Quel que soit le statut d’un homme, esclave ou maître, rustre ou d’exquise culture, tout être humain a une vision de Dieu, même si celle-ci n’est pas reconnue, ou est déformée, incomprise ou ridiculisée. Nous pouvons ne pas être conscient de cet idéal jusqu’à ce qu’une qualité ou une caractéristique admirable en nous-mêmes ou chez les autres éveille soudainement notre respect ou notre admiration. Quand cela arrive, nous commençons à chercher cette qualité ou d’autres de même nature, et nous combinons finalement tout ce que nous avons rassemblé pour en créer l’idéal qui devient pour nous la quintessence du pouvoir, de la beauté et de la bonté. Cet idéal est notre première conscience de Dieu.
Le respect et la reconnaissance éveillent graduellement soit la peur de ce Dieu idéal, soit l’amour pour lui, selon notre pouvoir et notre capacité de faire face aux demandes d’obéissance qui nous sont faites, ou à notre désir de recevoir une expression de l’amour que nous croyons devoir être présent dans cet idéal. D’autres gens ont fabriqué leurs propres dieux, qui ne participent pas exactement de la nature de nos dieux à nous. Si ces dieux sont en conflit avec notre dieu idéal, nous commençons tout de suite à faire des comparaisons, toujours pour rabaisser leur dieu et exalter le nôtre. Certains attributs des dieux des anciens auraient correspondu plus exactement à nos démons idéaux. Comme la peur dominait leurs instincts religieux, cela n’est pas étonnant.
Lorsqu’ils ne réussissent pas à convaincre les autres hommes de la supériorité de nos dieux en employant des moyens justes et des arguments amicaux, certains de nos coreligionnaires plus agressifs semblent croire qu’ils ont le droit d’utiliser la torture, la tricherie ou le fusil pour faire pénétrer leurs idées dans la conscience de leurs adversaires.
Un égoïsme excessif empêche un grand nombre de gens de même essayer de comprendre les idéaux des autres. Ils tiennent pour acquis que ces dieux idéaux doivent être de pauvres objets si l’on en juge par la forme de culte qui leur est rendu. Ils refusent de croire que les superstitions ou les paroles hésitantes de leurs fidèles puissent de quelque façon construire ou représenter un grand idéal de pouvoir, de force et de sagesse suprêmes qui mériterait leur considération. Ils négligent complètement le fait que les occasions qu’ont les fidèles de développer leur capacité d’imagination ou de description peuvent avoir été moins nombreuses que celles qu’ont obtenues nos races cultivées. Si nous étions capables d’interpréter correctement leurs représentations grossières, nous trouverions un idéal semblable à celui que nous avons formé nous-mêmes. Nous déplorons, dans certaines religions, l’admiration des fidèles pour de terribles massacres et de violentes cruautés, et le plaisir qu’ils y trouvent. Souvenons-nous que ces comportements ne sont pas nécessairement conformes aux demandes et aux qualités de leurs dieux. Derrière tout cela peut se trouver une grande admiration pour le pouvoir surhumain, l’endurance, la force et les compétences qu’ils ont attribués à leurs dieux, et qui leur permettraient de punir leurs ennemis et ainsi d’assurer leur propre sécurité. Lorsque l’admiration et le culte d’attributs et de qualités nobles se transforment en actes de cruauté volontaire, auxquels d’autres assistent avec plaisir, c’est que les démons ont volé le vêtement de Dieu et l’utilisent au bénéfice du côté sombre de la vie.
Si nous pouvions accepter le fait que toute qualité, tout attribut ou tout objet noble, vrai et bon que nous sommes capables de percevoir se trouve en action et en vérité à constituer une partie de Dieu, cela nous aiderait à former une conception juste de la Divinité.
Certains hommes sont incapables de former et de retenir une idée mentale qui les satisfasse personnellement sans utiliser un objet matériel. Il n’y a aucun doute qu’à son début, l’idolâtrie était le résultat des efforts d’hommes plus éclairés pour transmettre les idées de grandes forces cosmiques au moyen de formes familières qui permettraient de fixer l’attention de personnes moins éclairées. À mesure que l’homme est devenu plus égoïste, et que le désir de dominer et de contrôler les masses moins intelligentes a augmenté, ce qui était d’abord un désir pur de donner un enseignement concernant l’action des forces cosmiques a dégénéré en un désir de régner par la peur. Par conséquent, l’aspect sombre, négatif de la nature a été représenté par des idoles horribles, et la dévotion spirituelle qui était en train de s’éveiller chez les personnes ignorantes a été sciemment transformée en idolâtrie. C’est ainsi qu’on a établi le culte de l’objet créé, au lieu de celui du Créateur de toutes choses.
Autrefois, les objets matériels utilisés pour le culte étaient des formes concrètes qui représentaient des attributs divins comme une puissance surhumaine, la compétence, la force et le courage. Le grand besoin qu’avait l’homme d’aide et de soutien rendait facile pour les prêtres et les souverains d’exploiter les peurs des masses ignorantes et de s’enrichir ainsi à l’aide des superstitions qu’ils créaient dans leurs esprits. La vente de ces représentations à elle seule doit avoir apporté d’immenses sommes dans les mains de l’Église et de l’État, de sorte que ce qui était au point de départ une aide à la prière et à la concentration a été prostitué au service du côté sombre de la vie.
Le point principal de cet exposé est que, en dépit de cette grande dégradation des idéaux spirituels, il n’en demeure pas moins que les dieux de ces races oubliées depuis longtemps et les dieux des temps modernes sont en réalité le même Dieu, et que son nom est « Amour ». En effet, même dans la plus grossière forme d’idolâtrie, c’est l’amour d’un aspect quelconque de ce qui était reconnu comme la Divinité, qui avait attiré au point de départ les âmes embryonnaires de ces masses.
Un grand nombre de personnes intelligentes et bien éduquées des temps modernes trouvent nécessaires de recourir à un objet matériel afin de fixer leur attention vagabonde sur des choses intérieures. L’Église catholique, tout comme d’autres, a reconnu ce besoin et y a répondu. En dépit du fait que les prêtres avaient tiré dans de nombreux cas un avantage grossier de ces besoins, les images des saints, des vierges, des martyrs, de l’Agneau de Dieu répondent à un objectif sage, parce que non seulement elles servent de stimulant à l’imagination, mais elles fournissent aussi un point fixe pour la concentration et la prière. Ce sont toutes des représentations d’un attribut ou d’une qualité désirable, ou d’une entité surhumaine qui sert d’exemple. Malheureusement, le véritable objectif de ces représentations matérielles est trop souvent perdu de vue, et l’objet créé est identifié avec le Créateur.
Le fait le plus encourageant et le plus stimulant auquel nous pouvons nous référer concernant l’aide et la satisfaction de tout le monde est que, en dépit de toutes les idées fausses, des perversions volontaires de la vérité et du mauvais usage délibéré de la connaissance, l’amour doit finalement s’identifier avec l’Amour. Et l’amour pour la beauté, la vérité et la puissance est l’amour pour Dieu – la substance même de Dieu. C’est selon la force et la mesure de notre amour que nous nous identifions avec Dieu, que l’objet de notre amour soit nos frères humains, un aspect de la nature ou une chose matérielle.
Jésus a dit : « Si vous n’aimez pas votre frère que vous voyez, comment pouvez-vous aimer Dieu que vous ne voyez pas ? » Si nous ne pouvons pas percevoir et aimer les attributs divins que nous voyons dans nos frères humains, comment pouvons-nous comprendre une partie individualisée de cette Divinité et nous y identifier ? Car cette Divinité est en nous, c’est notre Être Supérieur – l’Esprit saint.
HILARION - Temple 1 - Leçon 60


