdus. Dans les récentes fouilles de Mariette Bey, au pied des Pyramides, on a exhumé des statues en bois et d’autres reliques qui montrent que, longtemps avant la période des premières dynasties de l’Égypte, on était parvenu à une perfection et à un raffinement artistique capable d’exciter l’admiration des plus ardents panégyristes de l’art grec. Bayard Taylor décrit ces statues dans une de ses conférences et nous dit que la beauté des têtes aux yeux de pierres précieuses et aux paupières de cuivre ne peut point être surpassée. Bien au-dessous de la couche de sable dans laquelle ont été trouvés les restes qui figurent dans les collections de Lepsius, d’Abbott et du British Museum, on a trouvé enfouies des preuves tangibles de la doctrine Hermétique des Cycles que nous avons exposées déjà.

Le Dr Schliemann, l’Helléniste enthousiaste, a découvert récemment, au cours de fouilles pratiquées en Troade, des preuves nombreuses du changement graduel de la barbarie à la civilisation et de la civilisation à la barbarie. Si les hommes antédiluviens ont donc été nos maîtres en certaines sciences, s’ils ont connu et merveilleusement pratiqué des arts que nous tenons maintenant pour perdus, ils peuvent également avoir excellé dans les sciences psychologiques. Une pareille hypothèse peut être tenue pour aussi raisonnable que toute autre jusqu’à ce que quelque preuve du contraire vienne l’infirmer.

Tout vrai savant admet qu’à bien des égards le savoir humain est encore dans l’enfance. Est-ce parce que notre Cycle a commencé à une époque relativement récente ? Ces Cycles, suivant la philosophie chaldéenne, n’embrassent pas tout le genre humain en même temps. Le professeur Draper confirme partiellement cette théorie : il dit que les périodes que la géologie « a trouvées commodes pour diviser la marche de l’homme dans la civilisation, ne sont pas des époques infranchissables, qu’elles ne valent pas simultanément pour toute la race humaine ». Il donne comme exemples les Indiens nomades de l’Amérique qui, en ce moment, sortent à peine de l’âge de pierre. Ainsi, plus d’une fois, par mégarde, les savants ont confirmé le témoignage des anciens.

Tout cabaliste, bien au courant du système des nombres de Pythagore et de sa géométrie, peut démontrer que les idées métaphysiques de Platon étaient fondées sur les principes mathématiques les plus stricts. « Les vraies mathématiques, dit le Magicon, sont cette chose avec laquelle toutes les sciences supérieures ont une étroite connexion ; les mathématiques ordinaires ne sont qu’une trompeuse fantasmagorie. Leur infaillibilité, tant vantée, vient uniquement de ce qu’elles ont pour bases des matériaux, des conditions et des références dont elles se réclament ». Les savants qui croient avoir adopté la méthode d’Aristote tout simplement parce qu’ils se traînent, à moins qu’ils ne courent ou remontent, des particuliers démontrés aux universaux, glorifient cette méthode de philosophie inductive et repoussent celle de Platon qu’ils accusent de n’être pas substantielle. Le professeur Draper déplore que des mystiques spéculatifs, tels qu’Ammonius Saccas et Plotin, aient pris la, place des « sévères géomètres de l’ancien museum (56) ». Il oublie que, de toutes les sciences, la géométrie est la seule qui procède des universaux aux particuliers, or c’est précisément la méthode adoptée par Platon dans sa philosophie. Tant que la science exacte limitera ses observations aux choses physiques, et progressera à l’instar d’Aristote, elle ne pourra certainement pas échouer. Mais, quoique le monde matériel n’ait pas de bornes pour nous, il n’en est pas moins limité et, par conséquent, le matérialisme tournera, éternellement, dans ce cercle vicieux, impuissant à s’élever plus haut que la circonférence ne le lui permettra. La théorie cosmologique des nombres que Pythagore avait apprise des hiérophantes égyptiens est seule capable de réconcilier les deux unités : la matière et l’esprit, et permet à chacune d’elles de démontrer l’autre, mathématiquement.

Les nombres sacrés de l’Univers, dans leur combinaison ésotérique, résolvent le grand problème, expliquent la théorie du rayonnement et le cycle des émanations. Les ordres inférieurs, avant de se développer en ordres supérieurs, doivent émaner des ordres spirituels plus élevés et, arrivés au point tournant, être réabsorbés de nouveau dans l’infini.

La physiologie, comme tout le reste, en ce monde de constante évolution, est sujette à la révolution cyclique. Comme elle paraît maintenant émerger à peine des ombres de l’arc inférieur, il pourra être démontré un jour qu’elle avait atteint le plus haut point de la circonférence longtemps avant l’époque de Pythagore.

Mochus le Sidonien, physiologiste qui professait la science de l’anatomie, florissait longtemps avant le Sage de Samos et ce dernier reçut les instructions sacrées des disciples et des descendants de Mochus. Pythagore, le pur philosophe profondément versé dans les phénomènes les plus élevés de la nature, noble héritier de la science antique, eut l’ambition grandiose de délivrer l’âme de l’entrave des sens et de la contraindre à se rendre compte de sa puissance : aussi doit-il vivre éternellement dans la mémoire des hommes.

Le voile impénétrable du secret absolu était jeté sur les sciences enseignées dans le sanctuaire. Telle est la cause du dénigrement des philosophies antiques. Platon et Philon le juif ont même été accusés, par plusieurs commentateurs, d’absurdes inconséquences : alors que le sens caché dans le dédale des contradictions métaphysiques si embarrassantes pour le lecteur du Timée, n’est que trop évident. Mais Platon a-t-il jamais été lu avec compréhension par ceux qui se sont donné la mission d’expliquer les classiques ? C’est la question qui s’impose en raison des critiques que l’on trouve dans des auteurs tels que Stallbaum, Schleirmacher, Ficinus (Traduction latine), Heindorf, Sydenham, Buttmann, Thomas Taylor et Burges. Pour ne rien dire des autres dont l’autorité est moindre. Les allusions voilées, faites par le philosophe grec, aux choses ésotériques ont, évidemment, dérouté au dernier point ces commentateurs. Non seulement ils suggèrent avec un sang-froid éhonté que, dans certains passages difficiles, c’était une autre phraséologie qu’on voulait certainement employer ; mais encore, dans certains cas, ils font des changements audacieux. Le vers d’Orphée : Son chant clôt l’ordre de la sixième race… Qui ne peut être interprété que comme une allusion à la sixième race développée dans les évolutions consécutives des sphères (57) fait dire à Burges que ce vers « était, évidemment, tiré d’une cosmogonie dans laquelle l’homme est censé avoir été créé le dernier (58) ». Lorsqu’on entreprend d’éditer les ouvrages d’un autre, ne devrait-on pas, au moins, comprendre ce que veut dire l’auteur ?

Lire la suite ... partie 3
image_pdfEnregistrerimage_printImprimer