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COSMOGONIES ORIENTALES ET ANNALES BIBLIQUES – Partie 5

Mais revenons à notre Sophia-Achamoth et à la croyance des véritables Chrétiens Primitifs.

Après avoir produit lïda-Baoth, Ilda de דלי , un enfant, et Baoth de ,צייב l’oeuf ou תוחב , Baoth, un pays désolé, une désolation, Sophia-Achamoth souffrit à ce point du contact de la matière, qu’après une lutte extraordinaire elle s’échappe enfin du chaos fangeux. Bien qu’ignorante du Pleroma, sa région maternelle, elle atteint l’espace médian et réussit à secouer les particules matérielles qui se sont attachées à sa nature spirituelle ; après quoi, elle se met immédiatement à élever une barrière infranchissable entre le monde des intelligences (Esprits) et celui de la matière.

Ilda-Baoth, par conséquent, est le « fils des ténèbres », le créateur de notre monde de péché (sa partie physique). Il suit l’exemple de Bythos et engendre six esprits stellaires (fils). Ils sont tous à son image et des réflexions les uns des autres, qui deviennent plus denses à mesure qu’ils s’éloignent de leur père. Avec celui-ci ils habitent sept régions disposées comme une échelle, commençant au-dessous de l’espace médian, la région de leur mère, Sophia-Achamoth, et se terminant par notre terre, la septième région. Ce sont, donc, les Génies des sept sphères planétaires, dont la plus inférieure est la région de notre Terre (la sphère qui l’entoure, c’est-à-dire, notre æther). Les noms respectifs de ces Génies des sphères sont : Iove (Jehovah), Sabaoth, Adonaïos Eloïos, Ouraios, Astaphaïos (409c). Les quatre premiers, ainsi qu’on le sait, sont les noms mystiques du « Seigneur Dieu » juif (410), étant, ainsi que le dit King, « rabaissé par les Ophites au point de servir d’assistant aux subordonnés du Créateur ; les deux derniers noms sont ceux des Génies du Feu et de l’Eau ».

Ilda-Baoth, que plusieurs sectes considèrent comme le Dieu de Moise, n’était pas un pur esprit ; il est ambitieux et orgueilleux, et n’acceptant pas la lumière spirituelle que lui offre sa mère, Sophia-Achamoth, il se met à l’œuvre pour créer un monde à lui. Aidé de ses fils, les six Génies planétaires, il façonne un homme ; mais celui-ci n’est pas un succès. C’est un monstre sans âme, ignorant, rampant à quatre pattes sur le sol, comme une bête matérielle. Ilda-Baoth se voit obligé d’implorer l’aide de sa mère spirituelle. Celle-ci lui transmet un rayon de la lumière divine, et de cette manière elle anime l’homme et le dote d’une âme. C’est alors que commence l’animosité d’Ilda-Baoth pour sa propre créature. Suivant l’impulsion de la lumière divine, les aspirations de l’homme s’élèvent de plus en plus haut ; bientôt il présente, non l’image d’Ilda-Baoth, son créateur, mais celle de l’Etre Suprême, « l’Homme Primitif », Ennoïa. Le Démiurge est alors rempli de colère et d’envie ; et, fixant son œil jaloux sur l’abîme de matière, son regard, envenimé de passion, s’y reflète soudain, comme dans un miroir ; la réflexion s’anime, et de l’abîme sort Satan, le serpent Ophiomorphos, « l’incorporation du sentiment d’envie et de ruse ». Il représente l’union de tout ce qui est abject dans la Matière, avec la haine, l’envie et l’astuce chez une intelligence spirituelle (411) ».

À la suite de cela, et toujours en dépit de la perfection de l’homme, Ilda-Baoth crée les trois règnes de la nature : le minéral, le végétal et l’animal, avec tous leurs instincts pernicieux et leurs mauvais penchants. Impuissant à détruire l’Arbre de la Connaissance, qui pousse dans sa sphère ainsi que dans chacune des régions planétaires, mais déterminé à éloigner l’homme de sa protectrice spirituelle, Ilda-Baoth lui défend de manger de son fruit, de peur qu’il ne dévoile à l’humanité les Mystères du monde supérieur. Mais Sophia-Achamoth, qui aime et protège l’homme qu’elle a animé, lui envoie son propre génie, Ophis, sous forme d’un serpent, pour lui conseiller de transgresser le commandement égoïste et injuste. L’ « homme » devient, de cette manière, capable de comprendre les mystères de la création.

Ilda-Baoth se venge alors, en punissant le premier couple, car l’Homme, par suite de sa connaissance, s’était déjà façonné une compagne de sa moitié spirituelle et matérielle. II emprisonne l’homme et la femme dans une prison de matière, dans le corps si peu en rapport avec sa nature, et dans lequel l’homme est toujours enfermé. Mais Achamoth le protège encore. Elle établit entre « l’homme » et la région céleste un courant de lumière divine, et continue à lui fournir l’illumination spirituelle.

Viennent ensuite les allégories embrassant la notion de dualisme, ou la lutte entre le bien et le mal, l’esprit et la matière, qu’on retrouve dans chaque cosmogonie, et dont il faut encore chercher la source dans l’Inde. Les types et les antitypes représentent les héros de ce Panthéon gnostique, emprunté aux âges mythopéiques les plus anciens ; mais, dans ces personnages, Ophis et Ophiomorphos, Sophia et Sophia-Achamoth, Adam-Kadmon et Adam, les génies planétaires et les Æons divins, il est facile de reconnaître les modèles de nos copies bibliques, les Patriarches.

On retrouve les Archanges, les Anges, les Vertus et les Puissances sous d’autres noms dans les Védas et le système bouddhique. L’Etre Suprême de l’Avesta, Zero-Ana, ou le « Temps illimité », est le type de toutes ces « Profondeurs », « Couronnes » gnostiques et cabalistiques, et même du Aïn-Soph chaldéen. Les six Amshâspands, créés par la « Parole » d’Ormazd, le « Premier Né », se reflètent dans le Bythos, et ses émanations, et l’antitype d’Ormazd-Abriman et ses devas entrent également dans la composition du Ilda-Baoth et des six Génies planétaires matériels, bien que non foncièrement mauvais.

Achamoth, attristée des maux qui affligent l’humanité, malgré sa protection, supplie sa mère céleste, Sophia, son antitype, d’intercéder auprès de la PROFONDEUR inconnue, pour qu’elle envoie Christos (le fils et l’émanation de la « Vierge Céleste ») afin de venir en aide à l’humanité mourante. Ilda-Baoth et ses six fils de matière excluent la lumière divine de l’humanité. L’homme doit être sauvé. Ilda-Baoth a déjà envoyé son agent, Jean-Baptiste, de la race de Seth, qu’il protège, comme un prophète à son peuple ; mais il n’a été écouté que par un petit nombre – les Nazaréens, les adversaires des Juifs, parce qu’ils adoraient Iurbo-Adunaï (412c). Achamoth avait affirmé à son fils, Ilda-Baoth, que le règne de Christos ne serait que temporel, et l’avait persuadé ainsi d’envoyer un avant-coureur, un précurseur. En outre, elle fait qu’il cause la naissance de l’homme Jésus de la Vierge Marie, son propre type sur la terre, « car la création d’un personnage matériel ne pouvait être que l’œuvre du Démiurge, car elle n’est pas du ressort d’un pouvoir supérieur. Aussitôt après la naissance de Jésus, Christos le Parfait, s’unissant à Sophia [la Sagesse et la Spiritualité] descendit à travers les sept régions planétaires, prenant dans chacune d’elles une forme analogue, et cachant sa véritable nature aux génies, tandis qu’il attirait à lui les étincelles de la lumière divine qu’ils retenaient dans leur essence. Ainsi, Christos entra dans l’Homme Jésus au moment de son baptême dans le Jourdain. Dès ce moment, Jésus commença à faire des miracles ; avant cette époque, il avait été complètement ignorant de sa mission (413) ».

Ilda-Baoth, se rendant compte que Christos était en train de mettre fin à son royaume de matière, excita les Juifs contre lui, et Jésus fut mis à mort (414). Une fois sur la croix, Christos et Sophia abandonnent son corps et retournent à leur propre sphère. Le corps matériel de l’homme Jésus est mis en terre, mais on lui donne un corps fait d’æther (âme astrale). « À partir de ce moment, il n’est qu’âme et esprit, raison pour laquelle ses disciples ne le reconnurent pas après sa résurrection. Dans cet état spirituel de simulacre, Jésus demeura encore sur terre pendant l’espace de dix-huit mois, après être ressuscité. Pendant ce dernier séjour, il reçut de Sophia la parfaite connaissance, la véritable Gnose, qu’il transmit aux quelques rares apôtres qui étaient capables de la recevoir ».

« Puis, montant dans l’espace médian, il s’assied à la droite de Ilda-Baoth, mais invisible pour lui, et de là il ramène à lui toutes les âmes qui ont été purifiées par la connaissance du Christ. Lorsqu’il aura réuni toute la lumière spirituelle qui existe dans la matière, dans l’empire d’Ilda-Baoth, la Rédemption sera accomplie et le monde sera détruit. Telle est la signification de la réabsorption de toute la lumière spirituelle dans le Plérome ou la Plénitude, d’où elle descendit à l’origine (415) ».

Ce qui précède est la description donnée par Theodoret et adoptée par King, dans ses Gnostics, avec des additions prises dans Epiphane et Irenee. Mais le premier en donne une version fort imparfaite, établie en partie sur des descriptions d’Irenee, et en partie sur sa propre connaissance des Ophites postérieurs, lesquels, vers la fin du IIIème siècle, avaient déjà fusionné avec d’autres sectes. Irenee, lui-même, les confond fréquemment, et ni l’un ni l’autre ne donnent avec exactitude la véritable théogonie des Ophites. Sauf quelques changements dans les noms, la théogonie ci-dessus détaillée était celle de tous les Gnostiques, celle aussi des Nazaréens. Ophis n’est que le successeur du Chnuphis égyptien, (Khnemu) le Dieu serpent, à tête de lion radiante, et dès l’antiquité la plus éloignée, il était considéré comme l’emblème de la sagesse, autrement dit Thoth, l’instructeur et le Sauveur de l’humanité, le « Fils de Dieu ». « Vivez sobrement, ô hommes… méritez votre immortalité ! » s’écrie Hermès, le trois fois grand Trismégiste. « Instructeur et guide de l’humanité, je vous conduirai au salut (416) ». C’est ainsi que les plus anciens sectaires considéraient Ophis, l’Agathodémon, comme identique au Christos, le serpent étant l’emblème de la sagesse céleste et de l’éternité et, dans le cas actuel, l’antitype du serpent Chnuphis égyptien. Ces Gnostiques, les premiers de notre ère chrétienne, maintenaient que : « le suprême Æon, ayant émis d’autres Æons, un de ceux-ci, une femme, Prunikos (la concupiscence), descendit dans le chaos, d’où, ne pouvant échapper, elle resta suspendue dans l’espace médian, trop chargée de matière pour pouvoir remonter, et ne pouvant tomber plus bas où il n’existait rien en affinité avec sa propre nature. Elle donna alors naissance à son fils Ilda-Baoth, le Dieu des Juifs, qui, à son tour, engendra sept Æons, ou Anges (417) qui créèrent les sept cieux » :

Cette pluralité de ciels faisait partie de la croyance des Chrétiens dès le début, car nous constatons que saint Paul() enseigne leur existence, et parle d’un homme « qui fut ravi jusqu’au troisième ciel » (2, Corinthiens, XII, 2). « Ilda-Baoth exclut ces sept anges de tout ce qui était au-dessus de lui, de peur qu’ils eussent connaissance de quoi que ce soit de plus élevé que lui (418). Ils créèrent alors l’homme, à l’image de leur père (419), mais incliné et rampant sur la terre comme un ver. Mais la Mère Céleste, Prunikos, désirant arracher à Ilda-Baoth le pouvoir dont elle l’avait involontairement doué, infuse à l’homme une étincelle céleste, l’âme. L’homme se met immédiatement debout, s’élance en pensée au-delà des limites des huit sphères et glorifie le Père Suprême, Celui qui est au-dessus de Ilda-Baoth. Celui-ci, rempli de jalousie, jette les yeux sur la couche la plus basse de la matière et engendre un Pouvoir sous forme d’un serpent, qu’ils [les Ophites] nomment son fils. Eve, lui obéissant comme au fils de Dieu, est persuadée de manger du fruit de l’Arbre de la Connaissance (420).

Il est évident que le serpent de la Genèse, qui apparaît soudainement et sans aucune introduction préliminaire, doit avoir été l’antitype des Archi-Dews perses, dont le chef est Ash-Mogh, le « serpent à deux pattes du mensonge ». Si le serpent biblique avait été privé de ses membres avant de tenter la femme à commettre le péché, pourquoi Dieu aurait-il spécifié que, pour le punir, il se traînerait « sur le ventre » ? On ne se l’imagine pas marchant debout sur l’extrémité de sa queue.

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