Chante Govinda – BHAJA GOVINDAM

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  1. Dvadashamanjarika

Chante Govinda, chante Govinda,
Chante Govinda, ô fou !
Les règles de grammaire ne profitent en rien
Quand approche l’heure de la mort.

Renonce, ô fou, à ta soif incessante
Pour l’or et les pierres précieuses;
Contente-toi de ce qui peut venir
Des actions accomplies dans les vies passées;
Voue ton mental à la vertu
Et que l’absence de passion soit ta loi. (1)

Le désir à la vue d’un corps de femme
Jaillit de l’ignorance, de l’erreur;
Raisonne intérieurement, encore et encore,
Les corps sont de la chair, du sang et de la graisse. (2)

Incertaine est la vie de l’homme,
Comme les gouttes d’eau sur une feuille de lotus;
L’humanité entière est la proie
Du chagrin, de l’ego et de la maladie. (3)

Quand un homme soutient sa famille,
Regarde le soin bienveillant qu’ils montrent !
Mais lorsque son corps âgé chancelle,
Approchant l’heure de la dissolution,
Personne, pas même son parent le plus proche,
Ne pensera à lui demander comment il va. (4)

Quand l’âme de l’homme demeure en son corps,
Affectueusement sa famille lui veut du bien;
Mais lorsque le souffle de vie quitte sa demeure,
Même sa femme fuira de peur. (5)

Rappelle-toi, les richesses apportent la douleur;
En vérité, aucune joie ne les habite,
Un homme riche craint même son fils;
C’est le cas partout. (6)

Perdu dans le jeu est l’adolescent insouciant,
Perdu dans les charmes de sa bien-aimé, le jeune homme;
Le vieil homme rumine ses chagrins;
Il n’y en a aucun, hélas, dont l’esprit
Languit de se perdre dans le Parabrahman. (7)

Qui est ta femme ? Et qui ton enfant ?
Etrange en vérité est le monde mortel !
Qui es-tu ? Et qui est à toi ?
D’où viens-tu ?
Frère, médite sur ces choses. (8)

La bonne fréquentation fait naître le détachement;
Le détachement conduit à la libération de l’illusion;
Désillusionné, on entre en contact avec la Réalité sans changement;
Le contact avec la Réalité apporte la Libération alors que l’on est vivant. (9)

Quand la jeunesse s’est envolée, de quel bien est la passion ?
Lorsque l’eau est partie, quelle est l’utilité du lac ?
Où trouver nos amis et nos proches
Une fois que tout l’argent est épuisé ?
Où est le monde quand on connaît la Vérité ? (10)

Ne te vante pas de ta jeunesse, de tes amis ou de ta richesse;
Plus vite que les yeux ne peuvent cligner, avec le Temps,
Chacune de ces choses s’envole.
Renonce à l’illusion du monde
Et joins-toi à la Vérité sans temps. (11)

Lever et coucher de soleil, jour et nuit,
Hiver et printemps, viennent et s’en vont;
Même la course du temps est espiègle;
La vie elle-même s’écoule;
Mais le vain espoir de l’homme, hélas, continue,
De manière infatigable à jamais. (12)

Par ce bouquet d’une douzaine de vers
A été donnée avec succès à un grammairien
L’instruction suprême par l’omniscient
Shankara, adoré en tant que Bhagavadpada. (13)

  1. Carpatapanjarika

Padmapada dit :
En rêvant d’une femme, en rêvant de richesse,
Pourquoi erres-tu agité comme le vent ?
N’y a-t-il personne pour te prendre en charge ?
Sache alors, mon ami, que dans les trois mondes
La compagnie du bien est le seul bateau
Qui puisse te faire traverser le samsara. (1)

Totakacharya dit :
Nombreux sont ceux dont les cheveux sont nattés,
Nombreux ceux dont les têtes sont rasées de près,
Nombreux ceux qui arrachent tous leurs cheveux;
Quelques-uns d’entre eux portant des robes ocres,
D’autres vêtus d’autres couleurs,
Tout cela pour l’amour de leur estomac.
En voyant la Vérité révélée devant eux,
L’illusionné ne la voit pourtant pas. (2)

Hastamalaka dit :
Le corps du vieil homme est devenu faible,
Sans dents ses gencives et chauve sa tête;
Mais là il va, sur ses béquilles,
Se tenant fermement à son espoir stérile.
Subodha dit :
En recherchant la chaleur, le mendiant sans le sou
Se tapit tout près de son feu,
Ou s’assoit avec le seul soleil pour le chauffer;
La nuit il s’étend pour dormir,
Se blottissant pour se protéger du froid;
Voracement il mange sa portion de mendiant
Que ses mains hors du bol lui donnent;
Il prend sa demeure sous un arbre;
Pourtant son cœur est prisonnier désemparé
Enchaîné aux chaînes du vide espoir. (4)

Vartikakara dit :
Bien que, pour son salut,
L’homme puisse aller en pèlerinage à Ganga-sagara,
Respecter ses serments et donner au pauvre,
À défaut de la Connaissance du Très-Haut,
Rien de cela ne lui assure la liberté
Même dans une période de cent vies. (5)

Nityananda dit :
Fais ta maison d’un temple ou d’un arbre,
Vêts-toi de la peau d’un cerf,
Et prends la terre nue pour lit,
En évitant les cadeaux et les plaisirs des sens :
Qui ne serait heureux
En étant béni d’une telle absence de passion ? (6)

Anandagiri dit :
Plonge dans le yoga ou dans le plaisir,
Mêle-toi à tous ou demeure strictement à part;
Car le cœur qui toujours se réjouit en Brahman
Est bonheur, bonheur, bonheur sans fin. (7)

Drdhabhakta dit :
Qu’un homme ne lise que la Gita,
Ne boive qu’une goutte de la Ganga,
N’adore que le Très-Haut,
Et à jamais sa peur de la mort disparaitra. (8)

Nityanatha dit :
Naissance incessante ! Mort incessante !
Toujours passer par la matrice d’une mère !
Il est difficile de traverser le large océan du monde :
Seigneur, par Ta miséricorde rachète-moi. (9)

Les loques rejetées le long de la route
Servent de parure au moine;
Libéré du vice et de la vertu,
Il erre; à sa vue ni vous ni moi ni le monde n’existent.
Pourquoi, alors, laisser cours au chagrin ? (10)

Surendra dit :
Qui suis-je ? Et qui es-tu ?
D’où viens-tu ?
Qui est ma mère ? Qui est mon père ?
En méditant ainsi, perçoit toutes ces choses
Comme n’étant que des choses imaginaires, sans substance;
Abandonne le monde comme n’étant qu’un rêve en l’air. (11)

Medhatithi dit :
Vishnu seul est celui qui demeure
En toi, en moi, en tout;
Vide de sens est ta colère,
Et l’impatience que tu montres.
En te voyant toi-même en chacun
Qu’il en soit fait de toute diversité. (12)

Ne sois attaché ni à l’ami ni à l’ennemi,
Ni au fils ni au parent, ni à la paix ni à la guerre;
Si tu aspires au royaume de Vishnu,
Regarde toutes les choses de manière égale. (13)

Bharativamsha dit :
Abandonne la malédiction du désir et de la colère;
Abandonne l’illusion, abandonne l’avidité,
Rappelle-toi qui tu es en vérité.
Fous sont ceux qui sont aveugles au Soi :
Jetés en enfer, ils y souffrent. (14)

Sumatir dit :
Tous les jours récite la Gita;
Chante les mille noms (de Vishnu),
L’adorant au-dedans de ton cœur,
Prends plaisir à être avec le saint;
Abandonne tes richesses au pauvre. (15)

Celui qui cède au désir pour le plaisir
Fais de son corps une proie à la maladie;
Pourtant, bien que la mort soit la fin dernière,
Personne ne renonce à son état de pécheur. (16)

Restreins les sens, contrôle la respiration,
Élimine le transitoire de ce qui est Vrai,
Répète le saint nom de Dieu,
Et calme le mental sans repos.
Applique-toi à cela avec cœur et âme. (17)

Chéris les pieds de lotus de ton guru
Et libère-toi sans délai
SHRI SHANKARACHARYA
De l’esclavage de ce monde;
Maîtrise tes sens et ton mental
Et vois le Seigneur au-dedans de ton cœur. (18)

Ainsi un stupide grammairien,
Perdu dans des règles sans fin
Fut-il lavé de sa vision restreinte
Et la Lumière lui fut-elle montrée
Par les disciples de Shankara. (19)

Chante Govinda, chante Govinda,
Chante Govinda, ô fou !
Autrement qu’en chantant le doux nom du Seigneur,
Il n’y a aucun moyen de traverser l’océan de la vie. (20)

 

Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction de Gaura Krishna
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