AVANT QUE LA VOIX PUISSE PARLER EN PRÉSENCE DES MAITRES ELLE DOIT AVOIR PERDU LE POUVOIR DE BLESSER

Ceux qui n’accordent qu’une attention passagère et superficielle à l’Occultisme – et leur nombre est légion – demandent constamment pourquoi, si les adeptes de la Vie existent, ils n’apparaissent pas dans le monde et n’exhibent pas leur puissance. Qu’il puisse être admis que la majeure partie de ces Grands Sages réside au-delà des forteresses de l’Himalaya, semble une preuve suffisante qu’ils ne sont que des personnages légendaires. Autrement, pourquoi les situer tellement loin ?

Malheureusement, c’est là une disposition de la Nature, qui ne relève du choix de l’arrangement de personne. Il est certains lieux sur la terre où le progrès de la « civilisation » ne se fait pas sentir et où la fièvre du siècle est tenue en échec. Dans ces lieux privilégiés, on a toujours le temps, toujours la disponibilité pour les réalités de la vie ; ces réalités ne sont pas éliminées par les turbulences d’une société avide d’argent et de plaisir. Tant qu’il y a des Adeptes sur terre, la terre doit leur garantir des lieux de retraite. Ceci est une loi de la Nature, qui elle-même n’est qu’une expression extérieure d’une loi capitale de la Super-Nature.

La demande adressée par le Néophyte n’est pas entendue jusqu’à ce que la voix qui la profère ait perdu le pouvoir de blesser. Il en est ainsi, parce que le monde astral-divin est un endroit où l’ordre règne, comme il règne dans le monde naturel. Sans doute, le centre et la circonférence existent toujours, comme ils existent dans la Nature. Au centre, tout près du cœur de la vie – sur n’importe quel plan – réside le Savoir ; là, règne l’ordre parfait, tandis que le chaos rend trouble et confus le bord extérieur du cercle. En fait, la vie qui anime chaque forme ressemble plus ou moins exactement à une école de philosophie. On y voit toujours les dévots du Savoir qui oublient leur propre vie dans leur poursuite de la connaissance ; on y voit toujours aussi la foule des agités qui vont et viennent. De ceux-là, Epictète disait qu’il est aussi aisé de leur enseigner la philosophie que de manger de la crème à la fourchette. Le même état de choses existe dans le monde super-astral, et l’Adepte y jouit d’une retraite, encore plus cachée et plus profonde. Cette retraite est si sûre, tellement à l’abri que pas un son, impliquant la moindre discordance, ne peut arriver à son oreille. Pourquoi en est-il ainsi – demandera-t-on immédiatement – dès l’instant où l’Adepte est un être en possession d’une puissance aussi grande que le disent ceux qui croient en son existence ? La réponse paraît très évidente. L’Adepte sert l’humanité et s’identifie avec le monde entier. Il est prêt à tout moment à sacrifier sa rédemption, mais EN VIVANT, NON EN MOURANT POUR ELLE. Et pourquoi ne doit-il pas mourir pour elle ? Parce qu’il fait partie du grand tout, et qu’Il en est une des parties les plus précieuses. Parce qu’Il vit sous les lois qu’Il ne veut pas violer. Sa vie n’est pas sienne, mais bien celle des forces qui agissent derrière lui. Il est une fleur de l’Humanité, et renferme la Semence Divine. Il constitue, dans sa personne, un des trésors de l’universelle Nature, qu’elle protège et met à l’abri pour que sa fructification soit parfaite. Ce n’est qu’à des époques définies de l’histoire du monde qu’il Lui est permis de retourner, comme Rédempteur, au sein de la masse humaine. Mais pour ceux qui ont la force de se séparer de ce troupeau, l’Adepte est toujours tout près. Et pour ceux qui sont assez forts pour vaincre les vices de la nature humaine personnelle, Il est consciemment tout près, aisément reconnu, disposé à répondre.

Mais, cette victoire sur le moi implique une destruction de qualités que la plupart des hommes considèrent comme non seulement indestructibles, mais encore désirables. Le « pouvoir de blesser » comprend beaucoup de choses que les hommes estiment non seulement en eux-mêmes mais chez autrui. L’instinct de la défense personnelle et de la conservation de soi-même en fait partie ; de même l’idée qu’il possède un droit quelconque ou des droits, soit comme citoyen, soit comme homme, soit comme individu ; et aussi la complaisance de sa propre dignité et de sa vertu. Ces paroles sembleront dures à beaucoup, néanmoins elles sont vraies. Cependant ce que je viens d’écrire et ce que j’ai déjà écrit sur ce sujet, n’est pas de moi. Tout provient des traditions de cette Branche de la Grande Fraternité qui fut jadis la secrète splendeur de l’Égypte. Les règles inscrites dans son vestibule étaient les mêmes que celles maintenant inscrites dans les antichambres des Écoles existantes. De tout temps, les sages ont vécu à l’écart de la masse des hommes. Et même quand un but ou objectif temporaire force l’un d’eux à venir au milieu de la société humaine, sa retraite et sa sûreté sont protégées aussi complètement qu’elles le sont toujours. Cela fait partie de son héritage, partie de son statut ; effectivement il y a droit et ne peut pas plus abandonner ce droit que le duc de Westminster ne peut déclarer qu’il ne veut pas être le duc de Westminster. Dans les grandes villes du monde, un Adepte demeure un temps, y revient de temps à autre, ou peut-être ne fait que les traverser ; mais toutes ces villes sont aidées temporairement par la puissance et la présence active de l’un de ces hommes. Il y a à Londres, comme à Paris et à Saint-Pétersbourg, des hommes hautement développés mais ils ne sont reconnus en tant que mystiques que par ceux qui ont le pouvoir de les reconnaître et que seule donne la conquête du moi. Autrement comment pourraient-ils vivre – ne fût-ce qu’une heure – dans une atmosphère mentale et psychique telle que la créent la confusion et le désordre d’une ville ? S’ils n’étaient protégés, Leur croissance serait entravée, Leur travail compromis. Le néophyte peut fort bien rencontrer un Adepte dans son corps physique, vivre avec lui dans la même maison et être incapable de Le reconnaître et incapable de Lui faire entendre sa voix. Car aucune proximité dans l’espace, aucune étroite amitié, aucune intimité quotidienne ne peuvent abolir les lois inexorables qui procurent à l’Adepte Sa retraite. Pas une voix ne parvient à son oreille intérieure qui ne soit devenue voix divine, une voix qui n’émette plus le cri du moi. Tout appel de ce dernier serait inutile, un gaspillage d’énergie et de puissance, comme le serait pour des enfants, apprenant leur alphabet, d’en être instruits par un professeur de philologie. Tant que l’homme n’est pas devenu, de cœur et d’esprit, un disciple, il n’existe pas pour ceux qui sont les Instructeurs des disciples. Et il ne le devient que par une seule méthode – l’abandon de son humanité personnelle.

Pour que la voix ait perdu le pouvoir de blesser, il faut que l’homme ait atteint ce point où il se considère uniquement comme membre des innombrables multitudes ; portion des sables que portent çà et là les vagues à chaque oscillation de la vie. On dit que, du fond de l’Océan, chaque grain de sable obtient, à son tour, d’être rejeté sur le rivage et de s’y reposer un moment au soleil. De même pour les êtres humains : ils sont poussés ici et là par une grande force, et tour à tour chacun se trouve sous les rayons du soleil. Si l’homme est à même de considérer sa vie comme une partie d’un tout semblable, il ne luttera plus en vue d’obtenir quelque chose pour lui-même. C’est là l’abandon des droits personnels. L’homme ordinaire s’attend non pas à accepter un destin identique à celui du reste du monde, mais bien à réussir mieux que les autres sur les quelques points qui lui tiennent à cœur. Le disciple ne s’attend à rien de pareil. Bien qu’il soit comme Epictète, un esclave enchaîné, il n’a pas un mot à dire à ce sujet. Il sait que la roue de la vie tourne sans cesse. Brune Jones ne l’a-t-il pas montré dans son merveilleux tableau : la roue tourne et sur elle sont attachés le riche et le pauvre, le grand et le petit ; chacun a son moment de bonne fortune quand la roue l’amène au sommet ; le roi s’élève et tombe, le poète est « choyé » et oublié, l’esclave est heureux et après rejeté. Chacun à son tour est broyé pendant que la roue tourne sur lui. Le disciple le sait, et, quoique ce soit son devoir de faire de sa vie tout ce qui est possible, il ne se plaint pas d’elle, n’est pas enivré par elle, et ne témoigne aucun mécontentement de la meilleure fortune des autres. Tous pareillement, comme il le sait bien, ne font qu’apprendre une leçon; et il sourit au socialiste et au réformateur qui, tous deux, s’évertuent à modifier, par la force, des circonstances qui sont le produit des forces de la nature humaine elle-même ; ce qui n’est que regimber contre l’aiguillon, un gaspillage inutile de vie, et d’énergie.

En réalisant ceci, l’homme abandonne ses droits individuels imaginaires, quels qu’ils soient, et se trouve délivré d’un puissant aiguillon, commun à tous les hommes ordinaires. Quand le disciple a pleinement reconnu que l’idée même des droits individuels n’est que l’effet du venin de son moi, le sifflement du serpent personnel dont la morsure empoisonne sa vie et la vie de ceux qui l’entourent, alors il est prêt à prendre part à une cérémonie annuelle ouverte à tous les néophytes qui sont prêts pour elle. Toutes les armes défensives et offensives sont abandonnées ; toutes les armes de l’intellect et du cœur, du cerveau et de l’esprit le sont également. Jamais plus il ne considérera un autre homme comme une personne qui peut être critiquée ou condamnée ; jamais plus le néophyte ne peut élever la voix pour sa défense ou son excuse propre. De cette cérémonie il rentre dans le monde aussi impuissant et sans défense qu’un nouveau-né. Et c’est bien ce qu’il est, en effet. Il vient de naître sur le plan supérieur de la vie, ce plateau ouvert aux grandes brises et à la claire lumière d’où les yeux voient intelligemment et contemplent le monde avec une pénétration nouvelle. J’ai dit, précédemment, qu’après s’être séparé du sentiment des droits individuels, le disciple devait aussi se séparer du sentiment du respect de soi-même et de la vertu. Ceci peut paraître une terrible doctrine ; cependant tous les Occultistes savent bien que ce n’est pas une doctrine, mais un fait. Celui qui se croit plus saint qu’un autre, celui qui a quelque orgueil à se sentir à l’abri du vice ou de la sottise, celui qui se croit sage ou en quelque façon supérieur à ses semblables, celui-là est incapable d’atteindre l’état de disciple. Il faut que l’homme devienne un petit enfant avant de pouvoir entrer dans le royaume des cieux.

La vertu et la sagesse sont des choses sublimes ; mais si elles créent dans l’âme de l’homme de l’orgueil et une conscience de séparation vis-à-vis du reste de l’humanité, elles ne sont, alors, que les serpents du moi réapparaissant sous une forme plus subtile. À n’importe quel moment, le moi peut revêtir sa forme plus grossière et mordre avec autant de férocité que lorsqu’il déterminait soit le meurtre de l’assassin, qui tue pour l’amour du gain ou par haine, soit les agissements du politicien qui sacrifie la masse à ses intérêts ou à ceux de son parti.

Par le fait, avoir perdu le pouvoir de blesser signifie que le serpent n’est pas seulement blessé, mais tué. Quand il n’est qu’engourdi ou endormi, il se réveille et le disciple utilise son savoir et son pouvoir pour ses propres fins, il devient un élève des maîtres de la Magie noire, car le chemin qui mène à la destruction est large et facile, et peut se trouver les yeux bandés. Que ce chemin soit vraiment celui de la destruction est évident, car lorsqu’un homme commence à ne vivre que pour soi-même, il resserre progressivement son horizon jusqu’à ce qu’enfin le farouche effort de retrait sur soi-même ne lui laisse, pour y habiter, que l’espace d’une tête d’épingle. Nous avons tous constaté ce fait dans la vie ordinaire. L’homme qui devient égoïste s’isole, il se fait moins intéressant et moins agréable aux yeux des autres. Le spectacle en est vraiment effrayant et l’on recule devant un parfait égoïste comme devant une bête de proie. Combien plus effrayant encore, quand l’égoïsme se produit sur le plan de vie le plus élevé, avec des pouvoirs de connaissance accrus et au travers d’une série plus longue d’incarnations successives.

C’est pourquoi je dis : arrêtez-vous et réfléchissez bien sur le Seuil. Car, si la demande du néophyte est faite avant une purification complète, cette demande ne pénétrera pas la retraite de l’Adepte Divin, mais évoquera les forces terribles à l’affût sur le côté sombre de notre nature humaine.

LA LUMIÈRE SUR LE SENTIER - COMMENTAIRE 4 - HILARION
AVANT QUE LES YEUX PUISSENT VOIR, ILS DOIVENT ÊTRE INACCESSIBLES AUX LARMES
AVANT QUE L’OREILLE PUISSE ENTENDRE, IL FAUT QU’ELLE AIT PERDU SA SENSIBILITÉ
AVANT QUE LA VOIX PUISSE PARLER EN LA PRÉSENCE DES MAITRES
AVANT QUE LA VOIX PUISSE PARLER EN PRÉSENCE DES MAITRES ELLE DOIT AVOIR PERDU LE POUVOIR DE BLESSER
AVANT QUE L’ÂME PUISSE SE TENIR DEBOUT EN LA PRÉSENCE DES MAITRES SES PIEDS DOIVENT ÊTRE LAVES DANS LE SANG DU CŒUR
LUMIÈRE SUR LE SENTIER – Première partie
LUMIÈRE SUR LE SENTIER – Deuxième PARTIE
Appendice KARMA
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