CONCLUSIONS ET ILLUSTRATIONS – partie 6

Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre XII - Conclusions et Illustrations

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Les Upàsakas et les Upâsikâs, ou hommes et femmes semi-monastiques et semi-laïques, doivent, de même que les moines lamas eux-mêmes, s’abstenir strictement de violer les règles du Bouddha, et s’attacher aussi bien qu’eux à l’étude du Meipo et de tous les phénomènes psychologiques. Ceux qui se rendent coupables d’un des « cinq péchés », perdent le droit de se joindre à la pieuse communauté. Les plus importants de ces interdits sont : ne maudire en aucune circonstance, car la malédiction retombe sur celui qui la profère, et souvent sur ses proches innocents, qui respirent la même atmosphère que lui. S’aimer les uns les autres et même nos ennemis les plus acharnés ; donner notre vie, même pour les animaux, au point de s’abstenir de porter des armes défensives ; remporter la plus grande victoire en se vainquant soi-même ; éviter tous les vices ; pratiquer toutes les vertus, et tout spécialement l’humilité et la douceur ; obéir à ses supérieurs ; chérir et respecter ses parents, les vieillards, le savoir, les hommes vertueux et saints ; donner nourriture, abri et réconfort aux hommes et aux animaux ; planter des arbres au bord des routes et creuser des puits pour le bien-être des voyageurs ; voilà quels sont les devoirs moraux des Bouddhistes. Tous les Anis ou Bikshunis (nonnes) sont astreints à ces lois.

Nombreux sont les saints bouddhistes et lamaïstes qui ont été renommés pour la sainteté de leur vie et leurs « miracles ». Ainsi, Tissu, l’instructeur spirituel de l’Empereur, qui consacra Kublaï-Khan, le Nadir- Shah, était connu au loin tant pour la sainteté de sa vie que pour les nombreux miracles qu’il produisit ; mais il ne s’en tint pas aux miracles inutiles, il fit mieux. Tissu purifia complètement sa religion ; et d’une seule province de Mongolie méridionale, il força, dit-on, Kublaï à chasser des couvents 500.000 moines imposteurs, qui faisaient de leur état le prétexte à une vie de vice et de paresse. Les Lamaïstes eurent encore leur grand réformateur le Shabéron Son-Ka-po, qu’on dit avoir été conçu d’une manière immaculée par sa mère, une vierge de Koko-nor, (XIVème siècle) et qui fut aussi faiseuse de miracles. L’arbre sacré de Kounboum, l’arbre des 10.000 images qui par suite de la dégénérescence de la véritable foi, avait cessé de bourgeonner pendant plusieurs siècles, commença à pousser des feuilles, dit la légende, et fleurit plus vigoureusement que jamais, des cheveux de cet avatar de Bouddha, dit la légende. Selon la même tradition Son-Ka-po monta au ciel en 1419. Contrairement aux idées prévalentes, peu de ces saints sont des Khubilhans, ou Shaberons – c’est-à-dire des réincarnations.

Beaucoup des lamaseries ont des écoles de magie, mais la plus célèbre de toutes est le collège du monastère du Shu-Tukt, auquel sont attachés plus de 30.000 moines, la lamaserie constituant une véritable petite ville. Quelques-unes des nonnes possèdent de merveilleux pouvoirs psychologiques. Nous avons rencontré quelques-unes de ces femmes sur la route de Lha-Ssa à Candi, la Rome du bouddhisme, avec ses sanctuaires miraculeux et les reliques de Gautama. Afin d’éviter les rencontres avec les Musulmans et les autres sectes, elles voyagent seules de nuit, sans armes, et sans crainte des animaux sauvages, car ceux-ci ne les attaquent pas. Aux premières lueurs de l’aurore, elles se réfugient dans des grottes et des viharas préparées pour elles par leurs coreligionnaires, à des distances calculées d’avance ; car nonobstant le fait que le bouddhisme s’est réfugié à Ceylan, et que nominalement il n’y en a que peu de cette dénomination dans l’Inde anglaise, les confréries secrètes (Byauds) et les viharas bouddhistes sont nombreuses, et chaque Jaïn se sent obligé de prêter aide indifféremment aux Bouddhistes et aux Lamaïstes.

Un des plus intéressants phénomènes que nous ayons vus, nous qui sommes toujours à la recherche des phénomènes occultes, et assoiffés de ces spectacles, fut exécuté par un de ces pauvres Bikshus voyageurs. Il y a des années de cela, et à une époque où toutes ces manifestations étaient encore nouvelles pour l’auteur de ces lignes. Un ami bouddhiste, un mystique né au Cashmire de parents Ratchi, mais converti au Bouddhisme lamaïste, et qui réside généralement à Lha-Ssa, nous avait menés faire visite à des pèlerins.

« Pourquoi emportez-vous ce paquet de plantes mortes ? » demanda une des Bikshuni, une grande femme âgée et très maigre, en indiquant un grand bouquet de ravissantes fleurs, fraîches cueillies et odorantes, que portait l’auteur de ces lignes.

« Mortes ? » fut notre réponse. « Mais on vient de les couper dans le jardin ! »

« Et cependant elles sont mortes », répondit-elle gravement. « Naître dans ce monde-ci, n’est-ce pas mourir ? Voyez comment apparaissent ces fleurs lorsqu’elles s’épanouissent dans le monde de la lumière éternelle, dans les jardins de notre bienheureux Foh.

Sans bouger de la place où elle était assise par terre, l’Ani prit une fleur du bouquet, la mit sur ses genoux et attira, en apparence, vers elle, des brassées de matériaux invisibles de l’atmosphère environnante. Un moment après, un très tenu noyau de vapeur devint visible, et prit lentement forme et couleur jusqu’à ce qu’apparut, se balançant en l’air, l’exacte copie de la fleur que nous lui avions donnée. Exacte en tant que teinte et forme à l’original couché devant nous, mais mille fois plus riche en couleur et en exquise beauté, de même que le glorieux esprit de l’homme est plus beau que son enveloppe physique. Fleur après fleur, et jusqu’aux plus petits brins d’herbe furent ainsi reproduits et s’évanouirent, réapparaissant suivant notre demande, ou même en réponse à notre pensée. Ayant pris une rose épanouie nous la lui présentâmes à bras tendu, et quelques minutes plus tard le bras et la fleur, parfaits dans leurs détails, apparurent dans l’espace vide, à deux yards d’où nous étions assis. Mais tandis que la fleur paraissait incomparablement plus belle et plus éthérée que les autres fleurs esprits, la main et le bras ne semblaient être que le reflet dans un miroir, y compris une large tache sur l’avant-bras, qu’y avait laissé un morceau de terre humide attachée à une des racines. Nous en connûmes la raison plus tard.

Une grande vérité fut énoncée il y a quelques cinquante ans par le Dr Francis-Victor Broussais lorsqu’il dit : « Si le magnétisme était réel, la médecine serait une absurdité. » Le magnétisme est véritable ; nous ne contredirons donc pas le reste de la phrase du savant français. Ainsi que nous l’avons montré, le magnétisme est l’A.B.C. de la magie. Il est oiseux de chercher à comprendre la théorie ou la pratique de la magie avant de connaître le principe fondamental des attractions et des répulsions magnétiques à travers la nature.

Beaucoup de ce qu’on se plait à nommer des superstitions populaires, ne sont que les preuves de la perception instinctive de cette loi. Les peuples ignorants apprennent par l’expérience de nombreuses générations que certains phénomènes ont lieu à la suite de conditions fixes ; ils reproduisent ces conditions et obtiennent le résultat désiré. Ignorant les lois, ils expliquent les faits par le surnaturel, car l’expérience a été leur seul maître.

En Inde, de même qu’en Russie et dans d’autres pays, il existe une répugnance instinctive à traverser l’ombre d’une personne, et surtout si celle-ci est rousse ; en Inde, les indigènes répugnent à serrer la main d’un individu d’une autre race. Ce ne sont point de simples fantaisies. Chaque personne émet une exhalaison magnétique, ou aura ; on peut être en parfaite santé, mais en même temps l’exhalaison peut avoir un caractère morbifique pour d’autres personnes sensibles à ces subtiles influences. Le Dr Esdaile et d’autres magnétiseurs nous ont appris depuis longtemps, que les Orientaux, et tout particulièrement les Hindous, sont plus susceptibles que les individus de race blanche. Les expériences du baron Reichenbach – et, de fait, celle du monde entier – prouvent que ces exhalaisons magnétiques sont plus intenses vers les extrémités. Les manipulations thérapeutiques en sont la preuve ; les poignées de mains sont, donc, très calculées pour transmettre les conditions magnétiques antipathiques et les Hindous sont sages de s’en tenir toujours à leur ancienne superstition, qui leur vient du Manou.

Le magnétisme d’une personne rousse, nous le constatons chez presque tous les peuples, cause une terreur instinctive. Nous pourrions citer des proverbes, russes, persans, géorgiens, hindous, français, turcs et même allemands, pour démontrer que la traîtrise et d’autres vices sont généralement attribués à ceux qui ont cette teinte. Lorsqu’un homme est au soleil, le magnétisme de cet astre projette ses émanations dans son ombre, et l’action moléculaire accrue développe plus d’électricité. Par conséquent, une personne qui lui serait antipathique – même si ni l’un ni l’autre n’en est conscient – agirait prudemment en ne passant pas au travers de son ombre. Les médecins soigneux se lavent les mains en quittant un malade ; pourquoi ne les accuse-t-on pas aussi de superstition, comme on le fait pour les Hindous ? Les sporules de maladie sont invisibles, mais néanmoins réels, ainsi que l’expérience européenne l’a démontré. Or, l’expérience orientale, depuis des centaines de siècles, a démontré que les germes de contagion morale s’attachent aux localités, et que le magnétisme impur peut être transmis par contact.

Une autre croyance qui a cours dans quelques lieux de Russie, particulièrement en Géorgie, et en Inde, est celle que lorsque le corps d’un noyé ne peut être retrouvé, il suffit de jeter dans l’eau un de ses vêtements pour que le courant l’emporte ; il flottera sur l’eau jusqu’à l’endroit où gît le corps, et là il s’enfoncera. Nous avons même été témoins de l’expérience entreprise avec succès avec la corde sacrée d’un brahmane. Elle surnagea de ci, de là tournant en rond comme si elle cherchait l’endroit, puis soudain elle fila en ligne droite pendant environ cinquante yards et alla au fond, à l’endroit exact d’où des plongeurs ramenèrent le corps à la surface. On retrouve cette « superstition » jusqu’en Amérique. Un journal de Pittsburg, de date toute récente, décrit la même ma mêre dont fut retrouvé le corps d’un jeune garçon, nommé Reed, dans le Monongahela… Tous les autres moyens ayant été inutiles, on employa, dit- il, « une curieuse superstition. Une des chemises de l’enfant fut jetée dans la rivière où il avait disparu, et surnagea pendant quelque temps, puis s’enfonça à un endroit donné, où l’on retrouva le corps, qu’on put alors repêcher. La croyance que la chemise d’un noyé, jetée à l’eau, suivra le corps est bien répandue, tout absurde qu’elle paraisse ».

Ce phénomène s’explique par la puissante attraction exercée par le corps sur les objets qu’il a portés pendant longtemps. Plus le vêtement est ancien plus l’expérience est effective ; un vêtement neuf n’est d’aucune utilité.

De temps immémorial, en Russie, les jeunes filles de chaque village ont l’habitude de jeter dans la rivière, le jour de la Trinité, au mois de mai, des guirlandes de feuilles vertes – que chaque jeune fille tresse elle-même – pour consulter leurs oracles. Si la guirlande s’enfonce, c’est un indice que la jeune fille mourra sous peu, sans se marier ; si elle surnage, elle se mariera, le temps dépendant du nombre de versets qu’elle pourra dire pendant que dure l’expérience. Nous affirmons positivement que nous connaissons personnellement plusieurs cas, dont deux de nos amies intimes, où le présage de mort fut prouvé exact, et où les jeunes filles moururent dans l’année. Le résultat serait sans doute le même si l’expérience avait lieu à tout autre moment que le jour de la Trinité. On attribue l’action de couler de la guirlande à ce que celle-ci est imprégnée du magnétisme malsain d’une constitution qui porte déjà en elle les germes d’une mort prématurée ; ce magnétisme étant attiré par le sol au fond de la rivière. Quant au reste, nous l’abandonnons volontiers aux partisans des coïncidences.

La même remarque générale, au sujet de superstitions qui auraient une base scientifique, s’applique aux phénomènes exécutés par les fakirs et les jongleurs, que les sceptiques classent parmi la catégorie des fraudes. Et cependant, pour tout observateur consciencieux, voire même un non initié, il y a ici une énorme différence entre le Kimiya (phénomène) d’un fakir, et le batte-bazi (tour de passe-passe) d’un prestidigitateur, et la nécromancie d’un jadûgar, ou sâhir, qui inspirent aux indigènes autant de crainte que de mépris. Cette différence, imperceptible – que dis-je, incompréhensible – pour les sceptiques européens, est instinctivement appréciée par tout Hindou, qu’il soit de haute ou de basse caste, instruit ou ignorant. La Kangâlin, ou sorcière, qui se sert de ses terribles pouvoirs mesmériques (abhi-char) pour faire le mal, peut s’attendre à la mort à n’importe quel moment, car tous les Hindous considèrent qu’il est légal de la tuer ; un bukka-baz, ou jongleur, est un amuseur. Un charmeur de serpents avec son bâ-ini plein de serpents venimeux, cause moins de frayeur, car ses pouvoirs de fascination ne s’exercent que sur des animaux et des reptiles ; il est incapable de jeter un charme sur des êtres humains, ou de faire ce que les indigènes nomment maular phûnknâ, de jeter des sorts à des hommes, au moyen de la magie. Mais en ce qui concerne les yoguis, les saunyâsis, les saints hommes qui acquièrent de grands pouvoirs psychologiques par un entraînement mental et physique, la question est totalement différente. Quelques-uns de ceux-ci sont considérés par les Hindous comme des demi dieux. Les Européens sont incapables de se rendre compte de ces pouvoirs, sauf en des cas rares et exceptionnels.

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