Si un étudiant des mystères de la vie gardait fermement fixé dans sa conscience la moindre conception de l’absolue perfection géométrique et mathématique de l’univers, depuis ses plus hauts niveaux jusqu’à ses plus bas, il aurait peu de difficulté à régler le problème, qui revient constamment, de la position et des droits d’un instructeur, d’un maître ou d’un souverain, ainsi que celui de l’attitude qu’il convient d’avoir à leur égard.
Il est absurde de soutenir que les révolutions des planètes sur leurs orbites sont gouvernées par des lois irrévocables, alors que l’évolution, dans leur propre environnement, d’un ou de plusieurs êtres humains liés les uns aux autres est laissée au hasard, comme ce serait inévitablement le cas si les mêmes lois immuables et irrévocables ne guidaient pas chaque étape de chaque phase de leur évolution.
Ce n’est jamais par hasard qu’un être humain est attiré vers une influence supérieure et placé sous la direction de celle-ci dans un but défini et à un moment particulier, et ce n’est pas non plus par hasard qu’il pourrait être retiré de sa soumission à cette influence. Il peut s’en arracher, parce qu’il est libre en ce qui concerne des étapes clairement définies de sa vie personnelle. Mais s’il quitte cette influence, cette action et ses résultats sont analogues au phénomène de l’étoile qui quitte son orbite ou en est arrachée, et qui s’envole dans l’espace. Elle tombe et continue à tomber jusqu’à ce que sa masse soit désintégrée et que les parcelles insignifiantes qui restent soient attirées dans l’orbite d’une étoile plus grande, où elles perdent ce qui en faisait une entité individuelle. Lorsqu’une personne a été attirée dans une ligne hiérarchique particulière par la loi karmique et une association créée par de nombreuses vies antérieures, son évolution doit se faire dans cette ligne. L’entité gouvernante de cette ligne hiérarchique exige son allégeance de droit divin. Toute déviation importante de ce devoir fait perdre à la personne tout ce qui lui était dû comme connaissance et comme expérience pour la période où se produit sa trahison.
Avec le passage du temps, l’amour l’attirera invariablement à cette ligne, où elle reviendra à moins qu’elle ne soit allée trop loin. Mais dans l’intervalle, elle aura manqué précisément l’occasion et le niveau de développement que la loi karmique lui avait réservé pour cette période. Par conséquent, elle tirera de l’arrière par rapport aux autres membres de cette ligne hiérarchique.
C’est un homme peureux et égoïste qui, pour s’éviter une petite difficulté, un trouble personnel insignifiant ou pour avoir l’air plus important aux yeux des autres, abandonne le groupe commercial, social ou religieux dont il fait partie, en prétendant voir des signes avant-coureurs de dispersion. Pour trouver une excuse acceptable à sa trahison, il se convainc qu’il se protège ou en protège d’autres contre les résultats de l’échec ou de la faiblesse des autres membres du groupe. Dès le moment où il décide d’agir ainsi, il imprime en lettres de feu, dans sa propre aura, les mots « lâche », « traître », « indigne » et « déloyal » . Et il lui faudra de longues années d’efforts presque surhumains pour effacer ces mots.
La majorité des êtres humains ont été si longtemps pénétrés d’un attachement égoïste aux biens de ce monde qu’ils courent à toute vitesse s’abriter sous le couvert des opinions générales et des positions qu’ont prises leurs amis les plus influents. L’homme a tellement peur d’être l’objet du mépris et du ridicule qui sont le lot du perdant dans tous les jeux de la vie, qu’il se hâte généralement d’aller se mettre à l’abri dès qu’il semble voir venir une disgrâce ou un échec en relation avec ses anciens amis et camarades. Il est incapable de se forcer à arrêter un moment et à comprendre ce qu’il déserte et qui il déserte en réalité.
Dans toutes les annales de l’histoire, il n’existe aucun crime qui éveille un dégoût aussi plein de mépris dans l’esprit des gens que le fait de déserter un poste de confiance – le lâche qui court se cacher dans les quartiers pauvres et les rues éloignées des centres dès les premiers coups de feu de l’ennemi. Dans toute la longue liste des héros que le monde se plaît à honorer, il n’en est aucun qui touche le cœur de tous, bons, mauvais ou indifférents, et qui suscite autant d’admiration et de respect que le chef héroïque d’une cause désespérée, l’homme qui se tient dans la brèche, peu importe les attaques de l’ennemi.
Dans toutes les listes d’actions intérieures ou extérieures dans la vie, il n’y a pas une âme vivante sur laquelle les Initiés de la Grande Loge Blanche étendent le manteau de leur amour et de leur protection aussi rapidement et aussi efficacement que l’homme ou la femme qui, en dépit de tous les dards, de tous les démons des sphères inférieures et de la terre, se tient fermement au poste qu’il ou qu’elle a accepté en signant l’engagement de devenir disciple. Il n’en est aucun qui se fait retirer ce manteau plus rapidement que le déserteur des rangs des camarades. Ce retrait de la protection n’est pas nécessairement une question de choix pour les Initiés. En effet, étant les administrateurs des lois de la nature, ils n’ont pas le choix. Ce lâche déserteur a quitté la ligne et la position sur laquelle l’évolution l’avait placé : comme l’étoile filante, il a quitté sa propre orbite et est tombé en dehors du cercle de protection de la Grande Loge Blanche.
L’homme brave, le disciple accepté, sait que même si une crise se produit, même si d’autres camarades désertent leur poste, même si la citadelle de sa force est attaquée, l’heure est venue pour lui de faire ses preuves, puisque son Maître, son chef, a besoin de lui. Des bêtes sauvages ne pourraient pas l’arracher du côté de son chef, la richesse du monde entier ne pourrait pas le faire abandonner. Il sait que la possibilité de réorganiser le groupe tout entier sur des bases plus élevées et meilleures pourrait être fondée uniquement sur sa loyauté. La capacité de nettoyer et de purifier le groupe, d’affermir les faibles et de soulever les abattus, et d’aider ainsi à tirer l’harmonie de la discorde et la victoire de la défaite, peut lui appartenir si jamais le besoin s’en faisait sentir. Il sait qu’il ne risque pas d’être considéré comme un incapable ou d’être porté absent si cette calamité devait se produire. Il sait que d’innombrables braves sont tombés au champ de bataille ; d’innombrables efforts visant l’amélioration de l’humanité ont été rendus inutiles parce qu’il a manqué une personne désintéressée et bien qualifiée pour prendre les rênes du pouvoir, tombées des mains d’un chef blessé, d’un camarade frappé. Et la fin – personne ne peut la connaître. Il se contente d’attendre.
HILARION - Temple 1 - Leçon 65


