Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre I – DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX
« Ego sum qui sum ».
Axiome de Philosophie Hermétique.
Nous avons commencé notre recherche au point où la conjecture moderne replie ses ailes infidèles. Et, pour nous, nous avions les éléments communs de science que les sages d’aujourd’hui méprisent comme d’extravagantes chimères, ou dont ils désespèrent d’explorer les mystères insondables.
BULWER-LYTTON, Zanoni.
Il existe quelque part, dans ce vaste univers, un vieux Livre – un livre tellement vieux que nos modernes antiquaires pourraient examiner ses pages un temps infini et cependant ne pas s’accorder tout à fait quant à la nature du support sur lequel il est écrit. C’est le seul exemplaire original existant actuellement. Le plus ancien document hébreu sur la science occulte – le Siphra Dzeniouta – a été compilé d’après ce livre et ce fut à une époque où on le considérait déjà comme une relique littéraire. Une de ses illustrations représente la Divine Essence émanant d’Adam (52) comme un arc lumineux en train de former un cercle. Après avoir atteint le plus haut point de la circonférence, la Gloire ineffable se courbe pour revenir vers la terre et amène dans son tourbillon un type supérieur d’humanité. Plus elle approche de notre planète plus l’Émanation devient ombreuse, si bien qu’en touchant le sol, elle est aussi noire que la nuit.
D’après les philosophes hermétistes de tous les temps (et leur conviction serait basée sur une expérience de soixante-dix mille ans) (53), la matière, en raison du péché, devient, au cours des temps, plus grossière et plus dense que lors de la formation de l’homme ; au commencement, le corps humain était d’une nature semi-éthérée et, avant la chute, l’homme communiquait librement avec les univers maintenant invisibles. Mais, depuis, la matière est devenue la formidable barrière entre nous et le monde des esprits. Les plus vieilles traditions ésotériques enseignent aussi qu’avant l’Adam mystique, de nombreuses races d’êtres humains ont vécu et sont mortes, chacune faisant place à une autre. Ces types antérieurs étaient-ils plus parfaits ? L’un d’eux appartenait-il à cette race ailée d’hommes mentionnée par Platon dans Le Phèdre ? La solution de ce problème est du domaine de la science. Les cavernes de France et les reliques de l’âge de pierre fournissent un point de départ.
En cours de cycle, les yeux de l’homme s’ouvrirent de plus en plus jusqu’au moment où il vint à connaître « le bien et le mal » autant que les Elohim eux-mêmes. Ayant atteint son apogée, le cycle commença sa courbe descendante. Lorsque l’arc atteignit un certain point qui le plaçait parallèlement à la ligne fixe de notre plan terrestre, l’homme fut pourvu par la nature « de vêtements de peau » et le Seigneur Dieu « les revêtit ».
Cette croyance à la préexistence d’une race beaucoup plus spirituelle que celle à laquelle nous appartenons maintenant, peut être suivie en remontant les traditions les plus anciennes de presque chaque peuple. Dans l’ancien manuscrit Quiché, publié par Brasseur de Bourbourg – le Popol Vuh – les premiers hommes sont désignés comme appartenant à une race douée de la raison et de la parole, dont la vue était illimitée, connaissant, d’emblée, toutes choses. D’après Philon le Juif, l’air est rempli d’une multitude d’esprits, dont certains sont affranchis du mal et immortels, d’autres pernicieux et mortels. « Nous descendons des enfants d’EL et nous devons redevenir les enfants d’EL ». La déclaration du gnostique anonyme qui a écrit l’Évangile selon saint Jean est claire : « À tous ceux qui L’ont reçu, c’est-à-dire à tous ceux qui pratiquent la doctrine ésotérique de Jésus, Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. » Cette déclaration désigne la même croyance. « Ne savez-vous point que vous êtes des Dieux ? »s’écrie le Maître. Platon décrit admirablement dans Le Phèdre, l’état antérieur de l’homme et ce qu’il redeviendra : avant et après la « perte de ses ailes » quand « il vivait parmi les dieux et qu’il était lui-même un dieu dans le monde aérien ». Depuis les temps les plus reculés, les philosophies religieuses ont envisagé que l’Univers entier était rempli d’êtres divins et spirituels de diverses races. De l’une d’elles, dans le cours des âges, sortit Adam, l’homme primitif.
Les Kalmoucks et quelques tribus de Sibérie décrivent aussi dans leurs légendes des créations antérieures à notre race présente. Ces êtres, disent-ils, étaient doués de connaissances presque sans limites et, dans leur audace, ils allèrent jusqu’à la menace de se révolter contre le grand Esprit, leur chef. Pour les punir de leur présomption et les humilier, il les enferma dans des corps et, de cette façon, enferma leurs sens. Ils ne peuvent s’évader que par un long repentir, la purification et le développement. Suivant eux, leurs Shamans jouissent, à l’occasion, des pouvoirs divins possédés autrefois par tous les êtres humains.
La Bibliothèque Astor, de New-York, s’est récemment enrichie du fac-similé d’un Traité Égyptien de médecine écrit au XVIème siècle avant Jésus-Christ (ou, plus précisément, en 1552), ce qui, selon la chronologie communément adoptée, est l’époque où Moise avait juste 21 ans. L’original est écrit sur l’écorce intérieure d’un Cyperus papyrus et le professeur Schenk, de Leipzig, l’a déclaré non seulement authentique mais encore le plus parfait qu’on ait jamais vu. Il consiste en une simple feuille de papyrus jaune foncé, de la plus belle qualité, 30 centimètres de large sur plus de 20 mètres de long et formant un rouleau divisé en 110 pages, toutes soigneusement numérotées. Il a été acheté en Égypte en 1872-1873 par l’archéologue Ebers « d’un riche arabe de Luxor ». La New-York Tribune, commentant ce fait, s’exprime ainsi : « ce papyrus porte en lui-même la preuve qu’il est un des six Livres Hermétiques sur la Médecine mentionnés par Clement d’Alexandrie. »
L’éditeur dit en outre : « Au temps de Jamblique, en 363 après J.-C., les prêtres Égyptiens montraient quarante-deux livres qu’ils attribuaient à Hermès (Thuti). Parmi ces livres, au dire de cet auteur, trente-six contenaient l’histoire de toutes les connaissances humaines : les six derniers traitaient de l’anatomie, de la pathologie, des affections des yeux, des instruments de chirurgie, et des médicaments (54). Le papyrus Ebers est, incontestablement, l’un de ces anciens ouvrages hermétiques. »
Si un rayon de lumière aussi éclatant a été projeté sur la science ancienne des Égyptiens par la rencontre fortuite (?) d’un archéologue allemand avec un riche Arabe de Luxor, comment pouvons-nous savoir quel rayon de soleil peut se glisser dans les cryptes sombres de l’histoire, grâce à quelque rencontre également fortuite entre quelque autre Égyptien fortuné et quelque autre étudiant entreprenant de l’antiquité !
Les découvertes de la science moderne ne sont point en désaccord avec les plus anciennes traditions qui attribuent une incroyable antiquité à notre race. Ces dernières années, la géologie, qui jusqu’alors n’avait pu trouver trace de l’homme antérieurement à la période tertiaire, a découvert avec preuves irréfutables à l’appui, que l’existence de la race humaine est antérieure à la dernière glaciation d’Europe, c’est-à-dire remontent à plus de 250.000 ans. C’est une rude pilule à avaler, pour la Théologie Patristique, mais c’est un fait accepté par les anciens philosophes.
De plus, des outils fossiles ont été retrouvés en même temps que des restes humains qui prouvent que l’homme chassait à ces époques reculées et savait faire du feu. Mais le dernier pas dans cette recherche de l’origine de la race n’a point encore été fait. La science s’arrête court en attendant de nouvelles preuves. Malheureusement, l’anthropologie et la psychologie ne possèdent pas de Cuvier ; les géologues et les archéologues sont incapables de reconstruire, d’après les fragments découverts, jusqu’à présent, le squelette complet de l’homme triple physique, intellectuel et spirituel. Les outils fossiles de l’homme qu’on a découverts, sont d’autant plus mal dégrossis et plus grossiers que la géologie pénètre plus avant dans les entrailles de la terre : d’où la science conclut que plus on approche de l’origine des hommes, plus ils ont dû être sauvages et proches de la brute. Étrange logique ? Les restes trouvés dans les grottes de Devon prouvent-ils qu’il n’existait point de races contemporaines qui fussent éminemment civilisées ? Lorsque la population actuelle de la terre aura disparu, si quelque archéologue de la « race future » creuse le sol et y découvre des instruments ayant appartenu à l’une de nos tribus de l’Inde ou de l’île d’Andaman, pourra-t-il légitimement conclure que les hommes du XIXème siècle « sortaient à peine de l’âge de pierre ».
C’était, récemment, la mode de souligner « les insoutenables conceptions d’un passé inculte ». Comme s’il était possible de masquer sous une épigramme les emprunts intellectuels grâce auxquels les réputations de tant de philosophes modernes se sont établies ! Tyndall est toujours prêt à dénigrer les philosophes de l’antiquité – dont pourtant plus d’un savant distingué a retiré honneur et crédit en se bornant à vêtir leurs idées à sa façon ; ainsi les géologues semblent de plus en plus enclins à tenir pour établi que toutes les races archaïques étaient simultanément dans la plus grossière barbarie. Mais ce n’est pas l’opinion de tous les gens faisant autorité. Quelques-uns des plus éminents soutiennent même le contraire. Max Muller, par exemple, dit : « Bien des choses nous sont encore inintelligibles : le langage hiéroglyphique de l’antiquité ne nous révèle que la moitié des intentions inconscientes de l’esprit. Cependant, quel que soit le climat où nous la trouvions, plus l’image de l’homme se dresse devant nous, plus elle nous paraît noble et pure dès le commencement. Peu à peu, nous apprenons à comprendre même ses erreurs, et nous commençons même à interpréter ses rêves. Aussi loin que nous puissions remonter d’après les traces que l’homme a laissées, dans les couches les plus profondes de l’histoire, nous constatons le don divin d’une intelligence saine et sobre dont il fut doté dès le début. Aussi l’idée d’une humanité émergeant lentement des bas-fonds de la bestialité ne peut plus être soutenue (55) ».
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