CRIMES CHRETIENS ET VERTUS PAIENNES – Partie 3

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre II – CRIMES CHRETIENS ET VERTUS PAIENNES

Partie 1Partie 2Partie 3Partie 4Partie 5Partie 6
Partie 7Partie 8Partie 9Partie 10Partie 11Partie 12

Ces boucheries au nom de leur dieu Moloch empêchèrent-elles ces chercheurs de trésors de pratiquer eux-mêmes la magie noire ? Pas le moins du monde ; car nulle part les consulteurs d’esprits « familiers » ne furent plus nombreux que parmi le clergé des XVème, XVIème et XVIIème siècles. Sans doute, il y eut quelques prêtres catholiques parmi les victimes, mais bien que celles-ci fussent généralement accusées de « s’être rendues coupables de pratiques trop révoltantes pour qu’on en fasse mention », cela n’a certainement pas été le cas. Dans les vingt-neuf exécutions cataloguées ci-dessus, nous trouvons parmi ceux qui furent brûlés les noms de douze vicaires, de quatre chanoines et de deux docteurs en théologie. Mais si nous consultons les livres écrits â cette époque nous nous rendrons facilement compte que tout prêtre romain brûlé était accusé « d’hérésie damnable », c’est-à-dire qu’il penchait pour la réforme, un crime autrement sérieux que celui de sorcellerie.

Que ceux qui veulent se documenter sur la manière dont le clergé catholique unissait le devoir à l’agrément en matière d’exorcisme, de vengeance, et de recherche des trésors, se donnent la peine de consulter le volume II, chapitre I du History of the supernatural, de W. Howitt. Ce vénérable auteur nous affirme que « toutes les formules d’adjuration et de conjuration sont inscrites dans le livre dénommé : Pneumatologia Occulta et Vera ». Il continue alors en donnant une longue description du modus operandi le plus usité. Le Dogme et rituel de la Haute Magie de feu Eliphas Levi, traité avec tant de mépris par des Mousseaux, ne parle que des cérémonies et pratiques légalement permises aux prêtres du moyen âge avec le consentement tacite, sinon manifeste, de l’Eglise. Le prêtre exorciseur se plaçait, à minuit, au centre d’un cercle, revêtu d’un surplis neuf, et portait autour du cou une étole consacrée, couverte de caractères sacrés. Sur la tête, il portait un bonnet pointu, sur le devant duquel la parole sacrée Tetragammaton – le nom ineffable était écrit en caractères hébreux. Ce nom était écrit avec une plume neuve, trempée dans le sang d’une colombe blanche. Ce que les exorciseurs recherchaient le plus, était de délivrer les misérables esprits, qui hantent les lieux où gisent des trésors enfouis. L’exorciseur arrosait le cercle avec le sang d’un agneau noir et d’un pigeon blanc. Le prêtre conjurait alors les mauvais esprits de l’enfer, Acheront, Magoth, Asmodei, Beelzébub, Belial et toutes les âmes damnées, aux noms puissants de Jéhovah, Adonaï, Elohah, et Sabaïoth, ce dernier étant le dieu d’Abraham(), d’Isaac() et de Jacob(), qui demeure dans l’Urim et le Thummin. Lorsque les âmes damnées ripostaient à l’exorciseur qu’il n’était qu’un pécheur et qu’il ne leur arracherait pas le trésor, le prêtre sorcier devait répondre que « tous les péchés étaient lavés dans le sang du Christ (129) et qu’il leur ordonnait de se retirer en esprits maudits et mouches damnées qu’elles étaient ». Lorsque enfin l’exorciseur les avait délogés, la pauvre âme était « réconfortée au nom du Sauveur, et confiée aux soins des bons anges », qui devaient être moins puissants, croyons-nous, que les dignes exorciseurs catholiques, « et le trésor reconquis restait naturellement acquis à l’Eglise ».

« Certains jours », ajoute Howitt, « sont signalés dans le calendrier de l’Eglise, comme particulièrement favorables à la pratique de l’exorcisme ; et si les démons sont difficiles à chasser, une fumigation de soufre, d’assafétida, de fiel d’ours et de rue, est recommandée ce qui aurait pour effet d’empester même les démons (130) ».

Voilà l’Eglise et le sacerdoce qui, au cours du XIXème siècle, emploie 5.000 prêtres pour enseigner au peuple des Etats-Unis l’inexactitude de la science et l’infaillibilité de l’Evêque de Rome !

Nous avons déjà constaté l’aveu d’un éminent prélat que l’élimination de Satan de la théologie serait fatal à l’existence de l’Eglise. Cela n’est vrai qu’à moitié. Le Prince du Péché n’existerait plus, sans doute, mais le Péché lui-même survivrait. Avec la destruction du Diable, les Articles de foi et la Bible resteraient. En somme, il y aurait encore une prétendue révélation divine, et un besoin d’interprètes inspirés qui s’arrogent eux-mêmes ce titre. Par conséquent nous devons avant tout considérer l’authenticité de la Bible elle-même. Etudions-la page par page, et voyons si, vraiment, elle contient les commandements de la Divinité, ou si elle n’est qu’un ramassis d’anciennes traditions et de mythes démodés. Interprétons-les, si possible, nous-mêmes. Quant à ses prétendus interprètes la seule ressemblance que nous leur trouvons dans la Bible, est celle de l’homme décrit par le sage roi Salomon, dans ses Proverbes ; celui qui commet les « six choses que hait l’Eternel, et même sept qu’il a en horreur ; les yeux hautains, la langue menteuse, les mains qui répandent le sang innocent, le cœur qui médite des projets iniques, les pieds qui se hâtent de courir au mal, le faux témoin qui dit des mensonges, et celui qui excite des querelles entre frères » (Proverbes, VI, 16, 17, 18, 19).

Quelle est, parmi ces accusations, celle qui ne pourrait s’adapter à la longue liste de ceux qui ont laissé la trace de leurs pas dans le Vatican ?

« Lorsque les démons, dit saint Augustin, s’insinuent dans une créature, ils commencent par se conformer à la volonté de chacun… Pour attirer les hommes, ils commencent par les séduire en simulant l’obéissance… Comment pourrait-on connaître, sans en avoir été instruit par les démons eux-mêmes, ce qu’ils aiment et ce qu’ils haïssent ; le nom qui les attire, ou celui qui les force à obéir ; tout cet art de la magie qui est le résumé de la science des magiciens (131) ?

À cette impressionnante dissertation du « Saint », nous nous permettrons d’ajouter qu’aucun magicien n’a jamais nié avoir appris l’art par l’entremise des « esprits » soit qu’en raison de sa médiumnité, ils aient agi sur lui indépendamment de sa volonté, soit qu’il ait été initié à la science des « évocations », par ses ancêtres qui la connaissaient avant lui. Mais alors, qui l’enseigna à l’exorciseur ? Le prêtre qui se revêt de son autorité non seulement sur le magicien, mais même aussi sur ces « esprits » qu’il nomme des démons et des diables dès le moment qu’ils obéissent à quelqu’un d’autre que lui ? Il doit avoir appris quelque part et de quelqu’un à manier le pouvoir qu’il prétend posséder. Car, comme le dit saint Augustin« comment savoir qu’il n’a pas appris des démons eux-mêmes… le nom qui les attire, ou celui qui les force à obéir » ?

 Inutile de dire que nous connaissons d’avance la réponse qu’on nous donnera : « La Révélation… le don divin… le Fils de Dieu ; que dis-je, Dieu lui-même, par l’entremise directe de Son Esprit, qui descendit sur les apôtres par le feu de la Pentecôte », et qui est censé adombrer aujourd’hui chaque prêtre auquel il prend la fantaisie d’exorciser pour la gloire ou pour son profit. Devons-nous croire alors, que le récent scandale d’exorcisme public, pratiqué vers le 14 octobre 1876 par le Curé de l’Eglise du Saint-Esprit à Barcelone, Espagne, a aussi été exécuté sous la direction toute Spéciale du Saint-Esprit (132) (132b) (132c) ? » On prétend que « l’évêque n’était pas au courant de cette fantaisie de son clergé » ; mais même s’il l’avait été, comment aurait-il pu protester contre un rite, qui depuis l’époque des apôtres, était considéré comme une des prérogatives les plus sacrées de l’Eglise de Rome ? Sans aller plus loin que 1852, c’est-à-dire il y a seulement vingt-cinq ans, ces rites furent publiquement et solennellement sanctionnés par le Vatican, et un nouveau Rituel des Exorcismes fut publié à Rome, à Paris et dans d’autres capitales de l’Europe catholique.

Des Mousseaux, écrivant sous les auspices du Père Ventura, Général des Théatins de Rome, va jusqu’à nous donner de longs extraits de ce célèbre rituel, et explique pourquoi il fut de nouveau mis en vigueur. Ce fut à la suite de la réapparition de la Magie, sous le nom de Spiritisme Moderne (133). On déterra la bulle du pape Innocent VIII, et on la traduisit pour le bénéfice des lecteurs de des Mousseaux. « On nous dit, s’écrie le Souverain Pontife, qu’un grand nombre de personnes des deux sexes n’ont pas craint d’entrer en relation avec les esprits des enfers ; et qu’en pratiquant la sorcellerie… ils rendent stériles le lit conjugal, ils détruisent les germes d’humanité dans le sein des mères, ils leur jettent des sorts, et empêchent la multiplication des bêtes… etc., etc. ». Viennent ensuite les malédictions et les anathèmes contre des pareilles pratiques (134).

Cette croyance chez le Souverain Pontife d’un pays chrétien civilisé est un héritage direct des masses les plus ignorantes, de la lie des peuplades méridionales de l’Inde, les « païens ». Les arts diaboliques de certaines Kângâlins (sorcières) et jâdûgar (magiciens) obtiennent une croyance illimitée chez ces peuples. Voici quelques-uns de leurs pouvoirs les plus redoutés : inspirer à volonté l’amour ou la haine ; envoyer le diable prendre possession et torturer une personne ; le chasser ; frapper de mort subite ou communiquer une maladie incurable ; semer les épidémies parmi le bétail ou l’en préserver ; composer des philtres qui frappent de stérilité les hommes et les femmes, ou qui provoquent chez eux des passions effrénées, etc., etc. La seule vue d’un homme ayant la réputation d’un sorcier, met une terreur mortelle au cœur des Hindous.

Citons maintenant, à ce sujet, la remarque judicieuse d’un écrivain qui vécut pendant plusieurs années en Inde, étudiant l’origine de ces superstitions : « La Magie vulgaire aux Indes, telle une infiltration corrompue, va de concert avec les plus nobles croyances des sectateurs des Pitris. Elle était l’œuvre du plus bas clergé, et son but était de tenir le peuple dans un perpétuel état de terreur. C’est ainsi qu’à toutes les époques et sous chaque latitude, côte à côte avec les notions philosophiques les plus élevées, on trouve toujours la religion de la canaille (135). » En Inde, ce fut l’œuvre du plus bas clergé ; à Rome, c’est celle des Souverains Pontifes. Mais, n’ont-ils pas pour cela l’autorité de leur plus grand saint, Augustin, qui déclare que « celui qui ne croit pas aux mauvais esprits, refuse aussi de croire aux Saintes Ecritures (136) ? »

C’est pour cette raison que, dans la seconde moitié du XIXème siècle, nous voyons le conseiller de la Sacrée Congrégation des Rites (exorcisme de démons y compris) le Père Ventura de Raulica, écrire ce qui suit, dans une lettre publiée par des Mousseaux en 1865 :

« Nous sommes en pleine magie ! et sous un faux nom ; l’esprit de mensonge et d’impudicité continue à perpétrer ses horribles déprécations… Le plus grave de tout cela c’est que les personnes les plus sérieuses n’attachent pas aux étranges phénomènes l’importance qu’ils méritent, ces manifestations auxquelles nous assistons et qui deviennent de jour en jour plus étranges, surprenantes, et disons-le, fatales.

À ce point de vue, je ne puis assez louer et admirer le zèle et le courage que vous déployez dans votre œuvre. Les faits que vous avez recueillis sont calculés pour jeter la lumière et la conviction dans l’âme des plus sceptiques ; après la lecture de cet ouvrage remarquable, écrit avec une conscience et une érudition si grandes, l’aveuglement n’est plus possible.

Si quoi que ce soit pouvait me surprendre, ce serait l’indifférence avec laquelle la fausse Science a traité ces phénomènes, en cherchant, ainsi qu’elle le fait, à tourner en ridicule un sujet aussi grave ; la simplicité puérile dont elle fait preuve, en voulant expliquer les faits au moyen d’hypothèses absurdes et contradictoires…

(Signé) « Père Ventura de Raulica, etc., etc. (137) ».

Encouragé de cette manière par les plus hautes autorités de l’Eglise de Rome, anciennes et modernes, le chevalier conclut à la nécessité et à l’efficacité de l’exorcisme par les prêtres. Il cherche à démontrer par la foi, cela va sans dire – que le pouvoir des esprits de l’enfer a un rapport étroit avec certains rites, paroles et signes. « Dans le catholicisme diabolique, dit-il, aussi bien que le catholicisme divin, la grâce potentielle est liée à certains signes. » Tandis que le pouvoir du prêtre catholique lui vient de Dieu, celui du prêtre païen lui vient du Diable. Or le Diable, ajoute-t-il, « est forcé de se soumettre » devant le Saint ministre de Dieu – « il n’ose pas MENTIR (138) ».

Nous ferons remarquer au lecteur que nous avons souligné la phrase, voulant examiner son exactitude en toute impartialité. Nous sommes préparés à fournir des preuves irréfutables et irréfutées même par l’église de Rome, forcée qu’elle a été de les accepter – preuves de centaines de cas en relation avec ses dogmes les plus sacrés, où les « esprits » ont menti du commencement à la fin. Que dirons-nous de certaines saintes reliques dont l’authenticité est prouvée par des visions de la Sainte Vierge et de toute une légion de saints ? Nous avons devant nous un traité écrit par un pieux catholique, Guibert de Nogent, où il parle des reliques des saints. Il confesse avec un sincère désespoir qu’il existe « un grand nombre de fausses reliques, de même que de fausses légendes », et il critique sévèrement les inventeurs de ces miracles mensongers. « Ce fut par rapport à une des dents de Notre Sauveur écrit l’auteur de Demonologia, que de Nogent prit la plume à ce sujet ; ce fut au moyen de cette dent que les moines de Saint-Médard de Soissons prétendirent opérer des miracles ; cette prétention, ajoute-t-il, était aussi chimérique que celle des personnes qui croyaient posséder le nombril et les autres parties plus intimes du corps du Christ (139) ».

Stevens (140c) nous informe qu’un « Moine de Saint-Antoine, ayant été à Jérusalem, y vit quelques reliques, entre autres une phalange du doigt du Saint Esprit, aussi saine et entière que jamais ; le nez du séraphin qui apparut à saint François ; un ongle de chérubin ; une côte du Verbum caro factum est (Le Verbe fait chair) ; quelques rayons de l’étoile qui apparut aux trois rois Mages ; un flacon plein de la sueur de saint Michel, laquelle coula de son corps pendant son combat avec le Diable… etc. » Toutes ces choses, dit le collectionneur de reliques, « je les ai ramenées avec moi, très dévotement ».

Si ce qui précède est mis à l’écart comme l’invention d’un ennemi protestant, on nous permettra de citer l’Histoire d’Angleterre, et certains documents authentiques qui affirment l’existence d’une relique non moins extraordinaire que la meilleure de celles-là. Henri III reçut du Grand Maître des Templiers une fiole contenant quelques gouttes du sang sacré que le Christ versa sur la croix. Son authenticité était attestée par les sceaux du Patriarche de Jérusalem et autres. La procession transportant la fiole sacrée de saint Paul à l’abbaye de Westminster est décrite comme suit par l’historien : « Deux moines reçurent la fiole et la déposèrent dans l’Abbaye… ce qui fit briller de gloire toute l’Angleterre en la consacrant à Dieu et à saint Edouard (141c). »

Lire la suite … partie 4
image_pdfEnregistrerimage_printImprimer