CHAPITRE 4 – LA SIGNIFICATION DE LA DOULEUR – Section 1

Regardez au cœur profond de la vie d’où surgit la douleur pour obscurcir l’existence des hommes. Elle est toujours là sur le seuil et, derrière elle, se tient le désespoir.

Quelles sont ces deux silhouettes grimaçantes, et pourquoi leur est-il permis d’être constamment sur nos traces ?

C’est nous qui le leur permettons, nous qui les commandons, comme nous permettons et commandons les actions de notre corps ; et ceci tout aussi inconsciemment. Cependant, à l’aide des expériences et des recherches scientifiques, nous avons beaucoup appris concernant notre vie physique, et il semblerait logique que nous puissions obtenir au moins un résultat identique au sujet de notre vie intérieure en adoptant des méthodes similaires.

La douleur éveille, assouplit, brise et détruit. Considérée d’un point de vue suffisamment éloigné, elle apparait tour à tour comme un remède, un bistouri, une arme, un poison. C’est un instrument, un objet dont il est fait usage, de toute évidence. Ce que nous désirons découvrir c’est celui qui s’en sert ; quelle est la partie de nous-mêmes qui exige la présence de cette chose si détestable pour le reste ?

Le remède est employé par le médecin, le bistouri par le chirurgien ; mais l’arme de destruction n’est employée que par l’ennemi, celui qui hait.

Est-ce donc que non seulement nous faisons usage de moyens (ou désirons le faire) pour le bien de notre âme, mais que nous menons aussi une guerre en nous-mêmes et livrons bataille dans le sanctuaire intérieur ? On dirait qu’il en est ainsi ; car si la volonté de l’homme se relâchait à cet égard, il ne continuerait certainement pas à vivre dans cet état où règne la douleur. Pourquoi désire-t-il sa propre souffrance ?

La réponse peut sembler, à première vue, qu’il désire avant tout le plaisir et que, de la sorte, il accepte de continuer sur ce champ de bataille où le plaisir est en guerre contre la douleur pour la possession de l’homme, espérant toujours que le plaisir aura la victoire et l’emportera dans son royaume. Ceci n’est que l’aspect extérieur de l’état de l’homme. En lui-même, il sait fort bien que la douleur règne aux côtés du plaisir et que, bien que la guerre dure perpétuellement, elle ne sera jamais gagnée. L’observateur superficiel en conclut que l’homme se soumet à l’inévitable. Mais c’est là un point de vue fallacieux, ne valant pas la peine d’être discuté. En réfléchissant un peu sérieusement, nous découvrons que si l’homme a une existence quelconque, c’est uniquement par l’exercice de ses qualités positives ; il est donc de simple logique de supposer qu’il choisit l’état dans lequel il vivra par l’exercice de ces mêmes qualités.

Si nous admettons donc, selon notre argument, que l’homme désire la souffrance, comment se fait-il qu’il puisse souhaiter quelque chose qui lui soit si pénible ?

CHAPITRE 4 – LA SIGNIFICATION DE LA DOULEUR – Section 2
Par les Portes d’Or – Prologue
Par les Portes d’Or – CHAPITRE 1 – LA RECHERCHE DU PLAISIR – Section 1
Par les Portes d’Or – CHAPITRE 2 – LE MYSTÈRE DU SEUIL – Section 1
Par les Portes d’Or – CHAPITRE 3 – L’EFFORT INITIAL – Section 1
Par les Portes d’Or – CHAPITRE 4 – LA SIGNIFICATION DE LA DOULEUR – Section 1
Par les Portes d’Or – CHAPITRE 5 – LE SECRET DE LA FORCE – Section 1
Par les Portes d’Or – ÉPILOGUE
image_pdfEnregistrerimage_printImprimer